OPA hostile contre l’UPEC

Communiqué du Collectif Université et Démocratie, 30 juin 2016, OPA hostile contre l’Université Paris-Est Créteil (UPEC). Suite de la chronique du 28 juin 2016, Rififi à la COMUE Paris-Est. Pour aller plus loin : toutes les chroniques du blog sur le PRES devenu COMUE Paris-Est.

Texte du Communiqué dans son intégralité. L’Université Paris-Est (UPE) est depuis quelques jours le lieu d’une bataille qui pourrait bien inaugurer une ère nouvelle dans l’histoire de l’Université française, et apparaître, avant sa privatisation, comme le premier exemple d’introduction des méthodes des marchés financiers (la technique du « raid ») dans la recomposition des universités. En effet, le Président de la ComUE UPE fraîchement élu, Philippe Tchamitchian, vient de lancer ce qu’il convient d’appeler une OPA hostile sur l’Université Paris-Est Créteil (UPEC administrativement toujours Paris XII), qui constitue de très loin, avec ses 33.000 étudiants, le plus gros morceau de la ComUE qu’il préside.

L’opération a été lancée avec un sens consommé du timing. Nommé administrateur provisoire par le Ministère en novembre 2015 pour prendre la relève de Bernard Dizambourg, P. Tchamitchian avait dû défendre au pied levé la candidature à l’I-Site rédigée par son prédécesseur, et qui avait été recalée. Il a été élu Président de la ComUE le 2 mai lors du premier CA sur un discours très rassembleur et très consensuel !… avec pour mission principale de déposer un nouveau projet I-Site en novembre 2016. Pendant six semaines, silence radio : rien de précis ne filtre sur le contenu scientifique du projet. La nouvelle direction de l’UPEC autour d’Olivier Montagne, président élu le 8 mars, n’est informée de rien.

Mais le 14 juin, l’opération est déclenchée : P. Tchamitchian adresse à O. Montagne et à son équipe une « note » de quelques pages qu’il présente au Comité des directeurs de composantes ; il y déclare que pour soutenir le volet scientifique du projet, censé s’appuyer sur deux pôles – la Santé et la Ville – mais dont le contenu précis n’est toujours pas communiqué, l’UPEC devra : soit fusionner avec l’UPEM (Université de Marne-la-Vallée) sous quatre ans, soit abandonner la plupart de ses compétences à la ComUE (gestion des masters, budget recherche, rapport avec les labos, recrutement des EC…). Autrement dit, l’UPEC est sommée soit d’annuler le résultat, clairement anti-fusion, des élections de février, soit de s’auto-dissoudre au profit de la ComUE. Les directeurs de composantes se rebellent contre un projet, scientifiquement opaque, que tous perçoivent comme une « provocation » sur le plan institutionnel.

Une version dite « modifiée », qui en réalité enfonce le clou du « siphonage » de l’Université par la ComUE, est diffusée le 21 juin et présentée par P. Tchamitchian le 24 juin au CA de l’UPEC. Parallèlement le Président de la ComUE fait courir le bruit que si l’UPEC ne se soumet pas, la ComUE se passera du pôle Santé (la Faculté de médecine est à Créteil) et présentera un projet I-Site sans elle. Lors du CA du 24 juin, il demande aux administrateurs de l’UPEC de « se prononcer clairement » en faveur de ce projet non négociable. Lesquels administrateurs lui répondent en dénonçant : la violence du procédé, le « chantage », l’absence totale de recherche d’un terrain d’entente, une opération purement politique où le projet scientifique sert de prétexte à une entreprise de liquidation de l’Université, où la ComUE devient le bras armé de la rétorsion contre le vote « anti-fusion » de février et l’élection d’Olivier Montagne.

Sans laisser souffler sa proie, et sans même attendre de réponse officielle, P. Tchamitchian passe à la phase suivante : lundi 27 juin au matin, il fait voter aux membres du Comité exécutif de la ComUE le recentrage du projet I-Site sur le seul pôle de la Ville ; dans le même mouvement, l’UPEC et l’Ecole Vétérinaire d’Alfortville qui s’opposent à ce recentrage sont « officiellement » exclues du projet I-Site. Et surtout, le Président de la ComUE assortit ce communiqué d’un appel aux « sous-ensembles » de l’UPEC (entendre : UFR, Ecoles ou laboratoires) les invitant à rejoindre le projet, première étape d’un rattachement direct à la ComUE. Après la tentative de siphonage, voici le dépeçage

Une attaque aussi frontale menée par une structure « encore » publique mais non démocratique (les membres élus sont minoritaires à la ComUE) contre une structure publique au fonctionnement « encore » démocratique est assurément un fait sans précédent… Par la précision stratégique et la brutalité de la méthode, cette tentative de prise de contrôle d’une université par l’extérieur, n’est pas sans rappeler les mœurs des raiders de la finance, et l’on peut se demander qui sont les conseillers stratégiques de l’opération.

Pour l’heure, des questions se posent à tous les niveaux de l’affaire.

  • Au niveau de l’UPEC : l’appel lancé par le Président de la ComUE à l’adresse des « sous-ensembles » de l’UPEC les invitant à faire sécession avec leur Université, est-il une initiative personnelle visant à mettre une pression maximale sur la direction de l’Université pour la faire plier et lui imposer la fusion à quatre ans ? Ou bien n’est-il qu’une étape d’un plan concerté impliquant des « complicités »» internes à l’UPEC qui ne se seraient pas encore déclarées ? Les réactions des composantes, selon qu’elles seront solidaires ou non de leur présidence, seront à cet égard éclairantes.
  • Au niveau de la ComUE : quel est le jeu de Gilles Roussel, le Président de l’UPEM (Marne-la-Vallée) dans cette partie ? Lui, qui s’apprêtait il y a quelques mois à fusionner avec l’UPEC, pour finalement déclarer, après l’élection d‘Olivier Montagne, qu’il n’avait jamais été très partisan de la fusion… Que peut-il attendre à l’avenir, pour son université, d’une soumission à « l’autorité » d’un Président de la ComUE devenu tout puissant et si prompt à faire usage de la force ?
  • Au niveau du ministère : quel rôle joue le MESR dans ce Blitzkrieg ? Rappelons que l’UPEC était l’affaire personnelle de Simone Bonnafous, actuelle DGESIP et ministre de fait, ancienne présidente de cette Université dont elle continuait de dessiner la stratégie via Luc Hittinger, déchu en mars dernier… La violence de cette attaque par la ComUE serait-elle une conséquence de « l’affaire personnelle » qu’est devenue pour la DGESIP la chute de son ancien VP, Luc Hittinger ?… Il serait tout de même assez singulier que la République, à travers l’un de ses plus hauts fonctionnaires, travaille à introduire au cœur de l’Université publique les pires méthodes de prise de contrôle pratiquées par les « raiders » du marché…

Des méthodes en tout cas qui en disent long sur l’idée que l’on se fait chez leurs auteurs de « l’autonomie » des universités, dont ils sont pourtant verbalement les promoteurs.

2 Commentaires

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2 réponses à “OPA hostile contre l’UPEC

  1. Joan Le Goff

    Les deux principales missions de service public des universités – l’enseignement et la recherche – sont supposées être l’une et l’autre marquées au double sceau de la raison et du doute, de l’esprit d’analyse et du regard réflexif. Ceux qui les exercent ne s’en souviennent visiblement pas toujours puisque quelques uns, sous couvert d’un anonymat confortable pour énoncer des contre-vérités, se sont attelés à rédiger un communiqué fallacieux et vindicatif (sous l’intitulé risible de « Collectif Université et Démocratie »). Filant la métaphore spectaculaire mais mal maîtrisée de l’OPA hostile, ce pamphlet dérisoire ne mériterait pas que l’on s’y arrête s’il n’énonçait quelques erreurs factuelles sur lesquelles il me faut revenir.

    Ainsi, les auteurs de ce texte avancent que la Comue aurait tenu l’UPEC dans l’ignorance du travail sur le projet I-site. Cela semble difficile à soutenir si l’on se souvient, d’une part, que l’UPEC compte 6 membres dans le comité scientifique du projet et que, d’autre part, le volet santé de ce projet scientifique est porté par une PU-PH particulièrement proche du doyen de la Faculté de médecine de l’UPEC, lui-même membre du CA de la Comue. À l’inverse, il est vrai que pour construire un projet, il faut assister aux réunions de travail et que l’UPEC pratique dans ce cadre la politique de la chaise vide avec constance (par exemple, lors du séminaire de travail du 6 juin réunissant le CA et le CAC, ni le doyen de médecine, ni le président de l’UPEC n’étaient présents). Mais, ce qui est sûr c’est qu’il est faux d’écrire que « La nouvelle direction de l’UPEC autour d’Olivier Montagne, président élu le 8 mars, n’est informée de rien » : la teneur des échanges lors de la Commission recherche de l’UPEC réunie le 27 juin en atteste.

    Le 14 juin, le comité de direction de l’UPEC a reçu Philippe Tchamitchian pour un échange et un débat sur l’I-site, ce qui relève d’une démarche constructive mais devient dans le communiqué guerrier « l’opération est déclenchée ». Il n’a en rien « sommé » l’UPEC de quoi que ce soit mais décrit le champ des possibles et les attentes du jury, laissant à l’assistance le soin d’analyser la situation, d’en tirer des conclusions et, éventuellement, une décision. Pour avoir été présent à cette réunion, je ne peux que m’opposer totalement à la phrase « Les directeurs de composantes se rebellent contre un projet, scientifiquement opaque, que tous perçoivent comme une « provocation » sur le plan institutionnel » pour la simple et bonne raison que « tous » les directeurs de composantes n’étaient pas présents. En outre, tous les présents n’ont pas contribué aux échanges ni ne se sont « rebellés » ; tous, enfin, n’ont pas perçu la proposition de dialogue de la Comue comme une provocation et certains l’ont défendu. Quatre directeurs de composantes et les membres de l’équipe de direction (vice-présidents et assesseurs) ont réagi par le sarcasme, foulant au pied toute possibilité d’échange. Les propos du président de la Comue ont été transformés, ses propositions caricaturées dans une attitude pour le moins discourtoise. Dès lors, inutile de se joindre à un débat où l’agression fait office d’argumentation. Il s’agit d’un comité de direction, tout cela ne devrait pas être rendu public mais les membres du collectif fictif auteur du communiqué se sont engagés sur ce terrain, laissant croire à l’unanimité là où il n’y a que l’expression de quelques individualités.

    Dans ce même communiqué figure une phrase apparemment anodine (« la Comue se passera du pôle Santé (la Faculté de médecine est à Créteil) ») mais pleine de sens : elle traduit une incompréhension du projet et une volonté de surprotéger la faculté de médecine de l’UPEC. Incompréhension, car le pôle Santé de l’I-site ne se réduit pas à la médecine. Rien qu’à l’UPEC, la santé concerne la Faculté Sess-Staps, la Faculté de sciences et technologies, la Faculté de sciences économiques et de gestion, l’ensemble des recherches sur la santé au travail, les recherches des équipes de l’OSU-Efluve, etc. Mais il est vrai que depuis son élection, le seul texte programmatique diffusé par l’équipe aujourd’hui à la tête de l’UPEC a été écrit pour la Faculté de médecine, présentée comme « privilégiée ».

    Le ton dramatique de la suite du communiqué (la « proie », le « dépeçage », tout le spectaculaire de la violence et du sang) en masque à peine les erreurs factuelles (y compris dans les noms des partenaires, ce qui en dit long sur le respect qu’on leur montre) et les faiblesses argumentatives. Car, finalement que nous propose-t-on ? Des intrigues secrètes (« qui sont les conseillers stratégiques de l’opération ? »), des « questions » et des « complices » de l’intérieur (la 5e colonne, sans doute). Bref, une théorie du complot qui permet d’évacuer tout début de preuve et de se poser en victime outragée. Lors du comité de direction du 14 juin, la ligne de présentation des événements par la direction tourne autour de « manœuvres », d’un « complot », de « malfaisance », d’« intérêts obscurs » et de « lettre de mission secrète ». L’un des devoirs des universitaires est notamment, par l’enseignement et la recherche, de fournir les armes pour éviter de sombrer dans ce type de piège intellectuel.
    La logique complotiste du communiqué se termine par des menaces pour les composantes qui auraient l’audace de ne pas vouloir que l’UPEC devienne une petite université de périphérie mais reste un acteur pluridisciplinaire majeur de l’enseignement supérieur français (« …plan concerté impliquant des « complicités » internes à l’UPEC qui ne se seraient pas encore déclarées ? Les réactions des composantes, selon qu’elles seront solidaires ou non de leur présidence, seront à cet égard éclairantes »). Voilà une magnifique leçon de ce collectif qui se pare de la démocratie pour manier l’intimidation et imaginer un monde manichéen où ne pas être d’accord signifie forcément conspirer. Tout cela est affligeant. Je suis en désaccord avec la présidence de l’UPEC sans pour autant intriguer dans les cabinets des ministères au dépeçage de ma propre université…

    Pour précision, élu à la direction d’une composante de l’UPEC, je parle ici en mon seul nom.

  2. Pingback: Notre université a-t-elle encore une stratégie de développement ? | Penser l'avenir, agir ensemble

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