Le choix de faire un bachelor

13 juillet 2016. Discussion entre un père, S, et son fils, E, bachelier technologique 2016, à propos du choix de ce dernier de faire, en post-bac, un Bachelor Affaires Internationales à l’École de Management de Strasbourg. Les autres filières possibles (faire un BTS, un DUT, une licence universitaire) ont été discutées et ont été éliminées. La licence universitaire est, de fait, inconnue d’une partie des élèves de terminale et donc délaissée.

S, père de E : mon fils, tu as obtenu ton bac Sciences et Technologies du Management et de la Gestion (STMG) avec mention Bien (et 18/20 en philo, c’est intéressant), tu as vu tous les cursus, l’université de l’extérieur, quand je t’avais montré la fac de droit à Strasbourg, puis les locaux de Sciences Économiques, les BTS de l’intérieur à Sainte Philo avec tes amis qui y sont, et les DUT en y faisant les tests d’admission.

S : pourquoi as-tu finalement choisi l’École de Management de Strasbourg, une école payante, pour y faire un Bachelor ?

E, fils de S : car ce n’est pas là qu’on m’attend, c’est différent. Ben, quand on est en STMG on te dit « fais un bts ou un dut ; le graal c’est un bts ou un dut. « Faire une grande école de commerce avec un concours parait impossible pour ces gens, car la majorité y est représentée par ES et S. Et que 4% de STMG. Rentrer à l’EM Strasbourg représente une réussite pour moi, d’avoir fallu faire un concours, oral, écrit. C’est beaucoup plus poussé que dans un bts ou un dut où c’est juste sur dossier.

S : qu’est-ce qui ne t’a pas plu à l’IUT ?

E : j’avais l’impression d’être dans mon ancien collège en rentrant dans le bâtiment de l’IUT. Je trouvais ça pas accueillant, bof.

S : et BTS ?

E : j’ai juste regardé le BTS de la Philo. Et les autres c’est tellement ce que tout le monde fait, et ça n’a pas de réelle valeur quand tu veux aller à l’étranger. Tu es obligé d’expliquer ce qu’est un BTS, par exemple en Allemagne.

E : aussi en DUT « technique de commercialisation » à Illkirch : je suis arrivé, je me suis installé pour mon entretien à 10h… je suis passé à 10h50 sachant que les 2 profs qui interrogeaient sont arrivés à 10h15 dans la salle. Qu’il y ait de l’attente c’est normal mais que sur la feuille on te dit « entretiens commencent à 10h » et que les profs arrivent dans la salle qu’à 10h15 c’est space. C’est plein de petits trucs comme ça.

S : et à l’EM Strasbourg lors de ton oral ? 

E : on ne peut pas vraiment savoir car c’est vendu d’une telle manière au moment que ça doit plaire. C’est vendu comme un produit leur cursus. Bon après qu’est ce qu’il y a dans le cursus, ce qui m’a attiré, ce n’est pas forcément l’animation du concours. C’est comme un cadeau, ce n’est pas l’emballage qui m’a attiré mais l’intérieur, ce qu’il y a dedans.

S : qu’est ce qu’il y a dedans ?

E : et ben tout ce qu’on peut faire, toutes les possibilités.

S : possibilités de quoi ?

E : ch’sais pas, de faire la première année 3 mois à l’étranger, puis de pouvoir faire un année complète, la troisième année en travaillant ; en seconde année les cours complètement en anglais. C’est pas comme en DUT ou en BTS où tu as encore ce côté « Stage » ; en DUT ce sont des « stages », en BTS ce sont des « stages »… « stages découvertes. Manu m’a dit qu’en DUT CLIO il a deux semaines de stage découverte. Comment dire, en bts ou en dut, il y a toujours ce côté ou tu fais quelque chose soit en alternance ou en complet : donc ou bien l’un ou l’autre, ça bloque en fait.

S : et l’université ?

E : l’université ? C’est quoi la question ?

S : ça te dit quoi ?

E : Tu veux dire la fac ?

S : oui 

E : ça ne me dit pas grand chose, car ce n’est pas ce qu’on nous montre, les profs. On nous explique rien. Ça a ce côté roue de secours « Ouai tu n’as pas ton bts ou ton dut, donc va à la fac, t’es sûr d’être pris ».

En voyant ça a l’air un peu hangar à vache, le troupeau, et hop comme une usine. Ce côté que tu retrouves dans les lycées publics Schumann ou Maurois où il y a beaucoup de monde. Ce n’est pas le truc d’avoir beaucoup de monde. Enfin tu as l’impression qu’il n’y a pas d’humanité là dedans, que ça change tous les jours, qu’il n’y a pas de réelle vie là dedans. Encore un point pourquoi l’EM : quand je dis à une fille ou à un pote que je vais à l’EM Strasbourg, on me dit « c’est la classe ». Ça c’est important ça. Pas se la péter, mais c’est une conséquence de rentrer. Automatiquement 99% te disent « oh c’est stylé ». Par principe on te dit ça. Dès que je le dis à quelqu’un qui à 19 ans. Même une fille qui est en DEUST Métier de la forme, m’a dit ça et pourtant elle n’est pas du tout dans ce cursus.

S : et payer et emprunter de l’argent pour tes études ?

E : qu’est ce que ça me fait ? Euh, pff… (attente) je n’ai pas vraiment d’avis car je n’ai jamais emprunté d’argent pour payer quelque chose. Je n peux pas te dire. Je verrais lorsque je commencerai à rembourser en fait.

S : ça ne te fait pas peur d’emprunter de l’argent ?

E : non, pas vraiment, je n’ai pas vraiment peur d’emprunter. Si c’est bien réfléchi et bien mis en place je ne vois pas pourquoi ça ne marcherai pas.

S : et si il y en a eu une, quelle a été mon influence ?

E : la tienne ? L’influence principale a été pour réussir le concours.

S : pourquoi ?

E : pas à l’écrit, j’avais déjà fait un test et les 3 jours de stage de préparation Atout+3. C’est surtout pour l’oral, en me donnant les ficelles de ce qui important à dire et ce qu’il faut montrer. Ça te permet de réussir, si tu sais déjà à l’avance. Voilà tu as gagné. Mais si tu n’as pas les ficelles, c’est un peu plus dur, il faut les trouver alors sur place. Alors ça se jouera plus à ta prestation personnelle à l’oral. C’est une mise en scène de toute façon. C’est comme un acteur : si tu as les ficelles « tu fais et tu fais bien ». Si tu n’as pas les ficelles « tu interprètes sur le moment ».

S : quoi d’autre ?

E : oui à l’EM, en venant, surtout j’avais l’impression d’être à ma place. Dans l’IUT, j’avais l’impression de ne pas être à ma place. J’avais parlé à un Mec en DUT avant l’entretien. Il m’avait parlé de ce que j’avais comme autres voeux. Je lui avais dit l’EM en premier voeu. Il m’a répondu « Oui c’est sur dossier ». Et là j’ai tilté qu’il ne savait pas qu’il y avait un concours. Il y a tellement d’information qu’après on concentre sur un simple type d’après la filière : STMG c’est bts ou dut (DUT le GRAAL), tu ne vises pas plus haut même si ça existe. En ES, c’est plus variable, un peu brouillon. Déjà de base, ES, 2 ans c’est un peu tout, pas précisément math comme S ou Gestion pour STMG. Les gars en ES se retrouvent un peu partout, la foule mouvante un peu partout, tout et n’importe quoi, en DUT Compta, etc… et après les S qui par principe vu qu’ils font des math ils disent « je vais en Science Eco, car je sais faire des calculs donc ça devrait passer », et d’autres soit médecine et surtout énormément veulent faire des écoles d’ingénieur.

S : et pourquoi ingénieur ?

E : car ça fait rêver le titre « ingénieur ». Ça a de la gueule. Comme médecin ou avocat. Comme aussi « spécialisation finance » ça a de la gueule. Et comme je pense que la forme passe beaucoup devant le fond « il suffit de montrer une belle forme pour passer partout ». Tu vends bien avec de l’aplomb, tu sais que tu es nul, tu as eu des notes de merde, tu vends bien et ça passe.

S : parce que tu as fait la filière S ?

E : exact. Donc déficit de notoriété des uns L ou STMG ou BacPRO par rapport à S et ES !

S : tes amis qui vont en DUT ou en BTS ?

E : ils voient ça comme la mort : ils ont tous une appréhension que tout le travail du monde va leur tomber sur la tête. Intimement je suis persuadé, même si je ne connais pas, qu’il y a tellement de gens qui y sont passés et qui n’ont pas de grandes capacités intrinsèques (par rapport à mes potes qui sont bons) qui ont réussi quand même. C’est toujours le truc : ils se disent « attend j’ai cent truc à faire… au lycée j’en avais dix ». Il se peut que les dix truc du lycée peuvent valoir les 100 truc du DUT. Pas de faire des choses inutiles. Exemple des filles qui font 100 fiches de révision avec 70 couleurs différents et qui ressortent avec tout juste 10/20. Moi et mes potes c’est différent et on une meilleure note qu’elles. C’est juste une réflexion continue. Et ne pas réfléchir dans le vent. Dans ta tête te faire ta réflexion et c’est là que ça émerge. Ce n’est pas apprendre pour apprendre, comme un robot.

S : tu ne parles même pas des Bacs Pros ?

E : non par principe, c’est une arnaque pour moi. Quand je vois le niveau des élèves c’est une arnaque. Le terme « BAC » de pro est une arnaque. Pas ce qu’on apprend qui peut avoir une bonne utilité, c’est le nom « BAC » qui fausse tout. C’est surtout le fait que BAC PRO c’est trop mitigé, c’est entre les deux, je vais en cours puis j’ai 6 semaines de stage, puis retour. Tu ne vois pas où est la finalité ; finalité de savoir travailler avec ça ou continuer tes études ? C’est entre les deux.

S : tu en as parlé avec des gars qui sont en bac pro ?

E : non pas vraiment, pas vraiment de relation avec eux. Ils ont à SaintePhilo un bâtiment lycée pro et ça ça marque tout, il faut que je te dise « S et ES bâtiment de lycée classique tout le temps ; STMG moitié dans le bâtiment lycée classique et lycée pro ; BacPro « que bâtiment lycée pro »… ça marque tout déjà. Bac Pro ils devraient faire des apprentissages. Quand je vois les mecs sortir de Bac Pro, je ne les vois pas travailler tout de suite car je ne les vois pas avoir fait un truc pour travailler. Deux fois 6 semaines de stage en 2 ans aucune chance contre celui qui a fait de l’apprentissage en postulant dans une entreprise.

S : et qu’est ce que tu vois comme suite maintenant que tu as tout réussi ?

E : faire les 3  ans et de les réussir, c’est déjà assez. Je ne vois pas encore après.

S : tu ne vois pas encore plus loin ?

E : je ne vois pas encore après les 3 ans de bachelor. Comme l’année dernière je n’avais pas encore de vision du supérieur… étape par étape.

S : et master ?

E : j’ai une idée de ce que c’est mais pour l’instant je n’y pense pas vraiment. De toute façon je n’ai pas de raison de dire « je fais » ou « je ne fais pas ».

S : tu voulais tenter HEC?

E : pourquoi pas ! Je le tenterai en tout cas. Même si c’est un échec je vais le tenter. Pourquoi pas. C’est bien passé à l’EM et pourtant mes propres potes surtout STMG, me « mattaient » de travers quand je leur disais que je vais faire les concours des grandes écoles. De toute façon ils ne connaissent pas. Ils ne connaissent pas la difficulté, comme ils n’ont jamais fait de concours de ce type. Bizarrement mes potes en ES félicitent plus en disant « tu vois que c’est possible ». Comme dit en STMG par principe de base c’est impossible donc on les montre même pas. Et ne parlons même pas en BacPro. Si, maintenant qu’il y a les quotas, on retrouve surtout les bacs pros en BTS. Mais après c’est normal qu’ils n’y arrivent pas car ils n’ont pas le niveau, c’est flagrant.

S : mais tu ne les connais pas ?!

E : si, j’ai parlé avec des gars de bac pro : j’ai l’impression de voir des collégiens au lycée. Bon, papa, on verra bien pour la suite, allons manger maintenant, j’ai faim.

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Classé dans C. Grand-Est (Alsace Lorraine Champagne-Ardenne), E. Economie Gestion

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