Docteurs, fuyez l’agrégation !

Dans les chroniques du 15 octobre 2015, Les docteurs recasés agrégés, du 11 décembre 2015, Doctorat puis agrégation : non !, puis du 26 mai 2016, Agrégation pour les docteurs, je m’opposais fermement à cette fausse bonne idée. Le décret du 20 mai 2016 ne m’a pas rassuré du tout. De son côté, la Société des agrégés a déploré un manque d’ambition et a dénoncé un passage en force.

Et voici qu’en pleines vacances d’été, un arrêté (28 juin 2016, JO du 28 juillet 2016) modifie l’arrêté du 28 décembre 2009 fixant les sections et les modalités d’organisation des concours de l’agrégation, et en particulier du concours externe spécial (réservé aux docteurs). Cet arrêté, essentiel pour les docteurs souhaitant se réorienter vers l’enseignement secondaire ou les classes supérieures des lycées, envoie une douche froide, glaciale. Les docteurs sont une fois de plus roulés dans la farine !

Cinq sections seulement ouvertes au concours externe spécial : Lettres modernes, Langues vivantes étrangères (anglais), Mathématiques, Physique-chimie, Biochimie-génie biologique. D’autres sections pourraient être ouvertes, mais quand ? Inégalité inadmissible de traitement entre les docteurs des différentes disciplines : ça se plaide en tribunal administratif ?

Pour réussir le concours spécial, il faudra d’abord réussir des épreuves d’admissibilité, qui n’ont rien à voir avec la formation doctorale. La plupart des docteurs, après 3 à 4 ans de thèse, rateront ces épreuves, à moins de prendre une ou deux années pour se remettre à niveau. La logique voudrait donc que l’agrégation soit obtenue avant l’entrée en doctorat (comme cela existe dans une majorité de disciplines).

Les docteurs ne pourront faire valoir leurs savoirs et compétences spécifiques que lors des épreuves d’admission. Dans chacune des cinq sections (cf. ci-dessus), l’arrêté mentionne en effet une épreuve inédite : la mise en perspective didactique d’un dossier de recherche.

  • Durée de préparation : une heure ; durée de l’épreuve : une heure maximum (exposé : trente minutes maximum ; entretien : trente minutes maximum).
  • Le candidat adresse au jury, par voie électronique (format PDF) au moins dix jours avant le début des épreuves d’admission, un dossier scientifique présentant son parcours, ses travaux de recherche et, le cas échéant, ses activités d’enseignement et de valorisation de la recherche. Le dossier, rédigé en français, ne doit pas excéder douze pages, annexes comprises.
  • Lors de la première partie de l’épreuve, le candidat présente au jury la nature, les enjeux et les résultats de son travail de recherche et en propose une mise en perspective didactique, orientée par une question qui lui est communiquée par le jury au début de l’heure de préparation.
  • Cet exposé est suivi d’un entretien avec le jury prenant appui sur le dossier et l’exposé du candidat.
  • L’exposé et l’entretien se déroulent en français.
  • L’épreuve doit permettre au jury d’apprécier l’aptitude du candidat à rendre ses travaux accessibles à un public de non-spécialistes ; à dégager ce qui dans les acquis de sa formation à et par la recherche peut être mobilisé dans le cadre des enseignements qu’il serait appelé à dispenser dans la discipline du concours ; appréhender de façon pertinente les missions confiées à un professeur agrégé.

Surprise détestable. Le coefficient attribué à la mise en perspective didactique du dossier de recherche varie d’une section à l’autre, équivalant de 27 à 43% des notes des épreuves d’admission. N’importe nawak !

Et que dire de la légitimité du jury d’agrégation à évaluer des titulaires d’un doctorat ? Va-t-on pousser le ridicule jusqu’à faire présider les jurys du concours externe spécial par des universitaires ?

Depuis 2012, les doctorants et les docteurs sont menés en bateau. Cet arrêté sur les sections et les modalités du concours d’agrégation en est une nouvelle preuve : mauvaises conditions de préparation du concours et lourdes épreuves d’admissibilité et d’admission. L’épreuve du dossier de recherche pourrait conduire à un vrai massacre.

Jeunes chercheuses et jeunes chercheurs, dans les conditions prescrites par l’arrêté du 28 juin 2016, il faut fuir le concours spécial d’agrégation.

14 Commentaires

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14 réponses à “Docteurs, fuyez l’agrégation !

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  2. politique

    Non, il n y a pas de traitement inégal, le traitement inégal ne peut exister qu’entre les candidats à un même concours (exemple, les candidats à une agrégation de maths). Par ailleurs, l’épreuve d’admissibilité ne nécessite pas de remise à niveau particulière, puisqu’il s’agit d’un concours (et non d’un examen) pour lequel tous les candidats possèdent un doctorat et pour lesquels, donc, les enseignements de Master (ou autres) datent un peu.
    Pour savoir si c’est intéressant, il faudrait pouvoir comparer avec les emplois et les salaires des autres docteurs, et en particulier avec les docteurs qui ne poursuivent pas de carrière académique. Que deviennent-ils ? dispose t on de statistiques là dessus, comme il en existe pour les diplômés d’un master ?

  3. Marianne

    En fait l’agreg docteur a été crée en partant de plusieurs constats
    – il existe des disciplines ou une thèse mène avec une grande probabilité à rien. C’est par exemple le cas dans des domaines très théoriques des maths où a part cas rare, après une thèse, si on ne l’a déjà on passe le CAPES ou l’agreg et on part enseigner. Les postes de MCF étant très rares pour ne pas dire inexistant dans certains domaines
    – de fait, les titulaires d’un doctorat réussissent peu l’agreg et se plantent massivement. Je n’ai pas les chiffres en tête mais en maths c’es genre 10% qui réussissent. Du coup avoir un concours pour les docteurs ca me parait pas si idiot que ca. Et par ailleurs en matsh tous les postes ne sont pas pourvus. Je n’ai pas non plus les chiffres en tête mais environ 400 postes sont mis au concours chaque année et moins de 300 sont pourvus. Il y a donc de la marge et l’agreg docteurs amenerait vraiment à des recrutements en plus
    On peut critiquer ce système la mais pourtant cela me parait une adaptation assez pragmatique à la réalité. Quand à tenir compte du doctorat dans les grilles de salaires ou autres et bien cela reviendrait à créer un nouveau corps de docteurs-agrégés
    Je n’ai rien contre mais c’est une étape supplémentaire. Si les docteurs deviennet agrégés ils rentrent dans un corps et leur salaire est déjà fixé par un certain nombre de règles. On peut le regretter mais c’est ainsi et par ailleurs pour ceux qui ont passé l’agreg avant de devenir docteurs c’est comme ca que ca se passe. Cela aurait t-il un sens de différencier agrégés docteurs et docteurs agrégés? Ca me parait un peu compliqué!

  4. Marianne

    Et pour les débouchés du doctorat de maths je ne saurais que trop recommander d’aller sur le site de l’AMIES. On peut par exemple regarder l’étude qui a été menée en 2014 sur le devenir des docteurs en maths

    http://www.agence-maths-entreprises.fr/a/?q=fr/node/628

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  7. Bliman Samuel

    Curieuse « cuisine » : il y a vingt-cinq, trente ans , on faisait assaut pour « prendre » des agrégés pour leur donner à enseigner dans les premiers cycles universitaires : on « déshabillait » Pierre pour habiller Paul ; maintenant on inverse le procédé: on « transforme » des docteurs en agrégés… est ce bien « raisonnable »?

  8. alberto

    Ne pas laisser la possibilité d’une agrégation après le doctorat c’est plus ou moins consciemment discriminatoire envers les nombreux étrangers qui, comme moi, arrivent en France pendant ou après le doctorat. Je suis surpris par le fait que personne n’a soulevé cette question, chacun sans doute essayant de sauver ses intérêts. Les agrégés, d’ailleurs, représentent une corporation qui ne veut pas perdre certains privilèges, notamment les postes aux concours de MCF, nominalement ouverts à tout le monde, mais de facto, notamment dans certaines disciplines, réservés aux agrégés. La chose la plus dérangeante c’est qu’ils (notamment l’association des agrégés) masquent cette protection de privilèges (en soi tout à fait compréhensible) derrière des faux discours sur la qualité de l’enseignement, etc. Bourdieu parlait justement de racisme de l’intelligence, très commun en France (« ancien élève de l’Ecole Normale… »). Ouvrons le débat !

  9. Pharisäer

    Ne vous en déplaise, je suis moi aussi favorable à cette agrégation session spéciale pour jeunes docteurs : ils n’ont qu’à passer l’agrégation du secondaire « normale » ? Elle n’existe pas dans toutes les disciplines, elle n’est pas connue de ceux qui arrivent en France pour la thèse et se voient ensuite reprocher de ne pas être agrégé-e pour un poste en fac ? Je serais encore plus réaliste : il faut bien quand même qu’on fasse quelque chose pour tous ces étudiants qu’on a encouragé à faire des thèses en sachant parfaitement qu’il n’y aurait pas de débouché au final. On ne peut pas se désintéresser de leur sort (enfin, je connais des collègues qui font ça très bien ;-)) une fois la soutenance passée, alors qu’ils sont chômeurs faute de poste en fac, faute de concours du secondaire. Combien d’écoles doctorales fermeraient si on arrêtait tout simplement de faire faire des thèses dans des sections CNU sinistrées ? Combien en province où l’on se garde bien d’exiger comme à la Sorbonne que les étudiants soient d’abord agrégés pour accepter de les diriger en thèse, parce que sinon il n’y aurait quasiment pas de doctorants ? Combien à Paris où bon nombre des doctorants viennent d’autres pays sans agrégation du secondaire ? Pour une fois, ayons le courage de nos lâchetés habituelles : donnons une chance à ces jeunes docteurs – qui dès leur inscription en thèse n’avaient pas la moindre chance de finir MCF – de ne pas finir chômeurs, et donnons une chance à ceux qui vont s’inscrire en thèse de ne pas arriver dans un embouteillage monstre de docteurs en quête d’un poste. Cette agrégation « cuvée spéciale » permettra de laisser de côté ceux et celles qui ne sont vraiment pas faits pour enseigner, comme cela s’est fait pour le fameux Capes « cuvée spéciale » de 2014, et elle donnera un poste fixe avec la stabilité financière et familiale/affective qui vont souvent de pair. Zut à la fin, si ce n’est pas le sens de l’humain qui motive, du moins que ce soit un intérêt bien compris : c’est ça ou fermer le robinet des thésards sans avenir en fac et du coup fermer un bon nombre de formations doctorales.

  10. Hina

    Je ne comprends pas bien l’intérêt de cette section spéciale : implique t elle un salaire différent ou simplement une « adaptation de la difficulté » de l’épreuve aux docteurs qui se plantent massivement à l’agreg? Dans un cas comme dans l’autre je trouve bien dommage qu’il n’y ait que si peu de domaines impliqués, cela exclut pas mal de docteurs et ne résout qu’à moitié le problème de l’embouteillage en quête de postes (je suis dans la file..)

  11. Tout est dans la différence entre un concours qui permet d’avoir une profession (d’où la forme des épreuves) et une formation qui n’est pas (ou plus) ‘professionnalisante’.

  12. Une universitaire titulaire et responsable

    « Jeunes chercheuses et jeunes chercheurs, dans les conditions prescrites par l’arrêté du 28 juin 2016, il faut fuir le concours spécial d’agrégation. »

    Je ne suis pas nécessairement pour ce concours mais qu’avez-vous à offrir aux cohortes de docteurs toujours plus grandes?

    Les enseignant-chercheurs sont bien contents d’avoir des doctorants qui font avancer leur recherche. Beaucoup d’énergie est libérée pour obtenir une bourse de thèse et un doctorant. Et après? Que deviennent ces docteurs? Peuvent-ils espérer un poste d’enseignant-chercheur quand la majorité des titulaires prennent à tour de bras les heures sup nécessaires à faire tourner les enseignements?

    Pour être au coeur du système, je vois bien que peu d’enseignant-chercheur sont – véritablement – impliqués dans le suivi de leur docteurs. Pour exemple, un professeur d’université de mon unité se plaint de n’avoir eu qu’une seule doctorante (avec laquelle ça s’est bien passé). Et quand on lui demande ce que sa doctorante devient, il n’en sait rien! Un autre collègue l’informe qu’elle est en train de passer CAPES et agrégation…

  13. Docteur sans agrégation

    Les professeurs qui m’ont félicitée lors de ma soutenance de doctorat m’ont aussi très clairement précisé que je ne trouverais pas de poste à l’Université si je n’avais pas l’agrégation. Reste à savoir quelle agrégation passer…

  14. Ab docteure non agrégée

    Pour moi qui suis titulaire d’un doctorat en sciences de la terre avoir la possibilité de passer ce type de concours agrégation ou agrégation spéciale pour docteur est tout d abord dégradant : une thèse demande bien plus d investissement qu un master, toutes les compétences demandées par le concours agrégation spéciale sont déjà demandées lors de la soutenance de thèse. Le doctorat est certe une formation mais surtout un emploi pour lequel vous avez été jugé par des experts au final des 3 années. Au vue de tous les obstacles entre l obtention d une thèse et de sa soutenance on roule là encore les docteurs dans la farine. Pas de poste de mcf après la soutenance même si on vous accordera le précieux sesame de la qualification pour postuler aux offres de mcf….beaucoup sans piston (le mérite souvent passant après) se retrouveront le bec dans l eau. Trop de mes connaisssances avec des doctorats toutes disciplines confondues sont au chômage par manque de poste de mcf ouverts et trop peu d’offres de postdoctorat en France, offres souvent réservées aux étrangers pour faire rayonner le laboratoire accueillant. Je n ai rien contre les docteurs étrangers…je le précise le système est mal fait pour tous les docteurs voulant rester sur le territoire, transmettre leur savoir dans les universités françaises pour maintenir un niveau d excellence et aussi fonder une famille en France. Le système universitaire français a grandement besoin d une réforme majeure pour ces docteurs sans travail après la soutenance, ces mêmes docteurs qui font vivre les labos avec leur travaux de recherche mais aussi leur charge d encadrement d étudiants de licence et de master …et oui beaucoup de thésards encadrent des étudiants car les mcf et profs croulent sous les charges administratives pour trouver des fonds pour leur recherche….les dotations étant faibles et les mcf peinant même à trouver l argent pour payer les stagiaires de plus de 3mois restants dans leur labo… Autre dysfonctionnement les contrats d ATER assistant temporaire d enseignement et de recherche que l on propose aux docteurs pour 2 ans maximum où la personne engagée sera payée pour les heures d enseignements à l université mais pas pour sa recherche…ces ATER sont mêmes proposés en dispositif de fin de thèse quand on vous accorde comme ça a été le cas pour moi une 4ème année pour finir votre thèse (mon laboratoire d accueil avait déménagé lors de la thèse et ne pouvant faire mes mesures ailleurs il a fallu attendre et réorienter mon sujet de thèse ce qui m a permis d avoir d autres données et articles). Ces ater se sont des contrats précaires et pour beaucoup donnés en demi ater (1/2 des charges d enseignements soit un salaire mensuel de 1250euros environ) vous serez donc payés encore moins que lors de votre thèse (bourse ministérielle) et votre contrat précise même que vous ne pouvez enseigner dans un autre établissement en parallèle pour tenter de gagner plus et vivre un peu mieux !

    Comme je le disais plus haut ce concours agrégation spéciale avec rapport et oral se rapproche trop du processus de soutenance : ce serait une redite inutile et une perte de temps. Un thésard est souvent évalué par ses paires lors des trois années de thèse. En effet pour obtenir la bourse de thèse quasiment tous les doctorants sont passés devant un jury et ont été sélectionnés et classés par rapport à d autres candidats …ce qui pour moi se rapproche d un concours. Tous les ans la poursuite de la thèse est évaluée par un comité. Pour soutenir 2 rapporteurs jugent du travail de thèse et donnent leur avis positif ou négatif à la soutenance et après le directeur de l école doctorale donne son avis favorable à la soutenance… ensuite on soutient et là aussi on est jugé sur notre oral et notre capacité à répondre aux multiples questions. Et il faudrait encore passer un concours pour juger des compétences des docteurs! Lors de la soutenance les différents domaines d expertises qui sont représentés par les membres du jury suffisent à juger des 3 années du travail du thésard. Pas besoin d un jury de non expérimenté en recherche. De plus j imagine que trop peu d agrégés pourraient avoir le niveau pour juger un niveau de recherche universitaire, je parle en particulier des agrégés avec un niveau master qui n ont pour la plupart pas fait de recherche universitaire dans leur cursus. Je parle par expérience pour avoir parlé de ma thèse à un professeur agrégé PRAG (prof agrégé rattaché à l université) qui n’ avait pas l air de bien comprendre les tenants et aboutissants d un travail de recherche.

    Mais peu importe le concours : agrégation simple, spéciale ou même capes ce sont malheureusement les étapes qu’ un docteur doit passer pour enseigner en collège et lycée et obtenir un poste fixe sinon vous serez contractuels, remplaçants et donc sous payés pour le même nombre d heures effectuées…là encore un système aberrant ! Il serait plus judicieux d ouvrir des postes d enseignements à l université (uniquement de l enseignement) directement pour les détenteurs de doctorats en particulier ceux qui ont été moniteurs pour venir aider les mcf qui croulent sous les heures supplémentaires. Lorsque l on voit la surcharge des plannings des mcf à l université pour pallier au trop grand nombre d étudiants inscrits, ces mcf n ont plus assez de temps pour faire leur propre recherche. Les universités recrutent des enseignements du second degré dans certaines disciplines…..mais si ce système était réformé les docteurs pourraient transmettre leur savoir et non être au chômage.

    Je rejoins d autres commentaires souvent les directeurs de thèse ne suivent pas le futur de leur doctorant ce qui est bien dommage et humainement inqualifiable…en thèse on bosse énormément on nous considère déjà comme des chercheurs mais il n y a pas de mérite derrière. Former un doctorant coûte énormément au système universitaire …mais pour quoi derrière…

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