Licence polytech à l’université

Pour la création d’une licence polytechnique à l’université, contribution de Laurent Batsch, président de l’université Paris-Dauphine, et de Bruno Magliulo, Inspecteur d’académie honoraire. Débattre de ce projet en le comparant au combat de ce blog : créer des Instituts d’enseignement supérieur de 1er cycle, dédiés à la licence.

Plusieurs études récentes émanant d’organismes officiels (BIPE, CEREQ…) nous disent que les employeurs sont de plus en plus à la recherche de diplômés de niveau intermédiaire fortement polyvalents. C’est vrai aussi bien pour les métiers tertiaires (ceux dits du middle management), que pour ceux que demande l’industrie. Par ailleurs, depuis la mise en œuvre du système européen d’études supérieures (le désormais bien connu LMD), le niveau des études dites intermédiaires a été décalé en France de bac + 2 à bac + 3, rendant moins lisible au niveau international les formations qui débouchent sur des diplômes de niveau bac + 2 (BTS, DUT, DEUST). Les étudiants ne s’y trompent d’ailleurs pas qui sont d’année en année de plus en plus nombreux à s’efforcer d’ajouter une année de formation pour aller quérir à bac + 3 un diplôme reconnu sur le plan international.

Alors comment se fait-il que l’université française ne propose pas de cursus de formation de ce type ?

On nous dit que cela existe sous la forme de la licence professionnelle. Mais on est loin du compte. Une licence pro c’est un parcours professionnalisant en un an, prolongeant deux années de licence ou un BTS/DUT.  Outre qu’on y mélange des étudiants ayant déjà reçu un premier bagage de formation professionnelle, avec d’autres qui sortent de deux années de licence générale (problème  d’hétérogénéité), ces licences professionnelles proposent des programmes qui ne sont pas dans le prolongement des deux années préalables passées en L1/L2 ou en BTS/DUT. Il y a là une discontinuité qui n’est pas satisfaisante (défaut de discontinuité). Enfin, ces formations sont souvent excessivement spécialisées (à l’encontre de la nécessité de polyvalence).

Pour remédier à ces défauts, nous proposons la création dans les universités de parcours d’études en trois ans que nous appellerons Licences polytechniques, conçues comme des programmes spécifiques dès la première année.

Outre qu’elles répondraient aux attentes de beaucoup d‘employeurs, elles permettraient de proposer en milieu universitaires une alternative aux parcours L1/L2 principalement composés d’enseignements généraux, dans lesquels vont échouer une forte proportion de bacheliers, principalement ceux issus des voies professionnelles et technologiques. Si on veut rendre crédible l’objectif politique d’inciter de plus en plus de bacheliers à faire des études supérieures, il faut que l’université propose des formations qualifiantes de type bac + 3. Tel n’est pas le cas aujourd’hui.

La nature ayant horreur du vide, l’attitude frileuse des universités a jusqu’ici contribué au succès des Bachelors que proposent aujourd’hui des dizaines d’écoles de tous acabits. Le succès remporté par ce type de formation auprès des jeunes bacheliers, dont le coût souvent élevé est compensé par de bons taux de placement professionnel à leur issue, démontre que de telles formations polytechniques ont pleinement leur place à l’université. Faudra-t-il attendre encore longtemps pour que seuls en bénéficient ceux qui ont les moyens de débourser de 6000 à 13000 euros par an ?

Nous entendons le double argument des opposants :

  • Ça va coûter cher ! Sans doute, mais le coût de l’énorme échec dans les deux premières années de licence est également très élevé, échec que les licences polytechniques permettraient de réduire fortement. De plus, cela ne coûtera pas aussi cher qu’il parait si on veut bien refondre le format de l’actuel DUT en deux ans dans celui des licences polytechniques à parcours progressif sur trois ans. Le même raisonnement peut être appliqué à certains BTS.
  • Ces licences polytechniques introduiraient la sélection à l’entrée en licence. En effet, ces formations nouvelles feront l’objet d’une certaine régulation à leur entrée, comme c’est déjà le cas pour les IUT. Mais elles ouvriront une voie nouvelle de réussite à des publics étudiants exclus du système. Il ne s’agirait pas de sélectionner avec pour critère unique le bilan scolaire, mais de s’attacher à repérer parmi les candidats ceux dont la démarche personnelle valide un tel choix d’orientation (stages en milieu professionnel, activités en milieu associatif, investissement citoyen, notes et appréciations obtenues dans les enseignements technologiques et professionnels au lycée …).

De tous les points de vue (ouverture sociale de l’enseignement supérieur public, mise en cohérence de notre système avec le modèle LMD, employabilité des jeunes, besoins des entreprises), la création des licences polytechniques s’impose déjà dans l’agenda des politiques publiques.

1 commentaire

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Une réponse à “Licence polytech à l’université

  1. Olivier

    Le problème est que la plupart des enseignants chercheurs sont des académiques, et non les enseignants des bachelors de faible niveau proposés dans les écoles.
    Les bachelors des universités anglo-saxonnes sont très académique, ce qui ne semble pas être le cas de ce qui est attendu ici.

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