Paris-Saclay : vers l’explosion ?

En avril 2016, le jury international du PIA a décidé que la période probatoire de l’IDEX de la COMUE Université Paris-Saclay serait prolongée jusque décembre 2017. En jeu : quelques dizaines de millions d’euros par an. Danger : au rythme des disputes entre les partenaires et avant le délai fatidique, il pourrait y avoir explosion de la COMUE et enfouissement de ses déchets dès janvier 2018. Pour aller plus loin : toutes les chroniques du blog sur Paris-Saclay.

La présidente de Paris-Sud, Sylvie Retailleau, s’inquiète de la situation dans un courriel adressé le 15 septembre 2016 à l’ensemble des personnels de l’Université. Ce courriel est reproduit in extenso ci-dessous.

Chers collègues. Le Président de la République avait choisi de faire sa rentrée universitaire en 2015 dans l’une des plus grandes universités d’Europe, …. l’Université Paris-Sud au cœur de Paris-Saclay, et il me semble important de rappeler en cette rentrée 2016 qu’il avait affirmé que La France a besoin d’universités fortes, d’un système d’enseignement supérieur brillant et que Paris-Saclay est une priorité nationale.

La ComUE Université Paris-Saclay repose notamment sur l’IDEX qui, à la suite de l’évaluation du jury international, a vu sa période probatoire prolongée de 18 mois, jusqu’en décembre 2017. L’ensemble de ses membres doit donc rapidement remettre un projet amendé d’Université Paris-Saclay.

Dans ce contexte, je veux vous assurer que j’ai pleinement conscience du danger que font courir à l’Université Paris-Sud les déclarations intempestives, sans concertation, de certains de nos partenaires de l’Université Paris-Saclay, ambitionnant par exemple pour l’un de devenir La graduate school de Paris-Saclay, pour un autre, d’apporter à Paris-Saclay sa composante numérique (lire en note finale les interventions dans la presse).

Outre le mépris de ces déclarations vis-à-vis des autres partenaires et tout particulièrement de notre Université, ces dépêches de presse présagent aussi d’une spirale infernale où chaque partenaire sera poussé à revendiquer la prééminence de son identité dans la construction d’un projet qui doit être avant tout collectif pour aboutir à l’Université Paris-Saclay. Faire de telles déclarations, c’est faire fi des missions de l’Université qui par essence porte un large spectre de disciplines, revendique sa formation à et par la recherche lui permettant de promouvoir un grand nombre d’étudiants jusqu’au doctorat dont une partie non négligeable s’oriente vers les métiers de chercheurs et d’enseignants- chercheurs. Pour l’Université Paris-Sud, et la communauté qui la compose, reconnue au niveau international comme une université de recherche (même si ce concept prête à discussion) membre de la CURIF et de la LERU, afficher une formation Master-Doctorat de très haut niveau ou se situer à la pointe des techniques du numérique sont des revendications plus que légitimes.

C’est pourquoi, l’Université Paris-Sud ne peut pas accepter que des positionnements individuels de partenaires empiètent sur ses propres missions. Elle se doit d’alerter au plus haut niveau sur la situation actuelle et le danger qu’elle représente pour le projet de l’Université Paris-Saclay.

La volonté de l’Université Paris-Sud est de continuer à participer à la construction de l’Université Paris-Saclay. Nous ne devons pas donner d’arguments supplémentaires ou se positionner de façon irresponsable au risque de fragiliser davantage ce projet et de laisser la porte ouverte, voire de donner une légitimité, à des projets alternatifs nuisibles pour tous. Je pense aussi à tous les personnels qui ont investi dans ce projet ambitieux et collectif, au-delà des frontières de leur propre établissement.

Nous avons la responsabilité de construire collectivement un projet d’envergure internationale tout en préservant l’intérêt de notre établissement qui, pour nous, est d’abord celui de nos étudiants, de nos personnels et de nos laboratoires et plus globalement celui de l’enseignement supérieur et de la recherche au service de la société. La création d’une offre de formation variée, cohérente et adaptée aux étudiants et aux besoins socio-économiques d’aujourd’hui, le renforcement d’un environnement de recherche riche, visible et offrant à nos personnels les meilleures conditions pour une recherche fondamentale de haut niveau donnant lieu à une valorisation et un transfert technologique à la hauteur du cluster que l’on veut construire, doivent rester les éléments moteurs de ce projet. Cela notre communauté l’a bien compris et travaille depuis plusieurs années à concrétiser ces ambitions.

Ce contexte nécessite que l’Université Paris-Sud prenne de la distance vis-à-vis des débats actuels afin de se donner le temps de se réinterroger sur la façon dont elle se projette dans la future Université Paris-Saclay et cela de façon collective au sein de notre Université.

Synthèses des interventions devant la presse.

1. Pierre-Paul Zalio, président de l’ENS Paris-Saclay, interview donnée à Sarah Piovezan, à l’occasion du changement de nom et de logo de l’ex-ENS Cachan, AEF Dépêche n°545011 – 07/09/2016

Toute université mondiale d’ambition possède en son sein une graduate school très sélective, dont le but est de conduire ses étudiants à la recherche par la thèse […].

Et un peu loin : C’est le positionnement de l’ENS au sein de l’Université Paris-Saclay avec une certaine incitation donnée aux étudiants pour qu’ils s’orientent vers les carrières académiques. Le nouveau logo nous positionne comme la graduate school de l’Université Paris-Saclay.

Et encore plus loin : L’ENS se sent bien dans l’Université Paris-Saclay si on lui reconnaît une place spécifique : être la graduate school, qui conduit les meilleurs étudiants aux métiers académiques à travers une formation prédoctorale puis doctorale. C’est la lacune de notre travail que de n’avoir pas pris le temps de définir la place de chacun, alors que ce n’est pas un exercice si compliqué à mener. CentraleSupélec et Télécom pourraient se définir comme la grande école d’ingénieurs française, l’Ensae comme l’école d’économie de Paris-Saclay, AgroParisTech comme l’école du vivant, et les composantes universitaires pourraient avoir pour mission de rénover tous les segments de la formation universitaire, en expérimentant des licences sélectives, des parcours différenciés…

2. Yves Poilane, directeur de Télécom ParisTech et Christophe Digne, directeur de Télécom SudParis, interview donnée à Sarah Piovezan, AEF Dépêche n°545386 – 09/09/2016, à l’occasion de l’annonce de l’étude lancée pour la fusion de leurs deux écoles d’ici à janvier 2017 qui pourrait intervenir lors du déménagement de l’Institut Mines Télécom – MIT sur le plateau de Saclay, en 2019.

Télécom ParisTech et Télécom SudParis étudient leur fusion pour devenir la « grande école du numérique » de Saclay. Notre ambition est de créer une grande école du numérique et de contribuer aux enjeux économiques et sociaux d’aujourd’hui, en cherchant à donner un sens à la révolution numérique qui change le monde. Avec un total de 2 500 étudiants et d’environ 300 chercheurs et enseignants-chercheurs, nous apporterons à Paris-Saclay sa composante numérique.

1 commentaire

Classé dans C. Ile-de-France, E. Ingénierie

Une réponse à “Paris-Saclay : vers l’explosion ?

  1. À notre humble avis, le projet Paris-Saclay est voué à l’échec du simple fait de son gigantisme. Mi-2015, nous avons publié un papier à ce sujet : « Paris-Saclay – la pertinence en question » (http://www.colos.info/images/doc/Paris-Saclay_pertinence-en-question.pdf), qui n’a rien perdu de son actualité. Au contraire, la suite des événements et psychodrames autour de l’examen de passage pour l’IDEX et l’aggravation du climat de guerre froide à laquelle on assiste à présent ne font que confirmer notre analyse :
    – une université avec 65 000 étudiants et 15 000 chercheurs (chiffres avancés dans une récente pièce de propagande de l’EPAPS : http://www.epaps.fr/wp-content/uploads/2016/06/Paris-Saclay_infographie.png) est un mastodonte ingérable et aucune université de cette taille ne figure parmi les 20 meilleures mondiales, loin s’en faut ;
    – les rivalités entre les entités constituant la COMUE, qui gardent jalousement leurs fortes identités respectives, ajoutées aux problèmes de taille de l’ensemble, ne permettent pas de définir une gouvernance intégrée viable, ni même seulement crédible, de cette structure – le jury de l’IDEX a dès le départ mis le doigt sur cette incongruité ;
    – une structure universitaire non intégrée n’est même pas éligible aux classements mondiaux ; ainsi, on y trouve les universités de Berkeley, Stanford, San Francisco, Los Angeles et San Diego, mais pas l’entité qui les fédère : University of California.

    On ne voit pas quel miracle permettrait d’éviter « l’explosion de la COMUE et l(enfouissement de ses déchets dès janvier 2018 » que vous évoquez.
    Au-delà de la COMUE, tout le projet Paris-Saclay, fruit des rêves de Christian Blanc, réunit les ingrédients pour se terminer en chimère.

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