L’espace du Saint-Empire

Christine Lebeau (ed) , L’espace du Saint-Empire du Moyen Age à l’époque moderne, Presses Universitaires de Strasbourg, Strasbourg, 2004, 277 pages.

Compte-rendu par Alain Hugon, maître de conférences en histoire moderne à l’Université de Caen.

« La diversité linguistique, religieuse et politique du Saint-Empire explique les difficultés à penser ses formes, ses espaces et ses frontières, particulièrement depuis une approche française. Les nombreuses contributions présentées dans l’ouvrage ouvrent des éléments de réponse et de différenciation propres à enrichir la perception du monde germanique.

41hcuamgfglCliquer sur l’image pour l’agrandir

La plupart des historiens connaissent la difficulté d’appréhender et de cartographier l’espace germanique avant 1918, en particulier celui du Saint-Empire jusqu’à sa disparition, en 1806. Comment situer et assimiler les multiples villes libres, territoires ecclésiastiques, principautés, et autres royaumes qui composaient cet espace ? En outre, beaucoup de ces territoires n’étaient pas constitués d’un seule tenant, contrairement à la manière qui nous est commune actuellement, mais d’espaces souvent disjoints et divisés en enclaves, enclaves elles-mêmes enchevêtrées, au sein d’un espace que l’étranger identifiait comme monde germanique. A la multiplicité des territoires, à leur fragmentation et à leur imbrication s’ajoutaient des différences d’échelle très importantes, puisqu’on passait de la minuscule cité-état de quelques km2 aux grands royaumes allemands de plusieurs dizaines de milliers de km2 tels ceux de Prusse, de Bavière ou d’Autriche. De plus, la délimitation du Saint-Empire romain germanique ne correspondait pas aux frontières linguistiques ; la Bohème slave dépendait du Saint-Empire, comme le Trentin italien et la Lorraine partiellement francophone, alors que de nombreux germanophones demeuraient en-dehors des frontières impériales, voire hors de l’espace germanique, dans les principautés d’Europe orientale, slaves, magyars ou roumaines. Enfin, l’Empire connaissait une hétérogénéité confessionnelle, sanctionnée par les traités de Westphalie de 1648 mettant fin à la guerre de Trente ans, mais qui établissait de véritables barrières religieuses au détriment de la cohésion culturelle, puisque les traditions catholiques et protestantes – luthérienne et calviniste – y cohabitaient.

L’institutionnalisation du statu quo politico-religieux, née des traités pour régler cette terrible guerre, a longtemps été considérée comme l’origine du complexe allemand de l’éclatement spatial de l’Empire, et donc de ses faiblesses. En effet, le Saint-Empire était alors tiraillé entre les nombreuses structures politiques qui l’organisaient : cercles (Reichkreisen), états (länder), Empire (Reich)… Cet élément de faiblesse impériale fut sévèrement apprécié par le passé – Christine Lebeau nous le rappelle dans l’introduction. Les jugements de von Pufendorf comme ceux de Jules Michelet, dans son Histoire de France, en témoignent puisque le Saint Empire apparaissait tour à tour sous leur plume comme « un monstre » (von Pufendorf, 1697), puis comme « un vain et uniforme brouillard qui a tout couvert et tout obscurci » (Michelet, 1833). Le jugement précurseur de Montaigne ne fut guère plus flatteur : il voyait dans l’Empire une « marqueterie mal jointe ».

A contre-courant de ces jugements négatifs, les auteurs des diverses contributions de L’espace du Saint-Empire refusent de considérer l’État unitaire comme une évidence, devenue la norme à la suite du succès du modèle révolutionnaire français. Schématiquement, à partir de l’Etat-nation français, on conçoit dès lors un Etat unitaire composé d’un Etat unique, qui ne partage donc pas sa souveraineté, disposant d’un espace propre, avec des limites clairement définies qui sont défendues par des frontières protégées et que le pouvoir central prétend naturelles. Or, la configuration plurielle du Saint-Empire est longtemps apparue comme le négatif de ce modèle unitaire »… Lire la suite du compte-rendu

Un autre compte-rendu de l’ouvrage.

Poster un commentaire

Classé dans A. Histoire médiévale, A. Histoire moderne, C. Grand-Est (Alsace Lorraine Champagne-Ardenne), D. Allemagne, E. Sciences humaines et sociales

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s