Collégiale romane catalane, 1019

Suite des chroniques sur l’Art médiéval. Voyage en Catalogne, sur la route des Arts roman et gothique, et plus particulièrement des abbayes cisterciennes (octobre 2016).

Château de Cardona : album de 13 photos et Église collégiale Sant Vicenç (1019-1040) : album de 47 photos.

p1530454A  gauche de la photo : la mine de sel à ciel ouvert

Trois articles en ligne. 1. Fondations monastiques et mémoire familiale en Catalogne (IXe-XIe siècle), Les fondations des vicomtes d’Osona et Cardona : Sant Vicenç de Cardona, Publications de l’école française de Rome, Iluís To Figueras. 2. L’église Saint-Vincent de Cardona et les origines méditerranéennes de l’art roman, Lionel Chanel, Blog Thucydide, 2005. 3. La Catalogne et le premier art roman, Marcel Durliat, Bulletin monumental, 1989

1. Les fondations des vicomtes d’Osona et Cardona : Sant Vicenç de Cardona (4 pages) : le contexte religieux, politique et économique.

p1530112Cliquer sur les images pour les agrandir

Le mouvement de fondation de communautés monastiques qui a caractérisé l’Occident des ixe-xie siècles n’a pas épargné les comtés catalans conquis par les Carolingiens aux alentours de l’an 800. Il est bon de s’interroger sur les raisons du succès de ce mouvement, car le prestige religieux et culturel des moines n’est pas tout : il faut aussi songer aussi aux sociétés qui l’ont rendu possible. Parmi les causes d’un tel épanouissement, on retrouve, parfois inextricablement entremêlées, la commémoration des défunts par la prière ou l’écrit, le besoin d’ancrer une position sociale acquise et une conscience lignagère, le biais pour maintenir une influence sur un patrimoine disputé et le rentabiliser. Les lignes qui suivent tenteront, à propos de Saint-Michel de Cuxa, Santa Maria de Ripoll et Sant Vicenç de Cardona, d’éclairer les enjeux sociaux des fondations monastiques entre ixe et xie siècle…

… Pendant la première moitié du XIe siècle, d’autres abbayes bénédictines et communautés de chanoines ont été fondées par les familles de la haute noblesse, avec une plus grande intégration entre famille et fondation. Parmi d’autres le cas des vicomtes d’Osona et Cardona est particulièrement éclairant car cette famille est à l’origine d’une communauté de chanoines fondée dans l’enceinte même de son château vicomtal à Cardona, et d’une abbaye bénédictine à Sant Pere de Casserres, au nord de Vic. Leurs deux églises sont parmi les plus beaux chefs-d’oeuvre de l’art roman catalan. Plus tard, en 1098, la même famille a essayé, avec un résultat beaucoup moins brillant, d’encourager un autre monastère à Santa Maria de Tagamanent, dont elle a voulu faire un prieuré de Sainte-Foy de Conques. En plus, depuis le Xe siècle, la famille vicomtale a entrepris, avec un succès certain, de caser quelques uns de ses membres à la tête des évêchés de Vic ou Urgell et garder un oeil sur d’autres abbayes de la région, comme Santa Maria de Serrateix.

La fondation de la communauté de chanoines de Sant Vicenç de Cardona est attribuée au vicomte Bremond, un célibataire qui, par le conseil d’Oliba, évêque de Vic et abbé de Ripoll, entend réformer l’église de Sant Vicenç et la doter pour lui permettre d’accueillir une communauté dirigée par un abbé, canonicus, non point un homme d’armes mais quelqu’un d’éloquent, capable d’enseigner et de prêcher. Une phrase qui permet de mettre en rapport la réforme de Cardona avec les grandes lignes du mouvement canonial, dont les prémices sont à rechercher, en Catalogne, dans les réformes des chapitres des cathédrales.

D’après la charte de fondation et dotation de 1019, le vicomte Bremond, conscient de sa nature pécheresse, entend restituer ce que ses prédécesseurs avaient pris à l’église de Sant Vicenç pour obtenir son salut et celui de ses parents et consanguins. En effet, on sait qu’il y avait, au moins depuis 980, une église dédiée à Sant Vicenç à Cardona, objet des donations de la part de fidèles. Dans la charte de franchises de Cardona, concédée par le comte Borrell de Barcelone en 986, l’église se voit accorder des droits, en particulier une partie du teloneum et du sel, ressource fondamentale de cette bourgade bâtie sur des mines de sel. Dans la même charte, le vicomte Ermemir, oncle de Bremond, est investi avec sa postérité du patronage sur Cardona. La famille vicomtale a aussi apporté du sien aux clercs de Sant Vicenç car, dans son testament datant de 1010, l’évêque Arnulf de Vic, oncle du vicomte Bremond, leur avait commandé trente tricenaires. En 1016, c’est Bremond lui même, qui, en compagnie de ses trois frères, donne des alleux pour le salut de son âme et celle de ses parents à l’église de Sant Vicenç. Cela implique l’existence d’un domaine important, lorsque en 1019, le vicomte décidait de le « restituer » et de l’élargir avec une nouvelle dotation fondatrice. Dans cet acte très solennel, le vicomte, avec l’accord de l’évêque d’Urgell et de la comtesse de Barcelone, Ermessende, et de ses deux fils, concédait et restituait des éléments clés du domaine : les églises du territoire de Cardona, avec une partie de leurs dîmes et une partie des droits d’origine publique, plaids, teloneum et monnaie, dont le comte de Barcelone avait disposé vingt-cinq ans auparavant dans la charte de franchises, en plus d’une vingtaine de biens fonciers et de son droit sur un château, le tout pour assurer les offices sur l’autel Saint-Michel et le luminaire de l’église. Lire la suite…

2. L’église Saint-Vincent de Cardona et les origines méditerranéennes de l’art roman, Lionel Chanel, Blog Thucydide, 2005. Présentation et analyse de l’architecture.

Conclusion de l’article… Nous avons tenté de mettre en évidence les différentes caractéristiques du premier art roman dans l’église Saint-Vincent de Cardona. Il faut encore dire que cet édifice a subi de multiples influences, toutes venues du pourtour méditerranéen de l’Europe (on a déjà évoqué le plan basilical hérité de l’antiquité romaine).

D’abord l’influence catalane se repère à l’utilisation de la voûte en berceau. Dès le Xe siècle la Catalogne, on l’a dit, a utilisé la voûte. En témoignent des églises comme Sainta Cecilia de Montserrat, dont la construction a commencé après 942 et la consécration eu lieu en 957, et l’abbatiale de Banyoles, près de Gérone, ou encore Saint-Martin du Canigou. La Catalogne se dote d’édifices totalement voûtés dès le milieu du Xe siècle. La présence de niches dans le choeur est encore une influence de Santa Cecilia de Montserrat. Enfin, la tour octogonale surmontant la croisée du transept est un élément architectural qui s’est multiplié en Catalogne. On retrouvera cet élément dans d’autres édifices romans ailleurs en Europe, par exemple en France dans l’église d’Orcival (Auvergne).

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L’Italie du nord a également joué un rôle influent. Cela se traduit déjà par la présence des bandes lombardes qui, comme leur nom l’indique, sont l’oeuvre de maçons lombards. Ceux-ci étaient en effet particulièrement demandés par les comtes de Barcelone et les abbayes catalanes en raison de leur grande maîtrise de la taille de la pierre. La route commerciale reliant le nord de l’Italie à la côte est de l’Espagne a permis le développement de cette influence. Celle-ci se fait sentir aussi à Saint-Vincent de Cardona dans les collatéraux hauts et étroits, la nef en berceau et les piliers cruciformes que l’on trouve dans l’église San Fruttuoso di Capodimonte à Portofino, près de Gênes, et datant de la seconde moitié du Xe siècle. De cet édifice vient aussi la coupole mais alors qu’elle est sur trompe à Cardona, elle repose sur pendentifs à Portofino : ce sont des triangles concaves placés aux angles et qui prolongent la coupole en écoinçons.

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Enfin, Constantinople, capitale de l’empire byzantin, a elle aussi exercé son influence sur Cardona. En particulier, deux édifices ont servi de modèles : le Bodrum Camii et le Fenari Isa Camii. Le premier possède une abside principale flanquée de deux absidioles, une nef terminée à son extrémité occidentale par un narthex comprenant une galerie intérieure, des voûtes en berceau sur les quatre bras, des voûtes d’arêtes pour les collatéraux et une coupole sur pendentifs à la croisée. Le second comprend des niches sur les faces intérieures du choeur et des voûtes en berceau sur les quatre bras. Autant d’éléments repris à Saint-Vincent de Cardona qui offre donc un témoignage particulièrement original des débuts de l’architecture romane.

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3. Autre article en ligne. La Catalogne et le premier art roman, Marcel Durliat, Bulletin monumental, 1989, 29 pages.

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Classé dans A. Art médiéval, A. Histoire médiévale, D. Espagne, E. Arts Lettres Langues, E. Ingénierie

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