Besançon : formations sacrifiées

Sauvons la qualité et la pluridisciplinarité de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de Besançon : signer la pétition. Lettre ouverte : quel avenir pour les formations universitaires à Besançon ?

En septembre 2017, une dégradation sans précédent va avoir lieu dans les formations proposées aux jeunes de Franche-Comté. Alors que le nombre d’étudiants inscrits en Licence est en nette augmentation depuis 2 ans et que cette augmentation est amenée à se poursuivre dans les années à venir, la Présidence de l’Université réduit drastiquement l’enveloppe budgétaire allouée à la Faculté des Lettres et Sciences Humaines.

Premièrement, des formations entières disparaissent : la musicologie, l’italien, le russe et le TAL (Traitement Automatique des Langues). La logique dictant ces coupes est purement économique : les moyens alloués aux formations universitaires étant réduits notamment en raison d’un désengagement progressif de l’État dans le financement de l’enseignement supérieur, la Présidence de l’Université supprime des pans entiers de l’offre proposée aux jeunes de la région.

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Ces coupes ne sont qu’un début : d’ici quelques années, sera-t-il encore possible de faire une Licence d’Allemand, de Philosophie, d’Arts du Spectacle, de préparer un CAPES ou une agrégation de Lettres Classiques ou Modernes, d’Espagnol, d’Histoire, de Géographie…?

De surcroît, pour faire face aux restrictions budgétaires, la direction de l’UFR de Lettres et Sciences Humaines Humaines est conduite à amputer de manière très significative le volume horaire de toutes les licences survivantes. En 1ère année, alors que les étudiants ont besoin d’un encadrement pédagogique important pour gagner en autonomie et s’initier aux méthodologies du travail universitaire, le nombre de semaines de cours par semestre va passer de 12 à 10 (baisse de 17% des heures). En 2è année, le semestre sera réduit à 11 semaines (baisse de 8%). Un nombre réduit de semaines d’enseignement, pendant lesquelles il faudra transmettre des connaissances, des compétences, des méthodes, mais aussi évaluer les étudiants sur leurs acquisitions. De quelles acquisitions parle-t-on, sur une durée aussi réduite ? Quelle progression peut-on mettre en place ? Quel temps de maturation et d’assimilation peut-on laisser aux étudiants ?

S’ajoute à la réduction du nombre de semaines la suppression de cours spécifiquement prévus pour aider les étudiants à réussir leur 1ère année et mettre en place les bases pour la suite de la formation. Pour soi-disant compenser ces pertes de cours effectifs, les étudiants verront un volume horaire énorme alloué en 3è année à des « projets tuteurés », c’est-à-dire des travaux personnels sans réel encadrement de la part des enseignants. Il s’agit là d’un moyen pour ajouter des heures sur l’ensemble de la Licence sans générer des coûts supplémentaires.

À l’heure où l’on pousse de plus en plus de jeunes vers les formations universitaires, où la Faculté des Lettres et Sciences Humaines connaît une augmentation d’effectifs de +10% (plus de 4 000 étudiants), la Présidence fait le choix de ne pas publier 10 des 15 postes d’enseignants-chercheurs demandés pour l’année prochaine en remplacement de mutations ou de départs en retraite. L’Université de Franche-Comté choisit de consacrer 230 000 euros par an en prime pour une poignée de chercheurs “méritants”, d’allouer une part importante de son budget à des projets à forte visibilité internationale, dans des domaines dits “d’excellence” ou “innovants” en lien avec l’industrie et les technologies, au détriment de formations tout aussi excellentes et innovantes, tout aussi essentielles à notre société, tout aussi génératrices d’emploi et de richesse pour les jeunes générations. L’argent existe, mais les choix qui sont en train d’être faits indiquent clairement que la priorité n’est pas donnée à la formation des jeunes, et surtout pas dans le domaine des Lettres et Sciences Humaines.

Que souhaite-t-on pour nos jeunes dans les années à venir ? Des formations sacrifiées sur l’autel de la réduction des coûts ? Des “vrais” cours remplacés par une débauche d’heures de “projets” qui ne s’inscrivent pas dans une logique pédagogique mais répondent à des impératifs économiques ? Le choix entre un nombre restreint de Licences proposées localement ou un départ forcé vers d’autres universités, impossible à financer pour certaines familles ? Comment peut-on imaginer fournir aux jeunes un socle solide, sur lesquels ils pourront construire leur avenir professionnel, dans des conditions aussi dégradées ?

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Nous, enseignants de la faculté des Lettres et Sciences Humaines, voulons défendre la qualité et la diversité des formations que nous proposons. Nous avons besoin de votre appui pour faire entendre à la Présidence de l’UFC que les choix qu’elle est en train d’opérer portent préjudice à la fois à la région (combien d’étudiants vont se détourner de Besançon et aller faire leurs études ailleurs ?) et à toute une classe d’âge dont les orientations professionnelles et les conditions de formation ne peuvent être soumises au pur facteur économique.

Dans un contexte de fusion des régions, où l’avenir de la Franche-Comté et de Besançon ne sont guère assurés, il est urgent d’attirer l’attention de tous et toutes sur l’importance d’un tissu universitaire vivant, ce qui implique que soient représentées toutes les disciplines, et en particulier les humanités et les sciences sociales, dont l’importance au vu des enjeux et des évolutions sociales et politiques actuelles est plus que jamais, centrale.

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2 Commentaires

Classé dans C. Bourgogne Franche-Comté, E. Arts Lettres Langues, E. Sciences humaines et sociales

2 réponses à “Besançon : formations sacrifiées

  1. Dominique Bodin (sur Linked In)

    Une description de la situation bisontine qui pourrait être celle de beaucoup d’universités au regard des problèmes financiers que chaque établissement connaît aujourd’hui faute de moyens… mais faute également de prospective (recherche de fonds propres par exemple).

    Reste que si je partage (en partie et en partie seulement) la critique, celle-ci aurait dû être étayée : 1. du nombre d’étudiants inscrits dans les filières annoncées comme fermées et 2. des débouchés professionnels de ces filières. En effet, tout n’est pas viable ! Quant aux choix faits… ils résument l’état de l’enseignement supérieur en France

  2. Pingback: Revue de presse – UFC Solidaire !

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