1348, les médecins et la peste

François de Lannoy, Pestes et épidémies au Moyen Âge, Ouest-France, 2016, 125 pages.

La peste de 1348-1349 a provoqué au minimum la disparition du tiers de la population européenne.

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Quelques traitements médicaux (in François de Lannoy, pages 58 à 62).

« Incapables de guérir la maladie, les médecins médiévaux en sont réduits à recommander des traitements préventifs. Dans sa consultation de 1350, la faculté de médecine de Paris prodigue quelques conseils de vie censés éloigner la maladie : ne pas dormir pendant le jour, ne pas se promener la nuit, lorsque tombe la rosée, ce qui est « mortel pendant les trois jours qui suivront la pluie », ne pas trop marcher, se tenir le plus chaudement et se préserver du froid et de l’humidité, vivre dans la chasteté, ne pas céder à la tristesse, à la colère ou à l’ivresse.

Elle interdit un certain nombre d’aliments comme les poissons d’étang, les oiseaux vivant dans l’air ou sur les eaux, le porc vieux, la brebis, la viande grasse, les bettes et autres herbes ou encore l’huile d’olive « mortelle comme aliment ». Elle recommande de boire du vin léger et bon, souvent et par petite quantité, de ne pas faire cuire ses aliments avec de l’eau de pluie, de prendre après les repas les jours de pluie de la thériaque fine, d’utiliser le poivre, le gingembre et les clous de girofle. Elle interdit à ceux qui sont gras de rester au soleil et recommande à ceux qui n’ont pas le ventre libre de faire usage de clystères et de purgatifs.

A défaut de fuir, Guy de Chauliac (vers 1298-1368) préconise des purges avec des pilules aloétiques, la diminution du sang par phlébotomie (saignées), des électuaires et sirops cordiaux, l’amendement de l’air par le feu, la consommation de thériaque et de pommes pour conforter le cœur,… Guy de Chauliac prescrit également la cautérisation des charbons apparaissant sur la peau des pestiférés. « Les apostèmes extérieurs étaient muris avec des figues et oignons cuits, pilés et mêlés avec du levain et du beurre, puis étaient ouverts et traités de la cure et des ulcères. Les carboncles étaient ventousés, scarifiés et cautérisés ».

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Dans son traité d’hygiène anti pestilentielle, Gentlis de Foligno (vers 1280/1290 – 1348) donne une série impressionnante de conseils diététiques avec un luxe de précisions. Il demande par exemple que l’on consomme de « l’eau courant sur un fond pierreux et sans vase, légère, privée de corps et de saveur ou, au moins, dont la saveur tend à la douceur ». Comme la faculté de médecine de Paris, il pense qu’il faut éviter trop d’exercice « de peur que l’accroissement de chaleur n’entraîne une trop forte attraction d’air ». Il préconise des saignées nombreuses plutôt qu’abondantes, de dormir sur le côté droit puis de se retourner sur le côté gauche plutôt que sur le dos ! A la fin de son traité, il propose quelques remèdes destinés à éviter directement la peste. L’un d’eux mérite d’être cité : « faire graver sur une améthyste un homme à genoux, entouré d’un serpent dont il tient la tète de la main droite et la queue de la main gauche. Vous incrustez cette pierre dans un anneau d’or, et sous la pierre, vous placerez de la racine de serpentaire : en portant sur vous cet anneau, vous serez préservé de toute espèce de maladie pestilentielle ».

Un autre médecin, Raymond Chalin de Vinario, recommande l’usage du poisson et surtout des écrevisses « parce que comme elles changent d’écailles chaque année, elles possèdent la propriété particulière de conserver la santé et la vie ». Il recommande l’usage de la topaze qui, selon lui, a non seulement la vertu de chasser, mais encore d’attirer « le venin pestilentiel » au-dehors quand elle est appliquée sur les tumeurs extérieures, et principalement sur les charbons. Vinario prétend en avoir fait l’usage plusieurs fois, notamment avec la bague du pape, dans laquelle une topaze était enchâssée !

Une ordonnance médicale, émanant d’un médecin du roi, envoyée en 1400 au chapitre de Thérouanne en Flandres, prescrit une série de mesures préventives contre la peste, destinées aux gens bien portants vivant pendant l’épidémie : éviter les fatigues, user d’aliments légers et de fruits, manger de l’oseille broyée et détrempée de vinaigre, assaisonner les viandes de vinaigre. Elle recommande aux jeunes gens à tempérament sanguin de se faire saigner chaque mois, aux gens gras d’utiliser de la thériaque trois fois par semaine.

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La plupart des médecins médiévaux sont d’accord pour interdire la pratique des bains et étuves, très répandus dans la ville à la fin du Moyen Âge. Selon eux, le fait que la chair soit ramollie à la suite des bains et les pores ouverts permettait à la « vapeur pestilentielle d’entrer promptement dans le corps et de faire mourir subitement ».

Pour aller plus loin. Johan Picot, Malades ou criminels ? Les lépreux devant le tribunal de la Purge de Montferrand à la fin du Moyen Âge. Thèse soutenue en 2012.

Dès le XIe siècle, le royaume de France est témoin du retour d’un mal terrifiant : la lèpre. L’Auvergne n’est pas épargnée et souffre de la maladie dès le début du XIIe siècle au moins. L’endémie frappe alors les populations et contraint les autorités locales à réagir pour stopper la propagation du mal avec, notamment, l’installation de plusieurs léproseries. Au sein du diocèse de Clermont, ce sont les Montferrandais qui sont les plus organisés avec un tribunal fondé sur une procédure inquisitoire atypique et unique en France : « la Purge ». Les origines de cette juridiction sont obscures. L’historien n’en saisit l’existence et le fonctionnement qu’au début du XIVe siècle, quand elle est créée ou officialisée sous la forme d’un tribunal royal, utilisé ensuite jusqu’au XVIIe siècle. La Purge, détenue et présidée par les consuls de Montferrand, a pour but de convoquer, d’examiner, de juger puis d’écarter de la société saine les lépreux en Auvergne, mais aussi dans les pays voisins.

La recherche porte sur l’histoire de la lèpre (premières mentions de la maladie en Auvergne, installation des léproseries, cartographie hospitalière), mais s’attache surtout au tribunal de la Purge. L’étude s’intéresse particulièrement à cet organe juridico-médical, à son origine, à son fonctionnement, à son ressort et aux difficultés rencontrées par la cour royale. Les origines sociales et géographiques des officiers composant l’institution comme leurs carrières sont également appréhendées au moyen de l’outil prosopographique. Le but de la recherche, enfin, est de déterminer quel est le statut du lépreux en Auvergne à la fin du Moyen Âge et au début de l’époque moderne. Les ladres sont-ils traités comme de simples malades ou comme des « criminels » tels que le suppose la masse documentaire de la Purge ?

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Classé dans A. Histoire médiévale, B. Photos, C. Ile-de-France, D. Italie, E. Médecine Pharmacie

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