B. Hamon, 31 ans en politique

Reprise de la chronique du blog parue le 2 avril 2014, Benoît Hamon, 28 ans en politique. Près de 3 ans plus tard, je n’ai rien à changer au texte que j’ai écrit, sauf qu’il va participer à la finale de la primaire socialiste et s’y affronter à Manuel Valls.

2 avril 2014. Benoît Hamon, le nouveau Ministre de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche, est né en 1967 ; il aura 47 ans en juin prochain. Il exerce en politique depuis l’âge de 19 ans. En 1986, la Gauche ayant été défaite aux élections législatives, notre breton, étudiant en licence d’Histoire à l’université de Bretagne Occidentale à Brest et militant de l’UNEF, s’oppose à la loi du Ministre Devaquet qui prévoyait d’instaurer la sélection à l’entrée des universités. Pensait-il alors qu’il pourrait exercer un jour un métier, celui de professeur d’histoire par exemple ? Sources : Wikipédia, EducPros.fr.

Il n’a pas eu alors le temps de réfléchir à son futur métier. Il s’est laissé happer par la/le Politique… L’analyse d’une trajectoire politique, commencée très jeune, doit croiser trois angles d’approche. La carrière au sein du Parti lui-même, la carrière politique proprement dite (au départ, un poste d’attaché parlementaire ou de conseiller ministériel), et enfin, en interrelation avec les deux précédentes, la carrière salariale (il faut vivre et si possible vivre mieux au fil du temps).

Le Parti rémunère des permanents mais il en limite le nombre, faute d’une masse importante d’adhérents. Les mandats politiques sont plus ou moins rémunérateurs, certains n’assurant d’ailleurs aucun revenu. Il faut donc avoir une porte de sortie quand on n’exerce plus de mandat électoral ou quand les adhérents du Parti se font plus rares. La trajectoire de Benoît Hamon est constituée de va-et-vient entre carrière au sein du parti, carrière de mandats électoraux, portes de sortie rémunérées. Disons-le, il a jusqu’à présent parfaitement réussi à combiner le tout.

Benoît Hamon est un homme de l’appareil du Parti socialiste. Premier angle d’approche pour comprendre sa trajectoire, une carrière qui a, pour les plus ambitieux, un objectif ultime : devenir un jour Premier secrétaire du Parti. Pour cela, il faut avoir des idées, conquérir sa place dans le Parti, réussir chacune des étapes et/ou savoir encaisser les échecs, donner des coups, naviguer d’un courant politique à l’autre, s’allier pour créer un courant avec d’autres transfuges, déposer des motions dans les congrès, parvenir à la tête d’un courant qui monte ou qui est l’allié nécessaire d’un autre courant, et ce pour obtenir un poste au bureau national, devenir porte-parole du Parti. Pour Benoît Hamon, la carrière au sein du Parti s’est jouée très jeune, dès l’âge de 26 ansen 1993 (seconde période de cohabitation, François Mitterrand étant président). Ses premières places dans l’appareil. Premier président du Mouvement des jeunes socialistes refondé en 1993 (responsabilité exercée de 26 à 28 ans) ;  co-fondateur, en 1993, de la Nouvelle Gauche ; de 1995 à 1997 (de 28 à 30 ans), conseiller pour la Jeunesse auprès de Lionel Jospin, Premier secrétaire du Parti. Pour les épisodes suivants au sein du Parti, se référer à Wikipédia.

En 1997, la gauche gagne les élections législatives, suite à la dissolution de l’Assemblée nationale. Une opportunité pour une carrière politique, au sens électoral du terme. Benoît Hamon a 30 ans, il est candidat à la députation à Auray dans sa Bretagne natale, mais il échoue. en fait, la carrière politico-politique avait déjà commencé : à 24 ans, il était en effet devenu l’assistant parlementaire d’un député de Gironde. Malgré sa défaite aux législatives en 1997, il est recruté au cabinet de Martine Aubry, ministre de l’Emploi et de la Solidarité, comme conseiller technique chargé de l’emploi des jeunes (1997-1998), puis comme conseiller chargé des affaires politiques (1998-2000). Il a été conseiller municipal de Brétigny-sur-Orge (Essonne) de 2001 à 2008 (de 34 à 41 ans) et député européen de juin 2004 à juin 2009 pour le Grand-Est (de 37 à 42 ans). Enfin en juin 2012, il est élu, à l’âge de 45 ans, député de la 11ème circonscription des Yvelines ; il ne siègera pas à l’Assemblée car il est nommé Ministre délégué à l’économie sociale et solidaire (puis ensuite à la consommation).

Il a  bien fait bien le job ! Problème cependant pour une carrière politique future et pour d’éventuels rebondissements à venir : Benoît Hamon n’a aujourd’hui aucun ancrage territorial de référence, en particulier dans sa Bretagne natale.

Et puis et enfin, il y a les trous d’air durant desquels il faut bien vivre, faire rentrer un revenu à la maison quand on n’est ni rémunéré par le Parti, ni par un mandat politique. Il a ainsi été directeur du planning stratégique de l’institut de sondage Ipsos de 2001 à 2004En octobre 2008, il est coopté comme personnalité extérieure du conseil d’administration de l’université Paris-VIII. Il y a enseigné, à partir de septembre 2009, les organisations internationales et les processus décisionnels dans l’UE, en tant que professeur associé à mi-temps. Durant cette période, quel était l’employeur qui rémunérait son autre mi-temps ?

Benoît Hamon est donc à la tête d’un Grand Ministère, un ministère taillé ad hominem, parce qu’il se situe à la gauche du Parti et pour faire contrepoids à la nomination de Manuel Valls comme premier ministre, positionné à la droite du Parti. Cette « construction » d’un gouvernement n’est pas inhabituelle, mais je continue à ne pas l’apprécier. De même que je n’ai pas de sympathie pour les hommes (il ne me semble pas que ce soit le cas pour les femmes) qui commencent une carrière politique à 19 ans, avant qu’ils n’aient eu l’occasion d’exercer un métier. Et ce même si, dans une reconversion à venir, Benoît Hamon pourra exercer le métier d’avocat sans être passé par le cursus universitaire qui y conduit. Il pourra faire l’avocat, privilège collatéral pour ceux qui ont fait le Ministre.

Je termine par une note positive. Il est souhaitable que Benoît Hamon soit un excellent ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Il sera épaulé par une/un secrétaire d’État : qu’il use de toute son influence pour que cet « adjoint » ait, sous sa responsabilité, les classes supérieures des lycées (STS et CPGE). Un préalable pour engager – enfin – une révolution de l’organisation du 1er cycle d’enseignement supérieur. Benoît Hamon, le Ministre qui confie à sa/son Secrétaire d’État le soin de créer des Instituts d’Enseignement Supérieur de 1er cycle et qui réalise le projet porté par ce blog depuis janvier 2009 !

C’est faisable dans cette configuration de grand Ministère ; c’est souhaitable et ce serait tellement à mettre à l’honneur de la France en Europe !

2 Commentaires

Classé dans C. Ile-de-France

2 réponses à “B. Hamon, 31 ans en politique

  1. alain quemin

    Dommage qu’apparatchik ne soit pas un métier à proprement parler. Parce que le problème de la qualification professionnelle de Benoît Hamon comme de beaucoup d’autres politiques ne se poserait plus.

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