La gueule de l’enfer

Haguenau, Église Saint-Georges, Retable du jugement dernier. Album de 20 photos.

« Le retable est situé dans le transept sud. Le corps central est installé au XIXe siècle, tandis que les volets, datés 1496-1497, sont l’œuvre de Diebold Martin, contemporain de Matthias Grünewald. Ils représentent à gauche la Nativité, à droite l’adoration des mages et, les volets fermés, l’Annonciation ». Dans la prédelle (au Musée historique), le Christ et les apôtres. Bois sculpté polychrome.

Le jugement dernier (ci-dessous) comprend un bon nombre de codes classiques. En haut. La résurrection des morts : tombes avec le couvercle soulevé, morts redevenus vivants, mais un mort encore mort (le squelette). Au centre, la pesée des âmes par l’archange Michel. A gauche, les élus, conduits vers le paradis par Saint-Pierre, muni de de la clé. A droite, les damnés sont poussés vers l’énorme et effrayante gueule de l’enfer. Un diable tient une chaîne (impossible de s’échapper). Les damnés sont habillés, mais sont dénudés, dès qu’ils sont engloutis par la gueule.

Jérôme Baschet, Les justices de l’au-delà. Les représentations de l’enfer en France et en Italie (xiie-xve siècles), Les Cahiers du Centre de Recherches Historiques 5 | 1990.

« A l’époque gothique, le Jugement dernier se développe fortement, hissant l’enfer avec lui au portail de nombreuses cathédrales. Toutefois, l’image de l’enfer reste limitée : la représentation théophanique se concentre alors sur le moment du Jugement, sur la scène et les opérations du partage, de sorte que l’enfer apparaît marginal, évoqué comme destination du cortège des damnés. Dans le domaine français, une représentation de l’enfer s’impose alors tant dans le Jugement dernier que dans les autres contextes thématiques, comme la Chute des anges, la Descente aux limbes, la Parabole de Lazare, les scènes de l’Apocalypse, ou l’illustration de textes littéraires : la gueule de Léviathan ouvre ses crocs pour dévorer les pécheurs ».

« La gueule connaît une variété formelle stupéfiante, jouant parfois sur l’association de gueules multiples ; elle suggère une agressivité dévorante comme dans l’image du Psautier de Winchester, ou insiste sur un dynamisme sinueux, digestif, comme dans les miniatures des Apocalypses anglo-normandes du xiiie siècle. Elle tourne vers le spectateur ou le lecteur les formes acérées de ses crocs, cherche à le capturer par la force de fascination de son regard. Ailleurs au contraire, le motif est dépourvu de toute tension et peut même perdre tout pouvoir d’effroi. De fait, la gueule, figuration quasi obligée de l’enfer, oscille entre un déploiement flamboyant de l’horreur et des emplois répétés mécaniquement (comme dans les Bibles moralisées), entre la puissance d’une grandiose métaphore et le recours à un motif conventionnel qui fait d’elle un simple signe, utilisé moins pour sa force expressive que pour sa valeur de reconnaissance (elle permet alors d’identifier comme infernal le lieu où se déroule la scène représentée) ».

Pour aller plus loin : autres chroniques comportant des représentations du jugement dernier, de la gueule de l’enfer.

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Classé dans A. Art médiéval, A. Histoire médiévale, B. Photos, C. Centre Val de Loire

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