Paris-Saclay : cibles ratées !

C’est de nouveau le rififi dans la COMUE Université Paris-Saclay.

Son histoire et ses membres : « Depuis 2008, plusieurs acteurs de la recherche et de l’enseignement supérieur (deux universités, trois aujourd’hui) et une école normale supérieure, six organismes de recherche, dix grandes écoles d’ingénieurs ou de commerce, un pôle de compétitivité, un très grand équipement de recherche, deux PRES) ont décidé de joindre leurs forces au sein de la Fondation Campus-Paris-Saclay pour créer l’Université Paris-Saclay ». Son président, Gilles Bloch.

Les derniers évènements. 26 avril 2017. Synthèse du G7 (groupe de sept établissements), 23 pages : modèle d’université Paris-Saclay cible.

26 avril 2017. Lettre du président Gilles Bloch aux membres de la COMUE.

27 avril 2017. Longue lettre de Sylvie Retailleau, présidente de Paris-Sud, aux personnels et étudiants de l’université.

Sylvie Retailleau rappelle la triple ambition du projet Université Paris-Saclay (entre parenthèses et selon moi, la déclinaison concrète de chacune des trois ambitions générales)

  • construire une université de recherche intensive de rang mondial (= progresser dans les classements mondiaux pour figurer dans la liste des établissements de tête ; = pérenniser les sous de l’initiative d’excellence)
  • initier un renouveau de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche (ESR) français par le rapprochement des Écoles, des Universités et des Organismes de recherche (= en finir avec le serpent de mer : l’éclatement de l’enseignement supérieur français)
  • assurer un rôle de coordination territoriale dans le périmètre de la ComUE actuelle (= réussir le développement économique et de l’innovation de Grand Paris Express dans l’ouest / sud-ouest parisien).

En quoi et pourquoi un ratage général ?

1.La mise en œuvre de la Loi Enseignement supérieur et recherche de juillet 2013, par Geneviève Fioraso et Simone Bonnafous, a imposé deux types de regroupement à marche forcée (la fusion et la communauté d’établissements) et mis sous le boisseau le troisième regroupement pourtant prévu : l’Association. Paris-Saclay a dû se constituer sous le statut de COMUE : à 19, l’échec était hautement probable.

2. La fusion d’établissements, et en particulier des 3 universités, Paris Sud, Versailles Saint-Quentin, Évry Val d’Essonne n’a jamais été envisagée. Le texte de synthèse le dit maintenant expressément : exeunt les universités de Versailles Saint-Quentin et d’Evry.

Dans sa lettre, Sylvie Retailleau en rajoute une couche pour exclure à jamais les deux universités créées au début des années 90. « L’Université Paris-Sud est actuellement la seule grande université de recherche intensive, qui pèse plus de 50% de l’ESR au sein de la ComUE. Elle s’est considérablement engagée en transférant son doctorat et ses masters, c’est à dire ses diplômes phares et reconnus internationalement, pour défendre un modèle d’université de recherche intensive… L’Université Paris-Sud possède le potentiel et la volonté pour continuer de se transformer afin de répondre aux attentes de l’ESR du 21° siècle et des standards internationaux d’une université de recherche intensive de rang mondial… Le texte du G7 affirme qu’une UPSACLAY bâtie sur la seule Université Paris-Sud, avec le soutien de tous les organismes, apparaitrait probablement dès sa création aux alentours de la 30ème place du classement international ARWU ».

3. La loi ESR, en dépit du souhait de Geneviève Fioraso, n’a pas donné la tutelle des grandes écoles publiques au MESR. Polytechnique et son ministère de tutelle, la Défense, ont donc pu continuer à jouer perso. Polytechnique a donné l’exemple d’une volonté d’indépendance maintenue. Les autres grandes écoles ont fini par l’imiter. Gilles Bloch, dans sa lettre, constate : « les grandes écoles d’ingénieur n’envisagent pas que leur Conseil d’Administration vote en faveur de ce modèle, essentiellement par crainte de perdre leur personnalité juridique et morale et l’indépendance qu’elle symbolise ».

4. Le lien établi dans les faits entre le regroupement d’établissements et l’argent du programme d’investissements d’avenir (en particulier l’argent des initiatives d’excellence) s’est révélé pervers au final, sans oublier qu’il a créé des inégalités insupportables entre régions (alors que les COMUE doivent assurer une coordination territoriale !).

Les sous du PIA ont donné et continuent de donner au Commissaire général à l’investissement une influence d’éminence grise et d’agitateur que personne ne lui a demandé d’assumer. Pour le président de la COMUE Päris-Saclay, la parole de Louis Schweitzer est d’or. Il le cite dans sa lettre du 24. « Le président du CGI nous a rejoint hier en cours de réunion pour réaffirmer, en substance, que l’Université Paris-Saclay est un enjeu majeur pour l’ESR et le PIA que Paris-Saclay est à la fois un site et un projet,  que le jury IDEX attend un niveau élevé d’intégration institutionnelle mais également une dynamique et une volonté d’avancer. Si donc un périmètre à 19 (ou même à 7) n’est pas possible aujourd’hui, Louis Schweitzer soutient une IDEX Paris-Saclay portée par l’Université Paris-Sud, les grands organismes de recherche et tout établissement qui d’ici le dépôt du dossier pourra s’y inscrire ou s’y associer, et porteuse d’une dynamique d’évolution pour le futur ».

5. L’échec du mastodonte Paris-Saclay a entraîné une autre catastrophe : celle d’un premier cycle (le cycle licence, le cycle DUT), abandonné à chaque établissement et en particulier aux deux universités marginalisées dans une premier temps et désormais clairement exclues. Rien n’a été fait depuis 10 ans pour créer des actions transversales à ce niveau. La partie du rapport de synthèse le prouve a posteriori (image ci-dessous).

Bref, un ratage sur tous les plans, un ratage en recherche en particulier. La synthèse publiée avant-hier mentionne 16 indicateurs de performance clés, mettant en premier une cible prioritaire : « une université de classe mondiale reconnue ». Incapacité à situer Paris-Saclay sur chacun de ces indicateurs, à prouver par des données son niveau par rapport à d’autres regroupements d’établissements. Un gâchis qui dire depuis dix ans.

Et maintenant ? L’université de Paris Sud est en position de force – c’est tellement lisible dans la lettre et dans le ton de Sylvie Retailleau -. Elle ne doit pas fuir ses responsabilités.

Et que dit Emmanuel Macron dans son programme ? « Nous soutiendrons la constitution d’universités de niveau mondial, sur la base de regroupements volontaires d’universités et de grandes écoles avec le soutien des organismes de recherche« . En annonçant un soutien aux regroupements volontaires, il entérine le jeu des grandes écoles et la mort d’Université Paris-Saclay.

Pour aller plus loin, toutes les chroniques du blog Histoires d’universités sur Paris-Saclay, depuis 2009.

3 Commentaires

Classé dans C. Ile-de-France

3 réponses à “Paris-Saclay : cibles ratées !

  1. « nous a rejoints en cours de réunion » : mais quelle condescendance ce Schweitzer !

  2. Bruno Laurioux

    L’intégration de la seule université Paris Sud signifie que l’objectif affiché d’une université mondiale ne sera pas atteint. Harvard ou Cambridge sont des universités pluridisciplinaires…

  3. Pingback: « Tout ça pour ça ? » | Snesup Paris Sud

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