Tombeaux de rois médiévaux

Basilique de Saint-Denis, la nécropole royale. Plan général de la disposition des tombeaux, dans le chœur et le transept. J’ai choisi de ne photographier que des gisants du moyen-âge en commençant par Dagobert 1er. Le monument dédié à Louis XII et Anne de Bretagne, souverains de la fin du moyen-âge, est de fait de type Renaissance. Cette chronique est la suite de Saint-Denis. Histoire de la nécropole royale.

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Évolution de la statuaire funéraire du 12ème au 16ème siècle (citation du cartouche de la basilique). « Les premiers gisants, au 12ème siècle, sont taillés en creux dans la dalle funéraire de pierre.

A partir du 13ème siècle, les gisants sont taillés en relief sur la dalle, dégagée du sol par un soubassement. Portant sceptre et couronne, le personnage repose sur un socle comme si l’on avait songé à le redresser.

A la fin du 13ème siècle et jusqu’au 15ème siècle, le soubassement, plus élevé, est richement décoré. Le gisant taillé dans le marbre blanc ou l’albâtre repose parfois sur une dalle de marbre noir. Le personnage est fréquemment représenté à sa taille réelle.

Les tombeaux de la Renaissance prennent une ampleur monumentale. S’inspirant de la cérémonie funèbre, ces mausolées se composent de deux étages. En bas, l’empire de la mort, avec les transis nus figurant les cadavres ».

Dagobert 1er (règne de 629 à 639).

Source et citations : Cosmovisions. « Premier roi inhumé dans la basilique de saint-Denis, Dagobert est considéré comme le fondateur de l’abbaye de Saint-Denis. Au XIIIe siècle, avant que Saint Louis ne fasse réaliser les seize premiers gisants royaux, un tombeau coloré aux dimensions exceptionnelles lui est consacré.

En 1793, le tombeau est transféré à Paris (musée des Petits-Augustins). De retour a Saint-Denis au XIXe siècle, il est coupé dans son épaisseur pour former deux tombeaux qui sont placés à l’entrée de l’église En 1859. Viollet-Le-Duc loi rend son aspect et son emplacement d’origine. À cette occasion plusieurs sculptures, les têtes des personnages et les statues de Dagobert (représenté mains jointes et couché), Nanthilde et Clovis II sont refaites. Le reste du monument date du XIIIe s.

Les bas-reliefs montrent saint Denis révélant en songe à un anachorète nommé Jean, , qui vivait sur l’île de Lipari (Nord de la Sicile), et  que l’âme de Dagobert est tourmentée par les démons. Il s’agit de l’illustration d’un épisode légendaire écrit au VIIIe siècle, par Hincmar, moine de Saint-Denis.

Des diables, de la laideur la plus hideuse, ont fait entrer dans une barque et maltraitent cette pauvre âme, qui est figurée par un enfant nu portant une couronne. Saint Denis, saint Martin et saint Maurice viennent au secours du roi et mettent les diables en fuite.

L’âme délivrée s’élève vers le ciel, soutenue sur un drap que saint Denis et saint Martin tiennent chacun par un bout ».

Philippe de France (1222-1235), fils de Louis VII et de sa 3e femme Adèle de Champagne, frère cadet de Saint Louis. Source et citations : Tourisme 93. « Le tombeau de Philippe de France est issu de l’Abbaye de Royaumont, une des nécropoles de la famille de Saint Louis.

La tête de Philippe de France repose sur un oreiller et est soutenue par deux anges. À ses pieds, est étendu un lion qui tient un os entre ses pattes. Des traces de polychromie montrent que le vêtement du jeune prince était peint de lys d’or sur un fond d’azur. Cette polychromie est en cours d’étude avec le concours de l’École Centrale.

On trouve la première occurrence du thème du cortège funéraire, qui sera récurrent par la suite, sur les parois du soubassement. On y voit une alternance de personnages vêtus de manteaux de deuil et d’anges. Ces sculptures ont été restituées au XIXe siècle à partir de fragments qui se trouvent au musée du Louvre et dans la fausse tombe d’Héloïse et d’Abélard au cimetière du Père Lachaise ».

Louis de France (1244-1260), fils de Saint Louis et de Marguerite de Provence. Source et citations : Basilique Saint-Denis. « Louis de France aurait dû régner, si la mort ne l’avait pas prématurément emporté à l’âge de 17 ans, laissant son frère Philippe (le futur Philippe III) devenir l’héritier du trône.

Son gisant, réalisé peu de temps après son décès en 1260 pour l’abbaye de Royaumont, nécropole réservée aux membres de la proche famille de Saint-Louis (St Denis étant réservée aux seuls rois, selon la volonté – non respectée – de Louis IX), a subi de nombreuses restaurations. Celles-ci n’ont toutefois pas défiguré le tombeau qui garde pour l’essentiel son aspect original.

Par le mouvement des mains, soulevées vers le ciel : le gisant semble vouloir se rapprocher de Dieu. Le visage est très expressif et n’obéit pas à un stéréotype ; il s’éloigne du gisant de Philippe Dagobert, plus impersonnel. Les mouvements de la tête sont vivants et le corps bascule légèrement sur la dalle.

De même, le thème du convoi funéraire se trouve, vers 1260, magnifiquement figuré sur les flancs du tombeau. Le tombeau de Louis de France comporte un ensemble de personnages et de scènes qui constituent un véritable prototype de l’iconographie des pleurants. Sur les parois du soubassement, le thème du cortège funéraire composé de clercs et de laïcs en marche, figurés devant un fond bleu en pâte de verre, trouve ici sa pleine maturité ».

Charles V le Sage (règne de 1364 à 1380). Source et citations : Basilique Saint-Denis. « Avant même de monter sur le trône, le dauphin Charles s’inquiétait déjà de son lieu de sépulture. Atteint d’un mal chronique depuis l’âge de 19 ans, la pensée de la mort l’obsédait. A la mort de la seconde femme de son père, Jeanne d’Auvergne et de Boulogne, emportée par la peste en 1360 à 34 ans, Charles prit conscience du manque de place au Nord du transept, une fois que son père Jean II serait enterré à côté de Philippe V et de Philippe VI. Cette inhumation d’une reine ne pouvait se faire sans l’autorisation du roi régnant. C’était toujours une dérogation à la règle voulant alors que seuls les rois aient le privilège de Saint-Denis.

En septembre 1362, Jean II déclare également accéder à la demande de sépulture de son fils. Charles choisit une chapelle à l’Est du portail Sud du transept. Elle était dédiée à Saint-Santin, mais le roi la plaça sous le nouveau vocable de Saint-Jean-Baptiste. Elle prit plus tard le nom de « chapelle de Charles V ».

C’est que le nouveau roi réussit à créer un véritable mausolée carolin pour lui, son épouse, ses serviteurs et ses descendants, dans la chapelle Saint-Jean-Baptiste, qui fut alors fermée par une clôture. Son épouse la reine Jeanne de Bourbon meurt le 6 février 1378 et son corps est enterré dans la chapelle. Le roi la rejoindra deux ans plus tard : son gisant, commandé en 1364, était déjà prêt.

Le gisant du roi est un véritable portrait, l’un des tout premier fidèles au visage du monarque, prématurément vieilli. C’est l’oeuvre d’André Beauneveu. Il portait une couronne fleurdelysée, un sceptre et une main de justice en métal doré qui n’existent plus.

Les deux gisants de corps reposaient sur un magnifique tombeau réalisé par Jean de Liège et composé d’une grande dalle de marbre noire reposant sur un socle richement orné de petites statues. La dalle était décorée de dais finement sculptés soutenant des épitaphes, également de statues ainsi que de montants de marbre blanc ornés de niches, dans lesquelles s’abritaient évêques, diacres et enfants de choeur. L’ensemble était du plus bel effet, dans sa pompe endeuillée ».

Louis XII (règne de 1498 à 1515) et Anne de Bretagne. Source et citations : Basilique Saint-Denis. « Ce monument, situé au Nord du transept, est un hommage de François I° à son prédécesseur dont il n’était que le cousin, même si les liens du sang éloignés avaient été revivifiés par le mariage du Roi avec Claude de France, fille aînée de Louis XII et d’Anne de Bretagne.

Les travaux étaient bien avancés à l’automne 1516, soit moins de deux ans après la mort de Louis XII. En attendant, les cercueils reposaient dans le caveau que Louis XII avait construit pour le corps de sa femme, recouvert d’une simple dalle en marbre blanc, gravée d’une épitaphe rimée.

Le monument fut commandé à l’atelier des sculpteurs italiens Antonio et Giovanni di Giusto di Betti (Antoine et Jean Juste). L’artiste lyonnais Jean Perréal, déjà concepteur du tombeau des ducs de Bretagne, a pu participer au projet. La sculpture est sans doute de Michel Colombe et de Guillaume Regnault. Mais il convient d’être prudent sur l’analyse de la variation des styles. Car elle pourrait plus simplement s’expliquer par le statut spécifique des figures (effets de réalisme pour les gisants, d’idéalisation pour les vertus) ou par des directives précises des commanditaires (la rigidité du priant d’Anne de Bretagne).

Deux transis sont placés à l’intérieur du monument qui se présente sous une forme architecturée à arcades qui rappelle le tombeau du comte de Champagne Henri I° (XII°s) dans la chapelle castrale de Troyes.

L’édifice à arcades reprend la structure du tombeau de Gian Galeazzo Visconti (arrière grand-père de Louis XII par sa grand-mère Valentine Visconti) à la chartreuse de Pavie, et le fin décor des pilastres correspond aux ornements de la première Renaissance française.

Ces statues couchées, les plus dramatiques, représentent les cadavres saisis dans les affres de la mort, pris par les derniers spasmes, le ventre recousu par l’embaumement, les bouches entr’ouvertes par le dernier râle, la peau collée au squelette, les seins affaissés, la tête renversée pour la reine.

Ils sont entourés des figures des douze apôtres et des quatre Vertus cardinales (Prudence, Justice, Tempérance, et Force). Cette disposition est directement inspirée du tombeau du duc de Bretagne François II à Nantes.

Deux statues en orants couronnent la plate-forme : les souverains sont représentés agenouillés, les mains jointes, devant un prie-Dieu. Ils ont l’air apaisé, loin de l’angoissante présentation des gisants. Anne regarde droit devant elle, l’œil fixé vers l’au-delà, un peu raide ; mais Louis a un visage doux et pensif, animé d’une esquisse de sourire, la tête penchée sur sa droite. Ils n’ont toutefois pas d’attributs royaux – à la différence du priant de Charles VIII : pas de couronne, pas de symbole du pouvoir, pas d’armoiries. Juste un costume d’apparat ».

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