1295. Pamiers, université mort-née

Extrait de Philippe le Bel, pape en son royaume par Julien Théry, 2008.

« Dès 1285, année de son avènement, Philippe le Bel avait donné son appui aux prétentions du comte de Foix sur Pamiers, au détriment de l’Église. En 1292, le pape Nicolas IV avait réagi en plaçant la juridiction ecclésiastique dans la ville sous la protection spéciale de la papauté. Il avait alors confié cette protection au cardinal Benedetto Caetani – le futur Boniface VIII.

Peu après l’accession de ce dernier au pontificat, Philippe le Bel avait autorisé le comte de Foix à imposer son autorité par la force aux chanoines de l’abbaye Saint-Antonin, seigneurs de Pamiers. Le nouveau pape avait alors pris une série de mesures radicales, propres à réaffirmer de manière éclatante sa faculté de libre intervention dans le royaume de France. Après avoir excommunié le comte de Foix et placé la ville sous interdit ecclésiastique, il avait créé un nouveau diocèse, détaché de celui de Toulouse, dont Pamiers devint le siège épiscopal. L’abbaye de Saint-Antonin fut ainsi transformée en cathédrale et l’abbé, Bernard Saisset, promu à la dignité d’évêque, ce qui renforçait considérablement sa position dans la lutte contre les prétentions du comte et du roi.

Mieux encore : par une bulle solennelle émise en décembre 1295, Boniface VIII fonda à Pamiers une université. Au même moment, il créa aussi dans la ville un tribunal d’Inquisition de l’hérésie, dont la première mission était de poursuivre les habitants pour déviance dans la foi s’ils persistaient, en continuant de rejeter les prérogatives seigneuriales de l’évêque, à braver les sanctions canoniques récemment prises contre eux. Ce tribunal eut par la suite une activité bien réelle – il mena notamment, sous la direction de l’évêque Jacques Fournier, les procès d’Inquisition contre les villageois hérétiques de Montaillou.

L’université, en revanche, ne vit jamais le jour, car la petite ville sub-pyrénéenne ne réunissait évidemment aucune des conditions nécessaires au développement des études. Ces deux mesures et la création du nouveau diocèse avaient pour point commun de mettre en œuvre, à l’intérieur des frontières du royaume de France et à la barbe du roi, les pouvoirs supérieurs et exclusifs du pape.

En faisant arrêter Bernard Saisset, Philippe le Bel et ses conseillers s’en prenaient donc à un homme particulièrement apprécié par Boniface VIII, à un champion de la lutte contre les empiètements juridictionnels des laïcs, que sa nomination comme évêque de Pamiers avait rendu emblématique de l’intransigeance pontificale. Or cette arrestation constituait précisément une violation grossière des privilèges ecclésiastiques, puisque seul le pape était habilité à juger un évêque »…

Lire aussi Bernard Saisset, Evêque de Pamiers (1232 – 1311), par Mgr Vidal, Revue des Sciences Religieuses, Année 1925, Volume 5, Numéro 4, pp. 565-590.

Boniface VIII (Benedetto Gaetani), pape de 1294 à 1303, bronze doré (1301), par Manno di Bandino Bologna, Museo Civico Medievale

Poster un commentaire

Classé dans A. Art médiéval, A. Histoire médiévale, D. Italie

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s