Évaluer : autosatisfecit du HCERES

Hcéres (Haut Conseil de l’Évaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur). Toutes les chroniques précédentes sur le Hcéres.

Le Hcéres vient de publier son Rapport d’activité 2016 (44 pages). Sur la première page, deux slogans : Partenaire de progrès ; Hcéres, évaluation et qualité. La mise en page du rapport est avenante ; on l’imagine sur papier glacé, comme dans les entreprises du CAC 40. Visiblement, le Hcéres a soigné sa communication !

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Mais, contrairement à l’apparence qu’il veut peut-être se donner, le Hcéres n’est pas une entreprise. Il semble ignorer qu’un rapport d’activité ne parle pas seulement des activités (« nous avons fait ceci et cela »), mais doit aussi s’intéresser aux ressources mobilisées (un seul tableau financier dans le rapport : ci-dessus) et aux résultats.

  • « Ce que nous avons fait est-il utile à l’État, au gouvernement, aux partenaires des établissements ? peuvent-ils se saisir du rapport pour mieux piloter la recherche et l’enseignement supérieur » ?
  • « Ce que nous avons fait est-il utile et performant pour les établissements ? Peuvent-ils se servir des rapports d’évaluation pour progresser continument dans la qualité de l’offre de formation (réussite aux diplômes et insertion des diplômés), de la recherche, du pilotage de l’établissement » ?

Ainsi, et fort curieusement, la question de l’efficience (rapport entre les activités et les ressources) et de l’efficacité du système ESR (rapport entre les objectifs, les ressources et les résultats) n’est pas posée. La question n’étant pas posée, le Hcéres ne doit pas y apporter de réponses. Ouf, pour lui !

J’ai déjà écrit que ce Haut conseil est inutile et je le confirme. Il est inutile…

  • parce que l’évaluation est quinquennale. L’établissement a-t-il remédié aux points faibles signalés cinq ans auparavant ? A-t-il suivi les recommandations des évaluateurs ? Cette question n’intéresse personne !
  • parce que, pour un établissement, il n’y a plus de relation entre l’évaluation des activités et les moyens qui lui sont affectés annuellement et dans le cadre du contrat de site. Exeunt les sanctions positives et négatives de l’évaluation !
  • parce que les diplômes (licences, licences professionnelles, masters) ne sont plus habilités un par un, mais parce que c’est l’offre globale de formation de l’établissement qui est accréditée. L’établissement doit donc prendre ses responsabilités, avoir le courage politique de ne pas laisser gonfler continument cette offre (cf ci-dessous une page du rapport consacrée à l’évaluation de la formation). Mais toute menace sur une formation donnée entraine une mobilisation, au moins minime, des étudiants et des personnels.
  • parce que l’offre de formation a désormais une durée de vie de cinq ans : y toucher (liste des cours dispensés aux différents niveaux, parcours et passerelles, modalités de contrôle des connaissances, répartition des services entre enseignants, emplois du temps…) devient tellement complexe que tout le monde (étudiants et personnels) finit par s’accorder : il est urgent d’attendre la fin du contrat pour bouger.
  • parce que les unités de recherche ne sont plus évaluées selon un système de notation (A, B ou C) sur cinq critères. Trancher (fermer ou recomposer une unité, ou fusionner plusieurs unités) sur la seule évaluation qualitative devient un exercice de gouvernance extrêmement périlleux.

Bref, l’évaluation, telle qu’elle est pratiquée par le Hcéres, ne peut faire progresser les établissements. Elle les fait se détériorer !

J’incite les lectrices et les lecteurs du blog à entrer dans la corps du sujet et de lire les rapports produits pour les établissements de chaque vague (eh oui, pour celles et ceux qui ne le savaient pas, les établissements sont répartis en cinq vagues). C’est un autre point faible de l’évaluation à la Hcéres : impossible de comparer les résultats des établissements sur les taux de succès aux diplômés et les insertions des diplômés, puisque ces résultats sont répartis sur cinq années différentes !

Rapports qui concernent l’université de Franche-Comté.

Le Hcéres va-t-il poursuivre son gentil petit bonhomme de chemin sous le quinquennat Macron ? Trop tôt pour le dire ! Mais…

D’autres méthodes pour faire bouger les choses dans l’enseignement supérieur et la recherche sont possibles et ont déjà été utilisées. L’insuffisance des moyens affectés aux établissements (insuffisance globale ou relative) met certains d’entre eux en difficulté financière, puis en déficit. Cette évaluation autoritaire et sauvage les oblige alors à faire des choix (geler des postes par exemple), ce qui obligatoirement finit par avoir des conséquences sur leur offre de formation et de recherche, sur leur détérioration.

Le Hcéres a choisi la méthode douce. Rien ne dit que cela puisse durer !

Note. Il y a bientôt 20 ans, nous remettions à la Commission européenne un rapport de recherche sur l’auto-évaluation et l’évaluation des universités en Europe. J’avais coordonné cette recherche sur huit pays. La cinquantaine de chercheurs mobilisés pour réaliser une trentaine d’études de cas étaient tous optimistes sur les progrès qu’allait faire l’évaluation dans les années qui allaient suivre. C’était avant le désenchantement.

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Classé dans C. Bourgogne Franche-Comté

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