Universités : liberté de recrutement

Sans vergogne, le conseil scientifique de l’École Normale Supérieure de la rue d’Ulm du 16 juin 2017 a approuvé le cadre d’un recrutement possible de « professeurs juniors » (image ci-dessous et ensemble du compte rendu du CS). Ce n’est pas encore une révolution ! Mais c’est une provocation !

Cliquer sur l’image pour l’agrandir

L’ENS, membre de Paris Sciences et Lettres (PSL dont le président, Thierry Coulhon, est devenu le conseiller spécial d’Emmanuel Macron), joue au 1er de la classe pour l’application du Programme d’Emmanuel Macron pour l’enseignement supérieur et la recherche. Objectif 2 : Libérer l’énergie des universités.

Aujourd’hui, notre enseignement supérieur se trouve au milieu du gué : la centralisation n’est plus ni possible ni souhaitable, mais l’autonomie réelle se fait attendre : pour recruter un enseignant titulaire ou ouvrir un nouveau master, il faut toujours l’aval du ministère !

Demain, les universités bénéficieront d’une plus grande souplesse : elles pourront s’adapter aux besoins locaux et mieux faire face à la concurrence internationale.

Nous devons franchir une nouvelle étape dans l’autonomisation des établissements.

  • Nous donnerons aux universités et aux grandes écoles la liberté de recruter elles-mêmes leurs enseignants-chercheurs suivant les standards internationaux de qualité et d’indépendance.

7 Commentaires

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7 réponses à “Universités : liberté de recrutement

  1. Misère

    Mof, ils empruntent à l’Allemagne où il existe déjà depuis plusieurs années des Juniorprofessor : si j’ai bien compris, dans certains cas c’est une voie accélérée vers un poste de Pr sans hdr (à charge pour le candidat de prouver ses qualités d’organisateur etc en trois ans environ). Ce qui est embêtant pour les candidats, c’est que c’est encore du précaire : en Allemagne tout est précaire sauf une Professur, surtout W3 (un poste fixe de Pr), ce qui donne des parcours du combattant jusqu’à 40 ans facile en enchaînant des contrats de 3-5 ans au mieux. Pour le moment, en France on a les postes de MCF qui permettent d’avoir une chaise fixe vers 30 ans, ce qui est quand même nettement mieux pour l’individu (vie privée et tranquillité pour organiser ses recherches) mais avec des résultats parfois franchement décevants pour l’Université (combien arrêtent de faire de la recherche ?) et de toute façon c’est très mal payé quand on prend en compte les frais de turboprof et tout ce qu’on doit payer en frais de participation à des colloques/congrès que les équipes de recherche ne financent pas ou si mal (et je ne parle pas des frais de publication de livres, passé la thèse dont la publication est financée en général par les labos sans problème, quand ce ne sont pas des actes de colloque, à croire qu’on est priés de ne plus chercher à écrire de monographie après le doctorat, l’hdr étant tolérée à la limite). En Allemagne les gens sont beaucoup mieux payés, les budgets de recherche sont infiniment plus importants qu’ici, mais ça se paie avec un statut précaire jusqu’à minimum 40 ans, pour ceux qui arrivent à décrocher une Professur. A voir si en France on fait le choix du précaire généralisé…

  2. jean claude loraud

    Je trouve l’idée excellente ! Il est en effet indispensable de tester les véritables capacités de production scientifique d’un candidat avant de le garder jusqu’à sa retraite si l’on voit le nombre important de MCF qui ne font aucune activité de recherche un ou deux ans après leur recrutement !
    Certes le manque de moyens et l’absence de promotion expliquent en partie cette grande démotivation..Mais quand même..Ils bloquent des recrutements de candidats de valeur qui eux voudraient produire sérieusement !
    Ceci n’est plus acceptable !

    • Salazar

      Au contraire, moi je vois ce que donne le système de « tenure » aux états-unis (dont l’idée est exactement de « tester » les candidats sur un siège éjectable pendant 6 ans avant de leur donner un poste stable), ça déforme complètement la recherche en créant une course à l’armement où tous les profs de la même génération sont en compétition pour avoir le plus de publications, le plus de participation à des comités de lecture, le plus de grants, le plus de ceci et de cela. Résultat, les gens n’ont pas de vie en dehors du travail, ils et elles sont sous pression constante et transmettent leur stress à leurs étudiants, et surtout ils changent la façon dont il font de la recherche pour faire des choses « flashy » et facilement finançables/publiables (que ça les intéresse profondément ou non), adoptant en recherche la vision court-termiste qui vient de leur situation professionnelle. Ça dénature complètement une communauté de recherche.

      Il y a des cas où un poste à durée déterminée de ce type peut être intéressant pour les gens (cas typique : chercheur étranger qui envisage de s’installer en France mais n’est pas sur d’avoir envie de rester à vie, et s’attend à un niveau de salaire plus élevé qu’un poste permanent junior), mais à mon avis généraliser cette pratique dans l’idée de « tester » les gens pourrait faire beaucoup de tort à la recherche française.

  3. Sbo

    A lire tous les commentaires et si quelqu’un devait me poser la question, par exemple mon fils, « Mais papa, que fait un chercheur ? »
    « et bien fiston les chercheurs publish or perish ; tu verras, il y a même une entrée dans wikipedia pour ce terme » L’expression « publier ou périr » (issue de l’anglais « publish or perish ») vise à dénoncer la pression exercée sur les professionnels du milieu académique, en particulier les chercheurs scientifiques, à travers l’obligation, pour avancer dans la carrière, de publier le plus régulièrement possible les résultats de travaux de recherche dans les revues scientifiques. Cette expression cherche notamment à pointer du doigt le manque de prise en compte d’autres aspects du travail académique, comme la production de prépublications ou l’organisation et la conduite des enseignements, la quantité de publications étant considérée, dans le cadre de l’évaluation, comme un moyen non sans biais de mesure de l’activité académique et des possibilités d’avancement (accès aux postes, soutien financier des projets de recherche, augmentation du revenu, notoriété (wikipedia). » Une activité sûrement passionnante.

  4. Olivier

    En pratique, l’université française, ce n’est pas simplement Enseignement et recherche. Cela n’a pas de sens de copier des pratique où c’est effectivement le contenu unique. Un PR ou MCF français va passer une bonne partie de son temps à gérer des échanges Erasmus, des stages, des formations, faire référent en 1e année, siéger dans la dizaine de conseils et comités qui peuplent les universités, sélectionner des dossiers, faire des jurys, répondre à 1000 sollicitations des étudiants, essayer de faire bosser les administratifs, trouver des salles pour le contrôle continu etc…
    On le voit bien avec les recrutements de MCF formés à l’étranger, ils ne veulent absolument pas entendre parler de tout cela. Or la fac française ne peut pas fonctionner sans l’implication des E-C sur ces points.

  5. Misère

    Je ne suis pas d’accord avec cette passion française pour l’administratif : un universitaire est là pour enseigner et chercher, pas pour se noyer dans l’administratif (un mandat pour faire tourner la machine, OK, dans un des conseils, mais ne faire que cela et/ou prendre cela comme critère de recrutement non… les collègues de l’étranger ont raison de n’en avoir rien à faire, ce n’est pas le coeur de métier). Et dire que les MCF ne fichent plus rien, une fois élus, c’est oublier qu’un certain nombre, un nombre certain, de Pr ne fichent plus rien non plus en fait de recherche : qu’on arrête un peu de prendre les gens pour des imbéciles, dans une période de pénurie (pénurie de postes = aucune possibilité de promotion sauf pour quelques petits malins protégés par les puissants du moment, et pénurie de budget = obligation de financer soi-même ses recherches et ses publications de livres). Si l’on en revient au fond du problème, je pense que l’enjeu est aussi comment pallier la chute du nombre de postes fixes de ces dernières années, et comment garder dans le monde universitaire des candidats qui sans ces postes temporaires risquent fort de ne jamais y entrer, en partant dans les classes préparatoires pour certains (sauf que c’était pensé au départ par les pontes directeurs de thèse comme une position d’attente confortable et ça se retourne contre eux, parce que la différence de paie fait qu’après ces jeunes pousses ne voient absolument pas l’intérêt de devenir MCF).

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