Népotisme et emplois fictifs

Népotisme et emplois fictifs : cette chronique ne concerne pas la période contemporaine ! Elle se situe au 14ème siècle, quand les papes se sont installés à Avignon, qui n’était pas alors terre française.

Deux papes, parmi d’autres au cours du siècle, ont pratiqué le népotisme à grande échelle : Clément V et Jean XXII (bonnes feuilles en photos : biographie résumée dans J.N.D Kelly, Dictionnaire des papes, Brepols, 1994, pages 440 à 448).

Clément V (pape de 1305 à 1314). Bertrand de Got (1264-1314), premier des sept papes qui siégèrent en Avignon entre 1309 et 1377, naquit en Guyenne. Il fut évêque de Saint-Bertrand-de-Comminges puis archevêque de Bordeaux, avant de devenir pape sous le nom de Clément V. Lors de trois consistoires (en 1305, 1310 et 1312), il désigne 8 cardinaux au sein de sa famille (des neveux et un petit-cousin).

in Jean Favier, Les papes d’Avignon, Fayard, 2006. Cliquer sur les images pour les agrandir

Le népotisme de Clément V est localisé dans sa région d’origine, la Gascogne. Article de Jacques Bernard, Le népotisme de Clément V et ses complaisances pour la Gascogne, Annales du Midi : revue archéologique, historique et philologique de la France méridionale, Année 1949, Volume 61, Numéro 7, pp. 369-411.

Jean XXII (pape de 1316 à 1334). Jacques Duèze (1244-1334), né à Cahors et mort en Avignon. « Issu d’une famille de la bourgeoisie aisée de Cahors, il est élu pape, sous le nom de Jean XXII. Âgé de 72 ans lors de son élection, il meurt à 90 ans après 18 ans d’exercice. C’est le plus long pontificat des papes d’Avignon ».

Son népotisme est tout aussi flagrant que celui de Clément V : parmi ses neveux, petits-neveux ou arrière petits-neveux, il y a quatre cardinaux et trois évêques.

« Jean XXII organisa de façon remarquable la cour d’Avignon dans 3 constitutions, en régla les divers services et en ordonna les dépenses avec un grand soin pratique. Mais lui aussi eut beaucoup de complaisances pour ses amis et ses compatriotes. Parmi ceux qui ont bénéficié des faveurs de Jean XXII, citons Pierre de Bérail, frère de Raymond et qui fut archidiacre de Montpezat puis de Paris et fut évêque d’Agde en juin 1342. Les Quercinois envahirent tous les services de l’administration pontificale. Beaucoup se montrèrent âpres au gain, ambitieux et intrigants. Pour loger tout ce monde, le pape fit acheter de 1318 à 1322 les maisons qui se trouvaient sur la déclivité du rocher des Doms ». Article en ligne de Jean-Paul Marion dédié au pape Jean XXII, 14 pages.

Le népotisme peut s’accompagner d’emplois fictifs, mais pas forcément. C’est un des problèmes majeurs de l’église médiévale. Il résulte du mode d’affectation des positions disponibles dans la hiérarchie ecclésiale (archevêchés, évêchés, canonicats, abbatiats, cures), ces positions étant source de revenus (bénéfices). Au 14ème siècle, ces charges ne font plus l’objet d’élections par une base plus ou moins large ; elles sont l’objet de désignations d’en haut (accompagnées éventuellement de simonie).

Comment les affectataires possibles de ces positions dans l’église sont-ils connus des attributaires ? Ils sont inscrits dans des rotuli de suppliques adressés au pape en fonction ; ils peuvent lui être recommandés et c’est là que le népotisme peut resurgir. On l’a vu dans la chronique dédiée à Clément VII. Anne-Marie Hayez (Les demandes de bénéfices présentées à Urbain V : une approche géographico-politique, École française de Rome, 2003) a analysé ceux présentés à Urbain V en 1362-1363 : 5 908 suppliques dans 339 rotuli et 5 026 suppliques isolées.

Une fois obtenu un bénéfice et le revenu qui lui est lié, l’affectataire n’en remplit pas forcément la charge. Et c’est là que le bénéfice devient emploi fictif. Il a d’autant plus de chance de devenir un emploi fictif si celui qui en est l’affectataire cumule plusieurs bénéfices éloignés géographiquement (le cumul est une condition pour augmenter le revenu).

Un des points lancinants d’une réforme de l’église qui ne progresse pas au XIVème siècle : c’est celui de l’obligation de résidence dans le bénéficie attribué, de la limitation ou de l’interdiction des cumuls.

Népotisme, emplois fictifs, cumul de charges : ces problèmes contemporains ne datent pas d’hier ! Pour donner un bon coup de balai dans ces dérives, il ne suffit pas d’annoncer des réformes. Les mettre en pratique peut exiger une révolution : la Réforme protestante en tient lieu, au moins partiellement.

1 commentaire

Classé dans A. Histoire médiévale, A. Histoire moderne, C. PACA Corse

Une réponse à “Népotisme et emplois fictifs

  1. Sbo

    Avec cette chronique « vous m’en bouchez un coin! »… passionnant. Merci.

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