2018, l’échec certain de F. Vidal

Frédérique Vidal, ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation, est bien obligée d’inscrire ses propos dans le programme de ses mentors : mettre en place à la rentrée 2018 le « contrat réussite étudiant ». Elle sait pourtant, et parce qu’elle était présidente d’université jusqu’au printemps dernier, qu’elle n’a aucune chance de réussir, ou – dit autrement – qu’elle est certaine d’échouer.

Elle était ce matin accueillie à France Inter : réécouter son intervention de 9’40

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« L’objectif est que nous soyons en capacité d’accueillir tous les bacheliers dans l’enseignement supérieur et de leur proposer des places qui leur conviennent« . Ces bacheliers étaient 641 700 en 2017 ; ils devraient être encore plus nombreux en 2018. Accueillir tous les néo-bacheliers !

Les filières sélectives post-bac accueillent actuellement moins de la moitié des néo-bacheliers (moins de 140 000 en 1ère année de Sections de techniciens supérieurs, moins de 65 000 en IUT, moins de 45 000 en Classes préparatoires aux grandes écoles, quelques dizaines de milliers dans le paramédical, le travail social, les écoles artistiques…).

Frédérique Vidal : « Il y a plusieurs pistes sur lesquelles tous les acteurs sont d’accord, notamment travailler sur une meilleure orientation« … se basant entre autres sur une information de qualité sur les parcours de formation et les chances que des bacheliers tels ou tels ont d’y réussir. D’accord, mais la ministre ne devrait pas dire de faire ce qu’elle n’a fait pas dans l’université qu’elle présidait.

A la question de savoir si les prérequis signifient la mise en place de la sélection à l’université, la ministre répond : « La sélection c’est dire non, or l’objectif n’est pas de dire non. C’est important d’avoir envie pour réussir mais il faut aussi en avoir les moyens. Cela passe par le fait qu’il faut dire la vérité aux étudiants et qu’on doit les accompagner vers la réussite. Le problème est qu’aujourd’hui, les moyens d’accompagner les étudiants n’existent pas ».

« Accompagner les étudiants vers la réussite » : mettre un précepteur derrière chaque étudiant ?

« Les moyens d’accompagner les étudiants n’existent pas ». C’est vrai. De nombreuses universités connaissent des difficultés financières et 15 sont en déficit.

Il ne faut pas rêver : accueillir bien plus de néo-bacheliers dans les filières sélectives coûteuses que les autres n’aura pas l’aval du gouvernement et des collectivités territoriales.

Il ne faut pas rêver : accueillir tous les néo-bacheliers, non admis dans les filières sélectives, en 1ère année de licence, y accueillir les réorientations et y maintenir les redoublants nécessiterait une capacité d’accueil bien supérieure à 400.000 places. La ministre ne peut quand même pas croire à un tel rêve. Je suis persuadé qu’elle sait qu’elle ne vend que du vent, que la concertation désormais lancée ne sert qu’à faire lanterner les sots, les crédules, les présidents et les enseignants en quête d’une chaise musicale.

A moins que

A moins que la ministre ne compte sur l’enseignement supérieur privé pour accueillir davantage de jeunes. Elle devrait alors nous le dire en face, les yeux dans les yeux : « c’est au privé de relever le défi » ; le privé, qui pratique la sélection et des droits d’inscription bien plus élevés que ceux de l’université.

A moins que le combat du blog mené depuis 9 ans ne commence à porter ses fruits : créer des Instituts d’enseignement supérieur, dédiés au 1er cycle en 3 ans et intégrant BTS et CPGE ; créer des IES, distincts des lycées (fin des classes supérieures des lycées) et distincts des universités de recherche, dédiés aux masters et aux doctorats.

7 Commentaires

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7 réponses à “2018, l’échec certain de F. Vidal

  1. Evalmy

    STAPS ,Sigle mythique d’une formation qui initialement donnait des professeurs d’EPS très bien formés dans les CREPS et IREPS dépendant des facs de médecine. L’évolution sociale et l’universitarisation de cette formation ont contribué à renforcer une attraction connue et séduisante. Nombre d’élèves ont alors, (monde du loisir et dysneylandisation obligent), espéré entrer dans ces formations. La sélection a toujours existé pour y être accepté qu’elle soit médicale ou intellectuelle et évidemment sportive. Pourtant dans les années 2000 près de 10 000 candidats au Capeps se sont présentés pour environ 1000 postes… Échec de 85%environ qu’il a donc fallu prendre en compte par des équivalences de diplômes ou des compléments de formation diversifies, Le problème est donc connu et nul ne peut être surpris de voir cet engouement. Au delà, se pose un degré d’utilité sociale des ces formations qui viennent interférer avec des formations Jeunesse et Sport avec une guerre larvée depuis l’accession de ll’EPS à l’éducation nationale en 1982. Le recrutement universitaire n’a pas suivi bien que des docteurs qualifiés en STAPS galèrent pour être recrutés dans ce contexte. La Ministre actuelle ex présidente de Sophia antipolis ne peut l’ignorer cette université participant au gel de ces emplois.

  2. Je constate que maintenant ça commence à se savoir ce que font bien des enseignants. Ils font de la musique de chaisière. Dès qu’on passe prof, on évite d’enseigner. Et il y a de quoi se servir avec tous les machins qui sont dénoncés dans ce blog. Ne dîtes pas à ma mère que je suis prof à l’université. Je suis « chargé de mission ». Ben couillon ! comme on dit à Poitiers.
    A Nantes, c’est « ben dame ! »

  3. François

     » D’accord, mais la ministre ne devrait pas dire de faire ce qu’elle n’a fait pas dans l’université qu’elle présidait  »

    Attention, la phrase ne décrit qu’incomplètement la situation qui est :
     » faire SOUS MACRON ce qu’elle n’a fait pas dans l’université qu’elle présidait SOUS HOLLANDE « .

    Devant l’opinion, le rapport de force Gouvernement-UNEF risque d’être assez différent de ce qu’il était, car aux yeux de tous l’instauration effective de l’imbécillité suprême qu’est le tirage au sort – conséquence de la liberté de choix absolue – n’est plus supportable.

  4. jako

    Quel « contrat de réussite » pourrait bien faire courir un éclopé au départ d’un 100m? Et comment peut-on décemment comparer les résultats de ces éclopés avec ceux d’athlètes en super forme et hyper entraînés? Le blabla de Mme Vidal est assez consternant… Et passons sur le fait que qu’elle espère les lumières des fédérations de « parents d’élèves » pour l’éclairer sur ses choix. Nul doute qu’à ce train-là on finira aussi par éliminer les « devoirs à la maison » à l’Université…

  5. jean claude loraud

    La solution des IES me parait en effet la seule permettant à la fois de faire face à une arrivée de plus en plus massive d’étudiants et de rester économiquement supportable surtout si on recrute pour ces IES une majorité de PRAG (qui font le service d’enseignement de deux MCF)…et qu’on y affecte majoritairement les élèves des ENS qui ont bien de mal à trouver une place dans l’Enseignement Supérieur..Tout brillants qu’ils soient !

    • Olivier

      Les PRAG sont en pratique souvent d’excellents enseignants. Mais ils ne sont pas mieux armés que les autres, et c’est même souvent le contraire, face aux mauvais étudiants qui tirent vers le bas les premiers cycles universitaires. La particularité de ces étudiants est d’être très peu assidus en cours, de ne rien préparer, de ne pas travailler et de ne pas s’impliquer, tout en ayant des fondamentaux très faibles.
      Par le miracle des taux de réussite décidés politiquement par le ministère, ils ont le bac mais ne le méritent pas. Et face à ce genre de public, les PRAG, habitués au travail et à l’implication, ne font pas mieux que les autres.

  6. jako

    « Cette notion de prérequis est un non-droit aux études supérieures ! Nous voulons au contraire que tout le monde puisse avoir accès à la fac, quitte à se réorienter après », explique Liliana Moyano, présidente de la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE).
    Et ces mêmes « parents d’élèves » iront ensuite cracher sur cette Université pourvoyeuse de chômeurs…
    Il est vrai que désormais à l’entrée à la fac les étudiants (dont un certain nombre est quand même majeur à l’entrée à l’Université), se font régulièrement accompagner par papa, maman, qu’on voit d’ailleurs expliquer à leur progéniture ce qui est bon pour elle et effectuer des choix à sa place. Bonjour l’autonomie…

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