Musée Fabre. Peintures du 17ème

Huit chroniques déjà publiées sur les collections du Musée Fabre (Montpellier). Neuvième chronique : peintures du 17ème siècle. Album de 47 photos.

Treize peintures retenues dans cet album, dont deux tableaux de Pierre-Paul Rubens (1577-1640). Portrait du peintre Frans Francken l’Ancien (vers 1615) et Allégorie de l’Autriche catholique attaquée par les Protestants (1620-1622). Analyses par Pierre-François Puech sur archive.org. « La puissance du propos de ces tableaux réside dans l’arrêt sur image juste avant un drame ».

Cliquer sur les images pour les agrandir

Allégorie de l’Autriche catholique. « Cette scène est un bozetto, l’esquisse d’une première idée qui sert de base à la réalisation ultérieure. Ce domaine intermédiaire tourne autour d’une spécificité majeure du concept pictural baroque qui est de transcender le monde naturel à l’aide de moyens artistiques.

A gauche, un Maure s’empare du drapeau que l’on suppose autrichien alors qu’un soldat calviniste tire une femme par les cheveux. Cette femme est assise sur une sphère, le Saint-Empire Romain. Elle lève les bras et les yeux vers deux anges qui apparaissent munis d’une croix. A droite, deux princes retiennent leurs chevaux qui se cabrent. Rubens semble vouloir saisir l’instant. Il a pu observer l’élan du cheval brusquement immobilisé au cours de La bataille d’Anghieri de Léonard de Vinci à Florence qu’il a traduite par La lutte pour l’étendard qui se trouve au Louvre. Ici, c’est l’outrage qui retient l’attention de tous par la transposition d’une opposition entre une possible pulsion masculine (celle de saisir la femme) et son interdit social. L’accent est  mis sur le pathétique. Le mouvement tournoyant d’ensemble est ordonné par quelques tâches au coloris vif et clair : rouge, bleu, vers pour les vêtements. Le blanc ou gris argent traverse le tableau comme un rythme musical ».

Pour le 17ème, Le Musée Fabre possède deux lamentations sur le Christ mort et trois toiles du martyre de Sainte Agathe.

Lamentation sur le Christ mort de Lionello Spada (vers 1614)

« Originaire de Bologne et d’abord élève de Cesare Baglione, Lionello Spada a été marqué successivement par l’influence des Carrache dont il fréquenta l’Académie à partir de 1603, puis de Caravage qu’il ne rencontra pas directement mais dont il put connaître les œuvres, à Malte d’abord puis à Rome autour de 1608-1614. Il revint cette même année 1614 en Émilie où il participa au décor du sanctuaire de la Ghiara, à Regio Emilia (notamment sa coupole). Il termina sa vie à Parme à la cour des Farnèse.

La Lamentation sur le Christ mort est datée par les historiens vers 1614, après son séjour à Rome et son retour en Émilie. L’œuvre est évidemment très marquée par Caravage par le réalisme des personnages, sa composition et la manière dont elle se détache sur un fond sombre. C’est un chef-d’œuvre à la prestigieuse provenance qui rejoint les collections des musées français ».

Sainte Agathe par Zurbaran, vers 1635-1649.

« À la suite du concile de Trente, le cardinal Paleotti recommande aux peintres de représenter sept saintes, dont sainte Agathe.

Les lois romaines interdisant de tuer les filles vierges, un préfet sicilien, ne pouvant séduire ni même forcer la virginité miraculeusement conservée de sainte Agathe, lui fait couper les seins et la jette en prison. Là, saint Pierre apparaît à la jeune fille et guérit ses plaies. À cause de la nature de son supplice, elle n’apparaît que sur très peu de tableaux du siècle d’or espagnol. Toutefois, l’ordre de la Merci et les couvents hospitaliers en demandent l’image : sainte Agathe, patronne des nourrices, pieuse auxiliaire de la lactation, est celle qui peut apporter la subsistance aux plus faibles et aux plus pauvres.

Paul Valéry admirait la Sainte Agathe du musée Fabre, qui provenait peut-être du couvent de la Merced Calzada de Séville. Hanchée comme les Madones du XIVe siècle français, la jeune fille présente ses seins sur un plateau, sans ostentation, dans un geste de simple et digne offrande. Très contrastée, sans modelé, l’œuvre peut être datée de la période ténébriste de Zurbarán ».

Andrea Vaccaro, Le Martyre de sainte Agathe, vers 1635-1640

« Andrea Vaccaro est l’un des meilleurs représentants de l’école napolitaine. Son activité fut abondante pour les églises de Naples et d’Italie du sud (Apulie et Calabre) ainsi que pour des amateurs privés. Le Martyre de sainte Agathe, tableau inédit daté vers 1635-1640, est l’un des plus beaux exemples de l’art de la jeunesse de Vaccaro. Agathe, originaire de Catane, consacra sa vie au Christ. Pour avoir proclamé sa foi et résisté aux avances du consul sicilien Quintianus qui la convoitait, Agathe, de famille noble et d’une grande beauté, subit le martyre en 251 après J.-C., les seins lui furent arrachés.

La violence expressive des gestes, le caractère menaçant des grandes pinces tenues par le bourreau musculeux, l’éclairage dramatique, le réalisme de certains visages, la frise dense des personnages représentés à mi-corps et le soldat casqué qui évoque L’Arrestation du Christ (Dublin, National Gallery of Ireland), montrent clairement l’influence des œuvres de Caravage. Mais le visage de Sainte Agathe, la dignité monumentale de la composition montrent les choix classicisants inspirés par Guido Reni. Le coloris bleu intense, la touche sensuelle rappellent l’importance de Van Dyck pour les peintres italiens du Sud ».

Poster un commentaire

Classé dans A. Histoire moderne, C. Occitanie (Midi-Pyrénées Languedoc-Roussillon), D. Italie, E. Arts Lettres Langues

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s