Le doyen dégoûte les étudiants

Il se passe de drôles de choses dans l’université de Lorraine (chroniques sur cette université).

La chose dont il est question aujourd’hui se passe à Épinal. Le chef-lieu du département des Vosges accueille 17 formations post-bac pour un effectif dans le supérieur d’environ 1500 étudiants. Deux licences sont proposées : licence de droit et licence de STAPS. Elles n’ont pas affiché de capacités d’accueil et n’ont donc pas procédé à un tirage au sort.

La licence de droit d’Épinal est une antenne de la faculté de droit, d’économie et de gestion de Nancy.

Propos du doyen de la faculté, Fabrice Gartner, lors de l’accueil des étudiants de 1ère année (200 sont attendus), in Philippe Nicole, Vous allez réussir ou vous planter tout seuls, Vosges Matin, 2 septembre 2017.

Pourquoi ce doyen a-t-il choisi de dégoûter les néo-bacheliers qui ont opté pour un enseignement supérieur de proximité ? Mais que fait donc le président Mutzenhardt ?

Texte intégral de l’article. Les nouveaux étudiants de la fac de droit d’Épinal ont fait connaissance avec le doyen Fabrice Gartner. Comme chaque année, il leur a expliqué, d’une manière imagée, comment il fallait faire pour réussir ses études juridiques. Instructif.

La première rencontre avec le doyen Fabrice Gartner reste toujours en mémoire. Surtout quand vous êtes étudiants et que vous faites vos premiers pas dans l’amphithéâtre de la fac de droit spinalienne. À voir la tête et les réactions des 150 élèves de première année attentifs au discours de rentrée du patron, il était facile de saisir leur état d’esprit. Si certains ont été subjugués par les paroles de Fabrice Gartner, la plupart ont fait grise mine. Car le doyen n’a pas son pareil pour mettre les futurs juristes face à ce qui les attend.

Les « méritants » qui n’ont pas eu le bac. Vous êtes là car vous avez décroché l’inénarrable diplôme du bac comme 95 % des candidats. D’entrée de jeu, Fabrice Gartner remet tout le monde à sa place : J’ai une pensée pour les 5 % qui ont réussi l’exploit de ne pas avoir le bac. Ils sont méritants car il faut mettre le paquet pour le rater.

Avoir son master avant la retraite. Le cursus de droit, c’est 5 ans minimum. Mais un étudiant sur 10 seulement ayant eu sa première année parvient à ne pas redoubler au moins une fois. Et Fabrice Gartner de citer un exemple : On vient de donner sa licence (bac + 3) à un étudiant qui était là depuis 8 ans. Il devrait avoir son master avant sa retraite.

Les « touristes » boursiers. Le taux de réussite en 1re année est de 20 %. Vous êtes 200 inscrits et seulement 40 d’entre vous vont passer en L2. Mais il faut relativiser. Et Fabrice Gartner de préciser que 40 % des étudiants vont abandonner en cours d’année. Et puis il y a les touristes. Ce sont ceux qui sont là juste pour toucher les bourses. Cela représente une quarantaine de guignols. Finalement, 40 des 80 étudiants vraiment concernés seront admis en L2. C’est sûr que c’est un taux de réussite bien moins important que celui du bac.

Bienvenus dans la vraie vie. Entrer à la fac, cela n’a rien à voir avec le lycée. C’est un monde différent. Ici, il n’y a pas de sonnerie… Si vous ne venez pas en cours ni en travaux dirigés, personne ne vous dira rien. L’université c’est la liberté. Il va falloir vous organiser tout seul. Vous réussirez ou vous vous planterez tout seul.

Pas l’école des magouilles. Pour Fabrice Gartner, un juriste est un humaniste. Si vous n’aimez pas les gens, vous n’avez rien à faire dans le droit. Et qui dit droit, dit respect de la loi. Vos proches vont penser que vous saurez comment contourner les règles. Pas du tout. Ici, ce n’est pas l’école de la magouille.

3 Commentaires

Classé dans C. Grand-Est (Alsace Lorraine Champagne-Ardenne), E. Droit et Sciences politiques

3 réponses à “Le doyen dégoûte les étudiants

  1. jako

    Qu’en L1 il existe des touristes qu’on voit au 1er cours du semestre puis enfin au partiel final, c’est difficile de le nier. Quant au bac, il suffit d’écouter les témoignages des collègues correcteurs concernant les « consignes » d’indulgence qu’ils sont supposés appliquer. Les mêmes consignes s’étendant désormais au Capes, puisqu’au Capes de Lettres « Il est demandé au jury de surévaluer tout ce qui est positif, la moindre petite connaissance subtile, tandis que toutes les lacunes font l’objet de la plus grande indulgence ».
    http://www.letudiant.fr/educpros/enquetes/exclusif-quotas-d-elimines-moyenne-imposee-notes-remontees-l-alarmant-recrutement-des-profs-de-francais.html
    Mais qui sont les donneurs d’ordre ? Qui sont les instigateurs de cette bérézina ?
    On ne peut pas en même temps se gargariser de performance, d’efficacité, de taux de réussite, de comparaisons internationales, de statistiques d’insertion professionnelle, etc., et trouver normale cette situation scandaleuse que l’Université et les universitaires sont sommés d’accepter comme une fatalité

  2. nanceien

    D’un autre coté, quand l’enseignement est constitué essentiellement, de cours magistraux, que les trop rares TD sont bondés, avec plus de 60 étudiants par groupe, ceux qui partent avec du retard n’ont que très peu de chances de réussir. Qu’ils viennent faire du tourisme ou qu’ils travaillent.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s