Faire réussir chacun ?

Accompagner chacun vers la réussite, telle est la prétention du Plan Étudiants et de ses 20 mesures.

Ce slogan généreux est politiquement correct. Il pourrait avoir été retenu par chacun des prédécesseurs de ceux qui conféraient ce matin au ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation. Si on cherche un peu, on trouvera que Valérie Pécresse, Laurent Wauquier, Geneviève Fioraso, Najat Valaud-Belkacem, Thierry Mandon ont prononcé des phrases analogues, un jour en vantant les mérites de leur réforme qui n’a rien réformé, qui n’a pas fait bouger le taux d’obtention de la licence en 3 ou 4 ans.

En fait, c’est un plan très marrant ; aucun des plans précédents n’est allé aussi loin dans la loufoquerie. Prenons l’exemple des mesures 6 à 10 : un accès plus juste et plus transparent dans le supérieur.

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Mesure 6. Suppression de la sélection par le tirage au sort. C’était annoncé : dont acte ! Mais c’est une honte politique que d’assimiler la sélection à un tirage au sort.

Mesure 7. Une nouvelle plateforme plus simple et plus transparente. Ouf, on n’a pas jeté le bébé (admission post-bac) avec l’eau du bain. Une plateforme nationale est évidemment nécessaire ! Elle pourrait d’ailleurs ne plus concerner que les licences universitaires.

Mesure 8. 10 vœux maximum et non hiérarchisés pour éviter les choix par défaut. Quelqu’un(e) pourrait-il m’expliquer en quoi la limitation des vœux à 10 et leur non hiérarchisation permet d’éviter les choix par défaut ? Comment le nouvel algorithme va-t-il gérer 10 vœux non hiérarchisés ? Des vœux non hiérarchisés est une contradiction avec la mesure 10 : prise en compte des choix de chaque lycéen.

Mesure 9. Meilleure connaissance des attendus pour réussir dans la filière souhaitée. Exeunt les prérequis : le courage politique n’a pas étouffé nos nouveaux gouvernants. Une filière pourra-t-elle écrire noir sur blanc (ou plus simplement pourra-t-elle faire courir le bruit) que pour réussir les bacheliers doivent avoir obtenu un bac général avec au moins une mention bien ? Les dits attendus vont entraîner la cacophonie du siècle et les contentieux en pagaille : qui va vérifier qu’ils sont bien respectés par les postulants ? Si des candidats ne les respectent pas et sont interdits d’inscription, ne faudra-t-il pas crier à la sélection ?

Mesure 10. Prise en compte du profil (quel profil ?) de chaque lycéen et de ses choix (ses 10 choix ?). Cette prise en compte à un niveau fin, sans procédure de sélection, est évidemment impossible. La mesure 10 est donc du type : parler pour ne rien dire !

Syndicats et Associations d’étudiants sont contents : toujours pas de sélection en vue. L’UNEF poursuit sa chute en enfer : sa pétition contre la sélection à l’université, lancée le 20 octobre 2017, n’a recueilli, à ce jour et à cette heure, que 1117 signatures. Un gros flop pour une pétition nationale.

4 Commentaires

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4 réponses à “Faire réussir chacun ?

  1. La lâcheté des gouvernements depuis une trentaine d’années a été de réduire les moyens financiers et humains dans la formation professionnelle essentiellemment industrielle et du bâtiment du niveau CAP au niveau bac (voire au-delà) car elle coûte cher en investissements, en personnel et en consommable (former des maçons, des platriers ou des plombiers consiste à leur faire construire des murs et des installations qui doivent être ensuite détruits, etc.). L’incurie des décideurs politiques qui rêvaient des technologies de l’information et de la fin de l’ère du tangible (comme si les hommes allaient se déplacer sur des tapis volants…) a été de croire en la disparition du travail manuel, physique et tangible ! Le tout favorisé par une idéologie du « progrès » qui allait dans le même sens de la dépréciation du travail physique. La conséquence a été l’orientation des élèves vers les filières du tertiaires (près de 60 % des élèves des bacs pro) car les formations y sont bien plus économiques, avec peu d’investissements et peu de consommables : mais les effets de cette déformation de notre système éducatif étroitement liée à l’objectif du 80% d’une classe d’âge au niveau bac (pure décalque des données japonaises sans prise en compte de l’après bac au Japon) a conduit l’essentiel des titulaires de bac pro à entrer à l’Université pour laquelle la plupart n’étaient pas formés ou ne possédaient pas les dispositions ni l’envie (en somme un choix par défaut, dans une situation de crise de l’emploi). Le résultat est la réussite ultra-minoritaire des bac pro en Licence (environ 5%, ce qu’aucun homme politique de gouvernement n’ose publier, puisqu’ils y ont tous participé).
    Autrement dit toutes les réformes qui se succèdent n’ont aucune chance de tenir les promesses faites parce que les fautes d’orientation (on ne parle plus d’erreurs ici vu le gâchis) relèvent du déficit de l’enseignement professionnel aux métiers qui réclament une main d’œuvre qualifiée (tous les chefs d’entreprise, grandes ou petites, se plaignent de cette situation avec des postes à pourvoir bien rémunérés mais sans candidat : je peux en dresser une très longue liste…). Ce qui fait d’ailleurs le succès des « facultés de métiers », totalement noyautées par le patronat.
    Quelle solution ? Rebâtir un enseignement professionnel solide pour les postes et les fonctions existants en investissant massivement dans le secondaire professionnel public (plusiurs milliards d’euros sur 5 ans !). Ce qui devrait conduire à terme à ce que les élèves hautement qualifiés sortant du secondaire professionnel public n’aient aucun intérêt, sauf exception, à entrer à l’Université (y compris dans les IUT qui, aujourd’hui, tentent parce qu’ils sont encore des filières sélectives d’écarter les titulaires de bacs pro tertiaires).
    Mais qui a le courage de qualifier d’échec cette politique de sabotage du secondaire professionnel depuis 30 ou 40 ans ? Qui peut croire au miracle de l’apprentissage quand les entreprises embauchent très souvent des apprentis pour les avantages immédiats afférents sans intention d’un recrutement définitif ?
    La politique de Macron, comme celle de ses prédécesseurs, est celle de la cautère sur une jambe de bois, espérant seulement contenir les jeunes en leur imposant le silence et la docilité avec des promesses de court terme. Jusqu’à quand ?

  2. François Sarran

    Oui. C’est vraiment très bien vu. Merci. Ajoutons le financement de 100.000 places supplémentaires en BTS ou IUT

  3. Levron

    J’approuve bien entendu ces questions de financement, mais je voudrais faire une petite observation. Cette lâcheté a peut-être pour cause le mépris dans lequel ces formations professionnelles demeurent tenues. Je ne suis pas sûr que l’on ait beaucoup évolué depuis le temps-celui de ma génération-où l’on « orientait » les élèves en difficulté du secondaire vers le « technique ». Les paliers d’orientation ne manquaient pas: à la fin de la cinquième, à la fin de la quatrième (où l’on pouvait envoyer des élèves en C.P.P.N) et à la fin de la troisième. A ce mépris académique s’ajoute les modes du moment: faire faire du tertiaire numérique paraît plus valorisant que de faire faire de la maçonnerie…Parlons maintenant plus sérieusement. Nous pouvons constater que nous sommes en face d’un problème particulier au système éducatif français moderne: il existe des voies d’entrée vers des professions ou vers des cursus académiques (CAP et Bac Pro, premiers cycles universitaires « courants ») que le politique ne prend pas en considération, ou méprise. Il ne serait donc ni stupide, ni néfaste, de faire cause commune avec les enseignants de ces secteurs pour porter des revendications.

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