Ministres (2007 à 2017) et licence

Faire progresser la réussite en Licence (suite de la chronique Accès à la L1: la sélection est là). Depuis 2007 (depuis les années 60 en fait), cet objectif, tous les ministres et secrétaires d’État de l’enseignement supérieur ont décidé de le mettre au cœur de leur politique explicite. Faut-il rappeler leurs noms ? Valérie Pécresse, Laurent Wauquiez, Geneviève Fioraso, Najat Vallaud-Belkacem, Thierry Mandon et Frédérique Vidal aujourd’hui.

En 2007, beaucoup de chemin était à parcourir : l’échec dominait en licence universitaire. A ce jour, l’échec – majoritaire – est toujours là. Tous ces ministres et secrétaires d’État se sont opposés à l’instauration de la sélection pour l’accès à la licence. Dans le projet de loi défendu par Frédérique Vidal, le mot « sélection pour accéder à la licence » ne figure pas, pourtant la sélection est bien là. Fera-t-elle progresser les taux de succès ? Détails sur les taux de succès par sexe, filière de bac, mentions au bac, domaine de formation en licence) : lire la note finale.

Valérie Pécresse, ministre de 2007 à 2011, a échoué à faire progresser le taux de succès en licence (tableaux ci-dessous), malgré son Plan licence (financement : 700 millions d’euros). Taux de réussite en 3 ou 4 ans pour les bacheliers 2007 (38,9% ou 39,5% selon les publications), bacheliers 2008 (40,3%), bacheliers 2009 (38,9%), bacheliers 2010 (39,8%), bacheliers 2011 (39%).

Taux d’obtention de la licence en 3 ou 4 ans pour les bacheliers 2004 à 2011

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Laurent Wauquiez, ministre seulement de juin 2011 à mai 2012, n’est pas resté sans rien faire. Il a joué sur deux autres plans pour faire réussir davantage les étudiants. Par l’arrêté du 1 août 2011 relatif à la licence, il a rendu plus laxistes les modalités de contrôle des connaissances, en élargissant le champ des compensations entre matières, entre unités d’enseignements, entre semestres et même au sein de l’ensemble de la licence ; cette politique démagogique ne coûtait d’ailleurs rien. Par ailleurs, le même arrêté a décidé de porter à 1500 heures le volume total des heures d’enseignement en licence (ce volume était atteint en sciences, mais non en lettres et SHS) ; cette progression du volume nécessitait évidemment des moyens supplémentaires : les 1500 heures devaient être progressivement atteintes et n’être généralisées que pour la rentrée de 2014 ! Exit Laurent Wauquiez : le laxisme des modalités de contrôle des connaissances n’a pas été modifié par le gouvernement socialiste ; on sait aujourd’hui qu’il n’a pas fait progresser le taux de succès en licence en 3 ou 4 ans (39,4% pour les bacheliers 2011).

Taux d’obtention de la licence en 3 ou 4 ans pour les bacheliers 2011

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Geneviève Fioraso, ministre de l’enseignement supérieur de mai 2012 à mars 2014, rétrogradée comme secrétaire d’État de mars 2014 à mars 2015, a annoncé dès 2012 5000 postes supplémentaires pour l’enseignement supérieur, prioritairement affectés au 1er cycle. L’engagement de 1000 postes attribués par an a-t-il été tenu ? Difficile à dire car dénombrer le nombre d’enseignants dans le supérieur est particulièrement complexe : les 1000 postes Fioraso ?

Qu’est-devenu le taux d’obtention de la licence en 3 ou 4 ans ? On ne le sait que pour les bacheliers 2012 ; les données pour les bacheliers 2013 (possibilité d’obtenir la licence en 4 ans en 2017) ne sont pas encore publiées. Les bacheliers 2012 ont été plus nombreux que les bacheliers 2011 à obtenir le baccalauréat en 3 ans (28,4% contre 27,2%), le baccalauréat en 3 ou 4 ans (41% contre 39%), soit une progression de 2 points. La cause ? Les modalités de contrôle des connaissances de Wauquiez ? Les premiers 1000 postes de Fioraso ? Ce sera une bonne nouvelle si ces taux ont continué de progresser pour les bacheliers des années postérieures.

Taux d’obtention de la licence en 3 ou 4 ans pour les bacheliers 2012

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Il est cependant important d’observer que la progression de 2 points pour les bacheliers 2012 par rapport aux bacheliers 2011 ne concerne que les bacheliers généraux. D’une cohorte à l’autre, les taux d’obtention du baccalauréat en 3 ans et en 4 ans a reculé pour les bacheliers technologiques et pour les bacheliers professionnels. Ils étaient déjà très bas pour les bacheliers 2011 de ces filières, ils sont encore plus bas pour les bacheliers 2012, en particulier pour les bacheliers professionnels.

A partir de 2015, Najat Vallaud-Belkacem, ministre, et son secrétaire d’État, Thierry Mandon, n’ont pas fait de réforme de fond de la licence. Ils ont cependant maintenu la ligne, celle de l’absence de sélection à l’entrée de la licence universitaire (pour la ministre, « la sélection est rétrograde »). Ils n’ont pas anticipé la progression des effectifs entrés en licence à la rentrée de 2017. Ils ont cru sauver les meubles en diffusant en urgence une circulaire autorisant le tirage au sort dans les disciplines dites en tension. Cela n’a pas suffi : Admission post-bac a volé en éclats.

Le tapis noir de l’échec en licence se trouve ainsi déroulé pour Frédérique Vidal. Je souhaiterais bien sûr qu’elle réussisse à faire progresser le succès en licence, mais je ne suis pas sûr du tout qu’elle réussisse. Quel financement pour la mise en œuvre du projet de loi : ils sont annoncés, mais pas encore actés par la loi de finances. La création annoncée de 300 000 places supplémentaires dans le supérieur, au cours du quinquennat d’Emmanuel Macron, me laisse sceptique : le coût en serait de l’ordre de 3 milliards d’euros !

Note finale. Il faut saluer initiative du ministère en matière d’information sur la réussite à la licence en 3 ou 4 ans. « L’application Parcours et réussite des bachelières et bacheliers inscrits en licence propose un dispositif interactif d’informations chiffrées fines sur la réussite à l’université. Y sont déclinés, sur la base des observations faites sur les précédentes années universitaires, les principaux indicateurs nationaux mesurant la réussite en licence. Ce sont :

  • d’une part, les indicateurs relatifs au taux de passage de la première à la seconde année, en un an ou en 2 ans.
  • d’autre part, les indicateurs relatifs à la réussite à la licence, soit directement en 3 ans, soit en 4 ans.

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