Construire les formations en santé

Construire une formation santé pour un droit à la santé pour tous, texte de Jacques Haiech, Université de Strasbourg (Laboratoire d’innovation thérapeutique) publié avec l’autorisation de l’auteur. Jacques Haiech avait été candidat à la présidence de l’université de Strasbourg en 2012

 La santé est en train de vivre trois transitions :

  • Le passage d’une médecine qui soigne sans comprendre vers une médecine qui essaie de comprendre pour guérir. Cette transition a été pionnière dans les maladies rares.
  • Le passage du médicament « taille unique » (le même pour tous) vers le médicament « prêt à porter » (selon son appartenance à une population homogène de patients- la médecine stratifiée) pour aller vers le médicament ou le traitement sur mesure (la médecine de précision). Cette stratification puis individualisation des patients a été rendu possible grâce aux développements des techniques dites -omiques et à la baisse drastique de leurs coûts. Les techniques -omiques permettent d’avoir accès à la description de l’ensemble des composants du vivant pour un individu particulier.
  • Le passage d’une médecine de soin à une médecine de prévention. De manière paradoxale, cette médecine de prévention est une médecine mettant l’accent sur une vision de santé globale contrairement à la transition précédente qui pousse vers une individualisation des soins de santé. Cette médecine de prévention s’implémente dans les campagnes nationales de vaccination et de détection de cancers.

Le droit pour tous à la santé passe par :

  • Un accès aux soins indépendant de ses moyens et de sa localisation territoriale,
  • Une couverture sociale que l’on finance selon ses moyens et qui couvre nos traitements selon nos besoins,
  • Un personnel de santé en lien avec la population et qui travaille en équipe pour optimiser le ratio dépenses de santé/maintien d’un état de santé de la population. Rappelons la définition de la santé d’après l’OMS : « La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité ». Cette définition a été adopté en 1946 par 61 états et n’a pas été modifiée depuis.

Un personnel de santé se devrait :

  • D’avoir une relation empathique et/ou compassionnelle et/ou bienveillante avec le malade ou le futur malade,
  • De se considérer comme un professionnel de la santé au sens de l’OMS. Il appréhende le malade dans toutes ses composantes, physique-mentale, sociale et socio-économique (de plus en plus de gens ne pourront plus payer l’accès aux soins),
  • D’être un garant de la bonne utilisation du budget national de la santé. Il se doit d’être indépendant des industriels de la santé. Trop nombreux conflits d’intérêts (cela part du simple visiteur médical, aux abonnements de journaux professionnels, aux publicités, aux petits cadeaux (agendas, stylos, clé usb, etc, difficile à régler)

A partir d’un cadre découlant d’une vision politique du droit à la santé, le colloque aura pour objet d’explorer des voies sur les formations de santé en adéquation et en cohérence avec le droit à la santé que nous défendons.

A titre d’exemples et sans être exhaustifs, les formations en santé à mettre en place pourraient :

  • Permettre dés la première année d’étude un contact avec le malade (d’où une réflexion sur la place de stage en première année- SAMU, SAMU social, immersion chez les pompiers, maisons médicales, …)
  • Permettre une construction progressive du projet professionnel avec spécialisation progressive (suppression de la PACES pour aller vers une licence santé ou un cursus à inventer)
  • Donner les bases pour appréhender la médecine de demain (-omiques, objets connectés, maitrise de l’utilisation et des dangers du big data, sociologie pour la médecine du travail, psychologie, économétrie, éthique, épidémiologie,). C’est le développement de l’esprit critique et les outils intellectuels qui sont mis en avant ici et pas une accumulation de connaissances qui ont une obsolescence presque programmée. (Ceci serait en cohérence avec une licence santé).
  • Promouvoir des rémunérations qui soient en accord avec le reste de la société et qui ne valorise pas le spécialiste au détriment du généraliste,
  • Promouvoir l’installation en équipes de santé de manière homogène sur le territoire. C’est presque le cas pour l’éducation. Pourquoi pas en santé ?
  • Anticiper les nouveaux métiers et un continuum de métiers en santé allant du bac à bac+8 et au-delà. Une réflexion sur la formation professionnelle est centrale sur ce point.
  • Intégrer le rôle des associations de malades
  • Interagir avec les métiers de bouche pour mettre en résonance nutrition et santé. La même réflexion est à mener dans le domaine du sport santé (STAPS !)
  • Accompagner le handicap physique et mental, Si les étudiants handicapés sont pris en charge par les dispositions universitaires générales (qu’il faut améliorer), il n’existe pas ou peu d’enseignements permettant de prendre en compte le handicap et de l’accompagner (équipement de l’habitation, accompagnement psychologique de l’entourage, diagnostic pour éviter le nomadisme médical pour les maladies rares…)
  • Considérer que la médecine du travail est une composante transversale et non pas une spécialité séparée La médecine du travail devrait être appréhendée par l’ensemble des spécialités. Les médecins généralistes sont aussi des experts de société d’assurance ou de mutuelles. Considérer cette problématique de manière globale et en tirer des conséquences sur la formation fait partie du débat à mener.
  • Préparer les équipes santé à avoir un rôle important en épidémiologie (rôle de sentinelle et rôle de formateur). Le réseau dit sentinelle existe (Ce système national de surveillance permet le recueil, l’analyse, la prévision et la redistribution en temps réel de données épidémiologiques issues de l’activité des médecins généralistes libéraux sur huit indicateurs de santé. Il s’intègre aux dispositifs de surveillance mis en place par l’Institut de Veille Sanitaire). Ce système est peut-être insuffisant il faudrait alors le développer, le renforcer. Il faudra réfléchir sur les formations initiales qui permettent aux étudiants de réfléchir sur ces problèmes.
  • Préparer les équipes de santé à réparer les fractures sociales et générationnelle d’accès aux soins. Les séniors ont des pathologies particulières et une distribution sur le territoire spécifique. De même, le problème des équipes de santé en EPHAD, du maintien à domicile sont des questions que l’on se doit d’aborder pour en tirer des conséquences en termes de formation.

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