NCU et parcours personnalisés

Investissements d’avenir, appel à projets ANR (délai 29 mars 2018), Nouveaux cursus à l’université (NCU)

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« palette de licences différenciées, parcours plus flexibles et individualisés, décloisonnement (disciplinaire, entre licences, licences professionnelles et DUT, entre institutions) ».

Retour sur ma chronique du 14 novembre 2017, « Irréaliste personnalisation ». L’appel à projets de l’ANR s’inscrit dans le cadre de la loi « Orientation et réussite des étudiants ». Il accentue les effets négatifs de l’insistance mise sur la personnalisation des parcours.

Illustrations par les cours que j’ai suivis durant ce premier semestre en Histoire médiévale et en Histoire de l’art médiéval à l’université de Strasbourg. Les enseignements de ce semestre viennent de se terminer ; jusque fin janvier, les étudiants vont se confronter aux épreuves de contrôle continu ou de partiel terminal (écrit ou oral). Deux cours (18 et 24 heures) et un TD (12 heures) en Licence 2, deux cours de Master 1 (24 heures et 12 heures).

La réduction de la durée des cours et TD (réduction à 18 ou à 12 heures alors que des cours de 36 heures existaient encore dans les 5 dernières années) est la conséquence de réductions budgétaires imposées et de la diversification de l’offre de formation, la conséquence et la cause d’une multiplication du nombre de cours. Un enseignant dont les cours sont réduits en durée doit, pour assurer sa charge de service d’enseignement, dispenser d’autres cours ; s’il est professeur ou bon négociateur, il les crée dans son propre domaine de recherche, n’étant pas tenu de respecter une Accréditation qui n’a plus aucun contenu !

La multiplication des enseignements de courte durée entraîne une multiplication des cours pour les étudiants (pour ne pas être trop en-dessous d’une année à 500 heures), et donc une multiplication des contrôles continus et des examens terminaux. Alors que le nombre de semaines d’enseignement par année devrait être de 36 (c’est ce que prévoit le statut de 1984 : 128 heures de cours magistral – 32 semaines x 4 – ou 192 heures de travaux dirigés), rares sont les universités à même d’avoir des semestres de 12 semaines. Dans le même temps, le nombre de semaines dédié aux contrôles progresse et devrait mécaniquement encore progresser avec la personnalisation des parcours (éviter les chevauchements ou faire des examens de rattrapage quand les étudiants ont subi des chevauchements).

Autres effets négatifs de la personnalisation des parcours :

  • accroissement des inégalités entre étudiants : ce sont les étudiants à temps plein qui devraient pouvoir tirer profit de la personnalisation ; les autres étudiants se feront un horaire personnalisé… en fonction de leurs horaires de travail salarié.
  • impossibilité de garantir un niveau homogène de compétences au terme de la licence ou du master. J’ai beaucoup de compassion pour les historiens médiévistes : leurs enseignements doivent couvrir un millénaire, autant dire que leurs cours font des impasses énormes et qu’il n’est pas dit que la culture historique des étudiants progresse un tant soit peu en licence !
  • illisibilité croissante des parcours pour les employeurs et les recruteurs…

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Classé dans AE. Histoire médiévale, AI. Art médiéval et moderne, C. Grand-Est (Alsace Lorraine Champagne-Ardenne), E. Sciences humaines et sociales

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