Toujours plus de technocratie

La Convention du 29 décembre 2017 entre l’État et la Caisse des dépôts et consignations relative au programme d’investissements d’avenir (PIA3, action Sociétés universitaires et de recherche) est effrayante. Elle est digne d’être classée tout en haut du livre des records de la technocratie envahissante. Elle va à l’encontre des politiques de simplification administrative, vantée par les discours de la technocratie elle-même. Cette convention a au moins sept tares.

1ère tare de la convention : elle veut embrasser trop d’objectifs pour bien étreindre chacun d’entre eux.

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Point 1.1.3. « Renforcer les liens des établissements avec leur environnement socio-économique. L’action  Sociétés universitaires et de recherche peut venir en soutien de toute démarche de valorisation du patrimoine matériel et immatériel des établissements dès lors que celle-ci repose sur un modèle économique, associe des investisseurs privés et offre la perspective d’un retour sur investissement. Sont notamment concernées les opérations conduites en partenariat avec des entreprises ou des associations : construction et/ou gestion de plates-formes technologiques, d’hôtels d’entreprises liés à une activité de recherche, d’incubateurs, d’usines-écoles, développement de start-up, activité de soin clinique, édition, exploitation de bases de données ou de collections, vente de produits ou de services issus de la recherche »…

2ème tare de la convention : un financement dérisoire (50 millions d’euros pour chacune des années 2018, 2019, 2020, 250 millions d’euros pour les années ultérieures). Pourquoi les universités qui bénéficient déjà des financements des initiatives d’excellence mouilleraient-elles leur organisation et leur personnel pour créer une ou plusieurs sociétés universitaires et de recherche. Pourquoi vouloir obtenir 3 à 5 millions de fonds propres aux fins de développer par exemple la formation continue, fonds qu’il faudra restituer à l’opérateur (la Caisse des dépôts) au titre du retour sur investissement ? La technocratie pousserait-elle désormais au masochisme ?

3ème tare de convention : l’incertitude du statut juridique. Point 1.2. « Les sociétés universitaires et de recherche peuvent revêtir différentes formes juridiques, à l’exclusion des Sociétés d’économie mixte (SEM) ».

4ème tare de la convention : la technocratie multiplie les places (dont celles concernant les fonctions de coordination et d’évaluation) et les charges salariales afférentes. Le tableau ci-dessous montre la multiplicité des structures politico-administratives concernées, la répartition de jeux de rôles hiérarchisés (informé, avisé, participant, en charge). Ce n’est même pas risible !

5ème tare de la convention : la création d’un comité d’engagement composé seulement de technocrates de niveau élevé, fort loin de la connaissance des réalités de terrain. Une structure de plus. On se demande bien pourquoi ce n’est pas l’Agence nationale de la recherche qui organise la logistique de cette opération du PIA 3.

6ème tare de la convention. Cette convention est tellement compliquée à mettre en œuvre qu’on se demande quand les premiers euros arriveront dans les caisses des Sociétés universitaires et de recherche.

7ème tare de la convention. Un calendrier de publication qui risque d’engendrer de la confusion dans les établissements. Cette convention du 29 décembre sur les Sociétés universitaires et de recherche a été précédée d’une convention du 22 décembre 2017 entre l’Etat et l’Agence nationale de la recherche relative au programme d’investissements d’avenir (action Grandes universités de recherche).

Pour aller plus loin : toutes les chroniques du blog sur les investissements d’avenir.

2 Commentaires

Classé dans Non classé

2 réponses à “Toujours plus de technocratie

  1. Marianne

    C’est dommage. Rapprocher universites et entreprises était une bonne idée mais la on ne comprend rien a ce que recouvre ce projet
    A vouloir embrasser trop de choses : valorisation du patrimoine immobilier, formation continue, innovation on fait n’importe quoi…

  2. Marianne

    Ceci dit c’est une des premières fois qu’il est dit explicitement qu’on veut différencier les établissements de recherche…

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