Loi ORE, Mutzenhardt et Bertram

30 janvier 2018, Conseil d’administration de l’université de Lorraine. Un des points à l’ordre du jour : certaines modalités de la mise en œuvre de la loi Orientation et Réussite des Étudiants (dite loi ORE). Le conseil ne se déroule pas comme prévu par le président Pierre Mutzenhardt. Il est en effet bloqué par une délégation de l’UNEF.

A 12 heures 34, le président, dans « un souci de transparence », informe les personnels de cet état de fait (courriel 1). Une heure et demie plus tard, Wolfgang Bertram, département de mathématiques, lui renvoie l’ascenseur, critiquant la mise en œuvre de la loi, sans langue de bois (courriel 2).

Courriel 1.

  • Président de l’Université de Lorraine
  • Objet: Conseil d’Administration du 30 janvier
  • courriel du 30 janvier 2018 12:34
  • aux membres des Conseils et aux personnel

« Mesdames, Messieurs, chers Collègues. Le CA du 30 janvier s’est ouvert ce matin en déroulant les points inscrits à l’ordre du jour.

Au moment de l’examen du point « Plan Étudiants et nouveaux cursus à l’Université », une délégation de l’UNEF s’est introduite en salle du Conseil pour porter des revendications relatives à la loi Orientation et Réussite des Etudiants.

Après un temps d’écoute puis d’échanges en séance avec la délégation, j’ai proposé aux administrateurs de reporter le débat et le vote du point relatif à la « validation des tableaux de modalité d’admission et des capacités d’accueil pour la rentrée 2018 » afin de pouvoir poursuivre notre séance.

Dans un souci de transparence, j’ai aussi rappelé la position de notre établissement concernant, d’une part, l’accueil de l’ensemble des futurs bacheliers lorrains (c’est-à-dire l’ouverture des capacités d’accueil suffisantes dans nos filières) et, d’autre part, l’important travail d’information en direction des lycéens pour leur permettre un choix éclairé dans leur orientation.

La délégation présente a cependant préféré bloquer la tenue des débats sur les autres points de l’ordre du jour ne permettant pas, entre autres, les votes sur les points relatifs à :

  • La Formation et à l’Insertion Professionnelle : évolution de la carte de l’implantation des IUT, calendrier pédagogique de l’année… ;
  • La gestion des Ressources Humaines : examen de la mise en œuvre du dispositif PPCR, la valorisation du parcours professionnel des agents contractuels et le plan de formation 2018 des personnels ;
  • La Vie Universitaire : le schéma directeur du handicap et l’évolution des critères du soutien au projet étudiants (FSDIE).

Des points statutaires n’ont également pas pu être examinés.

Je regrette profondément la méthode utilisée, d’autant plus que des propositions ont été faites en séance concernant le point relatif aux revendications. Je souhaitais porter à votre connaissance ces informations. Pierre Mutzenhardt.

Courriel 2.

  • From: Wolfgang Bertram
  • To: Président de l’Université de Lorraine  et Listes Expression libre
  • Date: 30 janvier 2018, 14 heures 07
  • Subject: Conseil d’Administration du 30 janvier.

Monsieur le président, bonjour à tous. Comme je me suis exprimé, vendredi dernier sur « expression libre », à propos du sujet du projet de loi « orientation et réussite des étudiants », je me permets de répondre à votre message.

Le gouvernement a choisi d’ouvrir la plateforme « Parcoursup » avant que cette loi soit votée, et a ainsi préféré d’agir vite, au lieu de laisser le temps nécessaire de discussion et de prise de décision démocratique. De très nombreuses organisations, représentants des UFR, des départements d’enseignement, et des syndicats, ont émis de fortes réserves envers ce projet : voir le site de Sauvons l’université et le site de la FCPE, ou d’autres sources.

Vu cette précipitation du gouvernement, la réaction des syndicats d’étudiants d’empêcher le vote au CA de ce matin ne me semble pas disproportionnée.

Vous allez peut-être rétorquer qu’à l’université de Lorraine, tout ira au mieux et dans le sens des étudiants – comme dit dans un message du directeur UFR SHS à Metz de vendredi dernier, je cite : En résumé : n’ayez pas d’inquiétude, vous pouvez rassurer les lycéens (pour ceux/celles qui participent à la promotion de notre offre de formation SHS) et vos collègues : ce « Plan étudiant » ne va rien changer à notre fonctionnement habituel. Déjà cette phrase fait sourire : qui pourrait bien s’inquiéter de ce beau plan que ne veut que notre bien ? Mais, et surtout, cela veut dire confondre des questions tactiques et d’ordre pratique avec des questions de principe.

Sur le plan pratique, en effet, en SHS, mais aussi en Sciences et Technologies, on continuera à accepter tout le monde – on n’aura ni le temps de regarder les dossiers, ni les moyens d’ouvrir des cursus aménagés, donc aucun changement à notre « fonctionnement habituel ».

Mais les critiques mentionnées ci-dessus sont des critiques de principe, et pas de principes anodins, mais bien fondateurs du système de l’enseignement supérieur français. Un changement de ces principes nécessite débat, et ce débat n’a pas encore eu lieu, ni à l’UL, ni au niveau national.

Bien cordialement, Wolfgang Bertram. Institut Elie Cartan de Lorraine, Département de Mathématiques.

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