Pas de « classement » à Montaigne

C’est de plus en plus la pagaille pour la mise en œuvre de ParcourSup.

L’article D. 612-1-12 du projet de décret sur les règles de fonctionnement de la procédure nationale de préinscription pour l’accès aux formations initiales de 1er cycle prévoit un classement des candidats admis par la commission d’examen de la formation. Mon commentaire en fin de chronique.

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Actualisation 7 mars 2018. CNESER du 6 mars : « précision concernant le rôle de la commission d’examen des candidatures que doivent mettre en place les établissements : pour les filières en tension, la notion de classement est remplacée par celle d’ordonnancement des candidatures ». Quelle différence entre « classement » et ordonnancement » ?

Le CA de l’université de Bordeaux Montaigne a décidé, pour les filières non sélectives, non soumises à capacité d’accueil, de ne pas classer les candidats admis, ce qui induit une autre décision : celle de ne pas proposer de parcours adaptés (cf. la chronique précédente, Pas de « OUI, SI » à Poitiers). La courageuse présidente de Montaigne, Hélène Velasco, s’en explique dans un courriel de ce jour adressé aux personnels.

Chères et chers Collègues, L’actualité est suffisamment chargée et mouvante pour que je m’adresse à vous afin de vous informer d’une prise de position de notre établissement. Elle concerne la mise en place de la plateforme de Parcoursup pour l’accueil des étudiants de première année à la prochaine rentrée universitaire (dans le cadre de la loi orientation et réussite des étudiants).

Comme vous le savez, les filières en tension dans notre université feront l’objet de capacités d’accueil limitées comme par le passé.

Pour les autres filières, nous avons collectivement décidé d’ouvrir largement nos capacités d’accueil (qui connaissent des niveaux de tension moindre) afin de répondre à la hausse démographique et d’accueillir tous les étudiants. Il a alors été proposé aux directions de département et d’UFR de ne pas procéder à un tri des candidatures d’étudiants, mais de classer tous les postulants ex aequo. Une demande en ce sens a été faite au ministère. La réponse a été négative au motif que la nouvelle plateforme Parcoursup ne le permettrait pas, ce qui nous imposerait d’opérer un classement des dossiers, quand bien même nous accueillerions tous les étudiants. Outre que l’argument ne peut nous convaincre, il nous paraît contre-productif de demander aux collègues enseignants et Biatss de l’établissement d’effectuer des tâches qui ne serviraient finalement à rien. Les uns et les autres ont suffisamment à faire sans que soient rajoutées des charges supplémentaires.

J’ai donc indiqué en CA ce mercredi 28 février et à la CFVU ce jeudi 1er mars la position politique de l’équipe présidentielle qui a été favorablement accueillie : nous n’effectuerons pas de classement des dossiers d’étudiants pour les filières qui ne sont pas en tension. Il en va d’une position à la fois éthique et pragmatique. J’ai prévenu immédiatement le Recteur ainsi que le conseiller de la Ministre de notre position. L’écoute a été favorable et nous attendons une réponse dans les jours à venir.  Je remercie d’ores et déjà tous les acteurs du travail effectué pour la préparation de la rentrée dans ces difficiles conditions et vous tiendrai informés des suites données probablement dans les prochains jours.

Ce travail collectif nous a permis, pour préparer cette rentrée qui nous préoccupe, d’obtenir auprès du rectorat les moyens que nous avions chiffrés pour accueillir les étudiants à la rentrée. Après un temps d’échanges et de négociations, il nous a été attribué l’équivalent en masse salariale de 4 postes d’enseignants affectés à des départements ayant particulièrement besoin de forces nouvelles pour assurer le mieux possible la prochaine rentrée ; nous aurons aussi le financement des heures complémentaires correspondant à nos besoins nouveaux.

Ces divers points me semblaient suffisamment importants pour que je vous en fasse part au plus vite. Notre préoccupation principale reste que l’université s’ouvre largement à l’accueil du plus grand nombre dans un environnement de qualité, où chacun puisse trouver sa place.

Avec l’expression de mes cordiales salutations, Hélène Velasco-Graciet, Présidente de l’université.

Un seul commentaire : le bout de phrase de l’article D. 612-1-12 du projet de décret imposant un « classement des candidatures admises à proposer au chef d’établissement » va-il disparaître de la version définitive du décret ? Je pense sincèrement que le ministère ne peut que céder face à ce rapport de forces créé par l’université de Bordeaux Montaigne. Un des arguments employés par Hélène Velasco est imparable, sauf à stigmatiser la Ministre, elle-même ancienne présidente d’université : « il nous paraît contre-productif de demander aux collègues enseignants et Biatss de l’établissement d’effectuer des tâches qui ne serviraient finalement à rien. Les uns et les autres ont suffisamment à faire sans que soient rajoutées des charges supplémentaires ».

Bien sûr ou hélas, Frédérique Vidal ne peut se permettre de faire de l’humour et de proposer que le classement des candidats admis fasse l’objet d’un tirage au sort !

5 Commentaires

Classé dans C. Nouvelle Aquitaine (Aquitaine Poitou Charentes)

5 réponses à “Pas de « classement » à Montaigne

  1. HE

    Quel intérêt de ne pas classer les candidats lorsqu’il ne s’agit pas de filières en tension? Tout le monde est pris sauf s’ils ne sont pas à la hauteur des attendus…

  2. Christophe Bonnet

    En fait la version modifiée hier du décret (l’administration a, en gros, intégré dans son texte une proposition du Sgen-CFDT) permet précisément cela: si le nombre de candidatures est inférieur aux capacités d’accueil (ou s’il n’y a pas de capacités d’accueil) il ne sera pas nécessaire de classer. C’est dans le cas où il y a des candidatures en attente qu’il faut un classement (ou un ordonnancement) afin de faire remonter les candidats lorsque les places se libèrent.

    A noter que la question des « oui » et « oui si » est sans rapport avec la question du classement.

    • Eric

      L’amendement ne sert à rien: toutes les formations sur parcoursup, même celles qui ne sont pas en tension, ont dû entrer une capacité d’accueil (même théorique) qui est très largement inférieure au total des candidatures et l’application mettra en attente tous ceux qui dépasseront ce chiffre en attendant les désistements. On ne voit pas comment elle va procéder pour choisir ceux qui vont être dans la première vague et ceux qui seront en attente, s’il n’y a pas de classement: à moins qu’elle tire au sort en cachette!
      Ce qui fait qu’on a créé une machine infernale pour les formation qui ne sont pas en tension: elle va créer du stress inutile pour les jeunes ou les inciter parfois à se précipiter sur une formation où ils ne sont pas « en attente » pour être sûrs d’avoir une place alors que ce n’est pas leur priorité; et les équipes pédagogiques vont finir par classer n’importe comment puisqu’il le faudra bien et qu’elles n’ont ni le temps ni les moyens pour examiner la multitude des dossiers.

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