De Mai 68 à la loi Faure (11/68)

Exposition Mai 68 en Alsace, Bibliothèque Nationale et Universitaire de Strasbourg, jusqu’au 7 octobre 2018. Première visite de l’expo en début d’après-midi et premières photos.

Cliquer sur les images pour les agrandir

L’exposition a créé chez moi un certain malaise. Autant le contexte des années précédant le mouvement étudiant à Strasbourg (l’AGFES conquise pour le mouvement situationniste !) et le déroulement des journées de mai sont présentés clairement et avec des photos, des documents pertinents et le plus souvent inédits (au moins pour moi), autant je ne comprends pas les raisons d’un oubli fâcheux.

Je m’attendais en effet à ce qu’une partie de l’expo soit consacrée aux résultats, à l’impact du mouvement pour l’Université en général (la loi Faure de novembre 1968) et pour l’université de Strasbourg en particulier (la scission en trois universités : Louis Pasteur, Robert Schumann, Marc Bloch, scission qui allait durer jusqu’en 2009).

Voici ce que j’ai trouvé dans mes archives personnelles sur l’enseignement supérieur au cours de l’année 1968 (document de 8 pages).

Extrait de ce document. Loi d’orientation de l’enseignement supérieur (loi Faure du 12 novembre 1968). Elle ne s’applique qu’aux universités et aux établissements qui leur sont rattachés (et non à tous les établissements post-baccalauréat). Elle est votée à l’unanimité (moins 36 abstentions) par le Parlement. Elle comporte 46 articles.

– titre I. Double mission des enseignements supérieurs : ouvrir l’accès de la culture à ceux qui en ont la vocation et la capacité, répondre aux besoins de la nation dans tous ses domaines d’activité en préparant les étudiants à y faire face et en offrant aux adultes les ressources de l’éducation permanente.

titre II. Structures de l’université. Création d’un nouveau statut d’établissement public : l’établissement public à caractère scientifique et culturel (EPCSC); substitution du contrôle à posteriori dans la plupart des cas au contrôle a priori; création des UER et des services communs; création d’UER à statut dérogatoire (UER médicales, IUT, certaines écoles et Instituts dont l’IEP).

titres IV à VII. Quatre principes fondamentaux : autonomie, participation, pluridisciplinarité, objectivité du savoir liée à la tolérance des opinions

  • pluridisciplinarité : suppression des facultés; création d’UER homogènes (623 créées enquelques mois) et reconnaissance de ces UER par le ministre; création de pré-universités pluridisciplinaires à l’initiative des UER et reconnaissance par le ministre (le processus sera clos par les décrets de 1970). Pluridisciplinarité institutionnelle, pédagogique et professionnelle (contenu des diplômes préparés). Introduction du système des Unités de Valeur et contrôle continu des connaissances
  • autonomie des universités en matière statutaire (nécessité d’une majorité des deux tiers pour voter les statuts), financière (contrôle a posteriori, globalisation des ressources affectées aux établissements, diversification des financements) et pédagogique (possibilité de créer des diplômes d’université)
  • participation : instauration d’un système de participation au niveau des UER et de l’université, y compris de participation étudiante et de personnalités extérieures (1/6ème); conseil d’université composé de délégués désignés par les conseils d’UER; président élu pour cinq ans par le conseil d’université (au lieu d’un recteur nommé au niveau de l’académie), mandat non renouvelable, incompatibilité des fonctions de président et de directeur d’UER, impossibilité de révocation par le conseil ou par le ministre, fonctions de direction (préparation du budget, ordonnateur des dépenses et des recettes, gestion du patrimoine, présidence du conseil d’université, responsable de la sécurité…); possibilité par dérogation d’élire comme Président une personnalité extérieure à l’université; conseils d’UER : nombre de sièges étudiants dépendant du quorum aux élections mais disposition qui n’existe au niveau du conseil d’université.

abolition des chaires et augmentation du nombre des professeurs pour rattraper partiellement le déséquilibre hiérarchique.

création des Conseils Régionaux (jamais mis en œuvre) et National de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche (CNESR) : ce dernier a pour fonction, auprès du ministre, de préparer la planification de l’enseignement supérieur, de faire des propositions sur l’harmonisation des statuts des établissements, sur les conditions de la délivrance des diplômes nationaux, sur les méthodes de répartition des moyens financiers entre établissements.

question de l’accès aux universités : absence de sélection à l’entrée. Edgar Faure est hostile à la thèse des planificateurs (adapter le nombre des étudiants formés aux besoins de l’appareil économique et aux flux qui en découlent) et à la thèse laissant la responsabilité de la sélection à chaque université. Il est partisan d’ouvrir les portes de l’université à des non-bacheliers.

Comme d’habitude pour les expositions de la BNUS : un catalogue de l’exposition, beau, bien fait et pas trop cher (24 euros).

 

5 Commentaires

Classé dans B. Photos, C. Grand-Est (Alsace Lorraine Champagne-Ardenne), F. 19ème et 20ème siècles

5 réponses à “De Mai 68 à la loi Faure (11/68)

  1. girost

    Bonjour,

    La loi Faure et la création des trois universités strasbourgeoises en 1970 sont mentionnées dans la dernière partie de l’exposition sur les luttes de l’après-Mai. Effectivement nous ne détaillons pas cette loi car elle dépasse très largement le cadre local que nous avons choisi et qui est traité ici pour la première fois. S’agissant du mouvement étudiant alsacien – et surtout strasbourgeois – nous avons donc mis en avant l’occupation de la rue et de l’Université par les étudiants, la création d’un Conseil étudiant (puis Conseil universitaire), la déclaration d’autonomie à l’égard de la tutelle (l’Université autonome strasbourgeoise est la première à se déclarer telle), les nombreuses réflexions sur la réorganisation de l’Université etc. à travers en effet de nombreux documents inédits. L’article de Richard Kleinschmager dans le catalogue de l’exposition éclaire et complète le traitement du sujet.

    J’ajoute que nous avons fait le même choix pour le mouvement social: les accords de Grenelle sont évoqués mais nous ne les détaillons pas car ils dépassent également notre cadre.

    Si nous avons développé l’épisode situationniste de 1966-67 comme vous le notez, c’est qu’il prend place à Strasbourg: c’est effectivement le bureau de l’AFGES contrôlé par des étudiants contestataires en lien avec des membres de l’Internationale situationniste qui vont publier le pamphlet De la misère en milieu étudiant (et prolonger cette publication par des actions et des déclarations qui vont scandaliser: annonce de la liquidation de l’AFGES, fermeture du BAPU etc.)

    J’espère que ces quelques précisions précisent notre démarche, bonne journée,
    Geoffrey Girost.

    • Merci, Geoffrey, pour ces précisions.

      Néanmoins, j’estime qu’il vous aurait fallu aborder la question d’un des impacts de la loi Faure : la scission de l’université de Strasbourg en 3 universités. C’était bien un évènement local durable, issu d’une une décision locale (en Lorraine, il n’y a eu que deux universités, en Champagne-Ardenne, l’université n’a pas connu de scission)

      Je crois que vous n’auriez pas eu de difficultés à trouver des documents (les PV de conseil) et des images. On ignore même qui ont été les 3 premiers présidents et pourquoi eux….

      A part cela, les qualités de l’exposition l’emportent largement sur ce défaut. De plus, il fallait oser cette exposition : beaucoup aimeraient enterrer définitivement le mouvement de mai 68 !

      • girost

        Entendu, merci pour votre message.

        La création des trois nouvelles universités strasbourgeoises est mentionnée mais nous ne la développons pas. Dans cette partie, nous avons en effet souhaité évoquer la poursuite de la contestation (étudiante mais aussi lycéenne) par exemple au travers de la mobilisation contre la loi Debré au printemps 73 (sur les sursis militaires).

        Pour le reste, ce n’est en effet pas une question de disponibilité de documents mais plutôt de place (et donc de choix). Pour aller très vite, il était important pour nous de replacer mai-juin 68 dans une chronologie plus large d’une décennie de luttes dont ce mouvement est le moment phare. Cela implique d’évoquer l’accumulation des difficultés à l’Université avant les journées de Mai (explosion des effectifs étudiants, crise des résidences universitaires, problématique de la sélection déjà souhaitée par de Gaulle, mobilisation contre la guerre au Vietnam) et le « scandale de Strasbourg ». Cela suppose aussi d’illustrer la poursuite de la contestation dans les années 70 (durcissement des luttes sociales, poursuite de la mobilisation de la jeunesse) qui prend aussi de nouvelles formes (lutte antinucléaire, renaissance des mouvements culturels, développement d’une presse contestataire).

        Par ailleurs, une de nos autres orientations était de ne pas sous-traiter le mouvement social, même s’il s’avère modéré en Alsace, et de dépasser ce cliché qui réduit parfois Mai 68 à un mouvement étudiant (et parisien). Évoquer la réaction gaulliste était également incontournable.

        Au bout du compte la matière est si riche qu’il est difficile de tout traiter, aussi l’après-Mai 68 n’est qu’illustré à travers une trentaine de documents. Voilà qui éclaire rapidement notre approche.

        Bon week-end,

        G.

      • Decanus

        Un peu difficile pour l’Université de Reims de connaître une scission en 1968: elle n’a été fondée qu’en 1971…

      • J’adore quand, comme moi, vous vous mettez à donner des leçons. En 1971, la création de deux universités aurait été possible ; ce ne fut pas le cas.

        Étapes de la refondation de l’université. « La faculté des sciences (1961), le Collège littéraire universitaire (1964), le Collège universitaire de droit et de sciences économiques (1966), l’institut universitaire de technologie de Reims (1966), la faculté mixte de médecine et de pharmacie (1967), l’École nationale de chirurgie dentaire (1970) sont les éléments successifs à partir desquels l’université de Reims s’est constituée en 1971 ».

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