Former au travail universitaire

Université de Strasbourg, Institut de développement et d’innovation pédagogiques (IDIP créé en 2013), Guide pour l’enseignement de la méthodologie du travail universitaire, août 2018, 48 pages.

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Extrait de la préface du guide, rédigée par Benoit Tock, Vice-Président Formation. L’enseignement de la « Méthodologie du Travail Universitaire » occupe une fonction essentielle aujourd’hui. Trop d’étudiants arrivent à l’université sans avoir acquis les méthodes de travail qui leur permettent de rendre fructueux leur travail. C’est bien cela que vise la MTU : donner aux étudiants une maîtrise minimale des méthodes de travail, leur faire acquérir ce que nous pourrions appeler les « compétences universitaires de base », celles qui leur permettront de réussir leurs études supérieures.

Acquérir vingt compétences de base (encadré ci-dessous). Ce guide, techniquement bien fait, me laisse rêveur pour plusieurs raisons.

  • Je m’étonne que les bacheliers admis à l’université n’aient pas déjà une « maîtrise minimale de ces méthodes de travail ». Les enseignants de lycée vont être contents d’apprendre qu’ils n’ont pas fait leur boulot.
  • Les nouveaux-entrants ne vont pas lire ces 46 pages. Ils ne vont pas davantage, hélas, lire un premier ouvrage ou un premier article de la bibliographie de leur formation, ou encore le cours de l’année précédente, car ces outils de connaissance ne leur sont pas encore accessibles sur la plate-forme à distance MOODLE.
  • Ce guide, s’il est un jour utile aux étudiants, ne servira qu’aux meilleurs d’entre eux, i.e. d’abord à celles et à ceux qui mènent des études à plein temps. Ce fut le cas pour le tutorat assuré par des moniteurs, même si aucune étude scientifique ne l’a démontré (en fait une recherche rigoureuse par suivi de cohortes et groupes-témoin n’a jamais été mise en œuvre).
  • L’acquisition de ces compétences transversales fait l’objet d’un enseignement par des enseignants titulaires. Un exemple pour la licence d’histoire : 6 groupes d’étudiants au 1er semestre (huit heures dispensées dans chaque groupe). Le coût pour la Faculté n’est donc pas excessif. Mais énorme surprise : il s’agit d’une unité d’enseignement valant 3 ECTS ; il y aura donc un contrôle des compétences acquises, ou plutôt une vérification de ce qui a été mémorisé par les étudiants au terme des huit heures. En aucun cas, il ne pourra y avoir de contrôle d’acquisition des compétences réelles sur chacun des 20 items. Résultat : ce ne sera pas coûteux mais ce sera quand même un gaspillage de ressources financières. Mais l’important n’est-il pas de proclamer que ce module existe et que l’université multiplie les initiatives pour faire réussir les étudiants. Communication, communication…

Au final, dans l’enseignement supérieur, le discours sur les compétences gagne du terrain (compétences transversales, compétences universitaires de base, compétences partagées, portefeuille de compétences…). Or l’acquisition de compétences ne figure pas dans les missions du service public de l’enseignement supérieur (article L 123 du Code de l’éducation). La montée en puissance des compétences dans l’univers de l’ESR est le fruit des discours patronaux, managériaux, libéraux, néolibéraux, relayé par les soi-disant élites managériales universitaires.

Ce discours supplante celui sur les savoirs et les savoir-faire, sur le diplôme attestant une qualification professionnelle, garantissant une classification dans une convention collective. Un exemple pour me faire comprendre : chronique du 29 janvier 2018 Naïves associations de docteurs.

Le monde ancien est mort. Le nouveau monde de l’enseignement supérieur public est irritant, pour ne pas dire effrayant.

Pour aller plus loin : Lettre d’information de l’IDIP.

3 Commentaires

Classé dans C. Grand-Est (Alsace Lorraine Champagne-Ardenne)

3 réponses à “Former au travail universitaire

  1. Levron

    Cher Pierre Dubois,

    Je viens de lire ce billet et de télécharger ledit guide. J’ai une petite question: Ce module est-il optionnel ou inclus obligatoirement dans le cursus de la L1?

  2. Je n’ai vérifié que pour la licence d’histoire. Il s’agit bien d’une Unité d’enseignement obligatoire, valant 3 ECTS; Page 5 du guide sur la licence d’histoire http://histoire.unistra.fr/uploads/media/_2__lic_Histoire_2018-19__2707.pdf

  3. Cher Pierre Dubois,

    J’ai lu avec intérêt votre article consacré à la Méthodologie du Travail Universitaire. Sans vouloir polémiquer sur le fond, je me permets de vous signaler une erreur et un oubli:

    – la MTU comporte, pour la licence en histoire, 24 heures d’enseignement, et non 8. Il faut comprendre, dans le tableau que vous avez publié, qu’il y a pour chaque groupe une salle valable pour l’ensemble du semestre, sauf les semaines du 21 septembre au 12 octobre.

    – la formation aux compétences n’est en effet pas mentionnée dans l’article L123 du code de l’éducation, mais celui-ci est très général (« formation initiale et continue »). L’arrêté licence du 30 juillet dernier en parle en revanche abondamment.

    Cordialement,

    Benoît Tock
    Vice-président Formation
    Université de Strasbourg

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