1er cycle : un rapport insensé

Concertation sur la professionnalisation du 1er cycle post-bac, commandée par Mme la Ministre Frédérique Vidal, MESRI, automne 2018.

Restitution le 31 janvier 2019, 39 pages. Rapporteurs :

  • Rodolphe Dalle, directeur de l’IUT de l’université de Nantes, président de l’ADIUT
  • François Germinet, président de l’université de Cergy-Pontoise, ex-président de la commission Formation et insertion professionnelle de la CPU (F. Germinet, chroniques du blog).

Depuis 2009 (date de la création du blog), je n’ai jamais lu un rapport de mission aussi dénué d’intérêt. Il faut tout de suite le jeter à la poubelle ou le cacher dans une armoire inaccessible.

Dès qu’un rapport annonce vouloir simplifier l’offre de formation, les parcours de formation, l’organisation des formations, vouloir améliorer l’insertion professionnelle après diplomation, je tire à vue.

En France, vouloir simplifier aboutit à complexifier. Le défi est de rendre encore plus illisible l’illisibilité actuelle (14 235 formations post-bac sur ParcourSup 2019). Les deux rapporteurs y sont parvenus avec un grand brio.

Ils auraient été encore plus performants dans la course à la complexification s’ils n’avaient oublié :

  • le parcours traditionnel de professionnalisation en 1er cycle : CPGE puis Grande (ou petite) école d’ingénieurs ou de commerce (c’est pourtant le parcours qu’a suivi François Germinet)
  • la consolidation de ce parcours à la rentrée 2019 : près de 400 prépas intégrées
  • le développement rapide des bachelors.

Leur rapport est réactionnaire. Il n’imagine pas une seconde que les STS et les IUT pourraient, devraient disparaître, fusionner pour simplifier le parcours de professionnalisation en 1er cycle. Rappel : quand les IUT ont été créés, il était annoncé la fermeture progressive des STS !

Le rapport est réactionnaire. Quand on lit le tableau ci-dessous, on a envie de se pincer. Il fige une situation dont on a envie, depuis la création du LMD en 2002, qu’elle disparaisse, tant elle signifie un gaspillage de moyens humains, financiers, immobiliers.

Complexification : la création d’une sortie à bac+1, qui n’est ni une passerelle, ni une année zéro. Ridicule !

Et bien sûr, Rodolphe Dalle, étant directeur de l’ADIUT et co-rapporteur, est recommandée la création d’un DUT en 180 ECTS. La revendication d’une licence technologique en 3 ans est une revendication fort ancienne des IUT. Elle aurait dû être acceptée très vite après la mise en œuvre du Bac+3 et du Bac+5 à partir de 2002. Pourquoi, Frédérique Vidal et Jean-Michel Blanquer, le vrai patron, l’accepteraient-ils aujourd’hui ? D’autant que le rapport, pour une fois, ne manque pas de culot : « cette formation reste l’exclusivité des IUT ». Sont pas gonflés les 2 rapporteurs !

Le rapport Germinet-Dalle est, n’est qu’un rapport d’étape. Les deux compères n’ont donc pas fini de ne rien imaginer d’innovant. Leur mission n’est qu’un os à ronger. Surtout agitons-nous pour maintenir le statu quo, synonyme d’un assassinat de l’université.

4 Commentaires

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4 réponses à “1er cycle : un rapport insensé

  1. Jean Magagnosc

    Vous dites : « Il faut tout de suite le jeter à la poubelle ou le cacher dans une armoire inaccessible. »… mais n’est-ce pas la destination de la majorité des rapports, mémoires … que ce soit dans les grands organismes, le Parlement, ou autre … et ce sont aussi des sources de revenus complémentaires pour ceux qui oint à le faire, ou ce sont les moyens « d’utiliser » les Conseillers d’Etat… Et il y en a tellement de mauvais, redondants … que finalement on ne voit pas passer les BONS RAPPORTS!! A noter que pour ce qui est des « rapports spéciaux », voilà un exemple édifiant (voir post du 5 février à 8h09
    https://www.facebook.com/Transparence-dans-la-vie-universitaire-à-Poitiers-1664356837148364/

  2. Pingback: Concertation sur la professionnalisation du 1er cycle post-bac : deux esquives majeures – Docs en stock : dans les coulisses de la démocratie universitaire

  3. Henri Gaston

    Tout a fait d’accord avec votre avis. Après lecture (de ce document dans le pur style « jargonneux » et « techno ») il semble, en effet, urgent de rapporter le statu quo.
    Sur l’inutilité consommée des IUT (aménagement du territoire des villes moyennes ?) j’ajouterai, pour un éventuel rappel, qu’il s’agit de véritables niches (couteuses et inéquitables) exploitées – à juste titre – par les bons lycéens … qui ne manqueront pas de poursuivre leurs études en Master. Le vrai courage serait d’allouer tous les moyens du réseau IUT dans une véritable réforme du premier cycle…