Bernard Bolo. La passion des mots

S’il existe un Au-delà, je suis sûr que mon ami Bernard Bolo y est entré en adressant un bon mot à Saint-Pierre : « pour ton martyre, tu as été cloué sur une croix, la tête en bas ; pas trop de tournis ? »

Cliquer sur les images pour les agrandir

Bernard était un universitaire qui aimait viscéralement les mots. En début de carrière, il ne s’est pas contenté d’un Capes de Lettres classiques ; il a persévéré et s’est formé à la linguistique. Il a enseigné dans l’université de Nantes (créée en 1460 par la bulle du pape Pie II à la demande de François II, duc de Bretagne). Enseigner à la Fac, oui ! Mais il aimait aussi l’enseignement appliqué en orthophonie.

J’ai retrouvé en ligne un signalement de publication tout à fait symptomatique de sa passion pour le Bien Écrire.

Commentaire d’Arédius. Dans Le modèle relationnel binaire, mon premier livre, j’ai dans la bibliographie : Bolo B. L’accession à l’écriture, N°1, coll. Textes et Langages, université de Nantes, 1978. C’était l’époque où il y avait aussi J.L. Gardies en logique et son excellentissime Esquisse d’une grammaire pure.

Engagé à gauche (il fut militant au Parti socialiste unifié au tournant des années 70), Bernard Bolo n’a pas mâché ses mots pour critiquer l’Alma mater nantaise, en  s’opposant, avec d’autres mais en vain, à l’installation des facs dans un campus éloigné du centre ville et de son fleuve, la Loire.

La présidence de l’université (en 2011)

Bernard a donc enseigné à la Faculté des Lettres (170 photos d’août 2011). En fin de vie active, il a accepté de faire le Doyen. Il en a été honoré, mais il n’a pas été dupe. La coopération avec la présidence et les services centraux, restés en centre ville, à proximité de la Fac de médecine, était compliquée. A l’époque déjà, les doyens devaient appliquer la politique de la présidence, sans pouvoir vraiment l’influencer.

Bernard a pris sa retraite dès qu’il a eu suffisamment de trimestres de cotisation. Le jeu avec les mots pouvait gagner tout son espace, tout son temps. Le matin, il enchaînait la lecture des journaux – Libé, Le Monde, L’Obs, Le Canard -, plusieurs mots-croisés (il s’est même essayé à concevoir des grilles).

Mots-croisés, 2008

Cruciverber, Verbercrucer. Bernard aimait discuter « néologismes ». Il nous disait qu’il acceptait ceux qui étaient directement compréhensibles parce qu’il était facile d’en retrouver l’étymologie, parce qu’ils n’étaient plus usités : le professeur professe ; le chanteur chante ; le théâtreur théâtre. Dieu qu’il était heureux et honoré d’avoir pu théâtrer vers la fin de sa vie : monter sur scène et, de plus, pour tenir le rôle d’un curé !

Par contre, il n’aimait pas les manières prétentieuses de l’Académie française. Il s’est certainement moqué de la création du mot Infox pour contrecarrer l’emploi de Fake News. Il a dû faire des gorges chaudes quand l’académie a cru bon d’autoriser la féminisation des noms de métier : auteur, auteure, auteuse, autrice, autoresse, auteuresse, autresse. Mais nul n’est parfait : Bernard avait un plaisir certain à inventer des mots genre « grivois », l’amour de Georges Brassens et de Boby Lapointe oblige !

Boby Lapointe. Ta Katie t’a quitté, Avanie et Framboise

Bernard avait une mémoire incroyable. A table, il récitait souvent des textes auxquels la conversation lui faisait pensait ; en réciter en latin ne lui faisait pas peur. Son bouquet final : les contrepèteries, les zeugmas.

A venir, une troisième chronique : l’engagement solidaire et citoyen d’Annette et de Bernard Bolo.

4 Commentaires

Classé dans B. Photos, C. Pays de Loire

4 réponses à “Bernard Bolo. La passion des mots

  1. C’est donc lui. Il faut que je retrouve les notes de son cours sur lire/écrire. Et ce que j’ai pu en citer dans un de mes livres. J’ai suivi son cours vers 1975.

  2. Merci, Aredius, pour le commentaire. Me feriez-vous l’honneur et le plaisir de pouvoir citer Bernard Bolo, au travers d’un de vos livres.

  3. Dans  » Le modèle relationnel binaire », Eyrolles, mon premier livre, j’ai dans la bibliographie « Bolo B. « L’accession à l’écriture, N° 1, coll. Textes et Langages, université de Nantes, 1978 C’était l’époque où il y avait aussi J.L. Gardies en logique et son excellentissime « Esquisse d’une grammaire pure », un des ouvrages qui m’a fait comprendre bien des choses. https://www.cairn.info/article.php?ID_ARTICLE=RPHI_051_0141#