ESR. Wauquiez, ministre 2011-12

28 juin 2011. À la suite de la désignation de la ministre de l’Économie, Christine Lagarde, à la direction générale du Fonds monétaire international (FMI), et du remaniement ministériel qui s’ensuit, Laurent Wauquiez est nommé ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Il a succédé à Valérie Pécresse et exercé cette fonction durant moins d’une année.

2 juin 2019. Après le sévère défaite du Parti républicain aux élections européennes, son président, Laurent Wauquiez, a démissionné. C’est son premier grand échec.

Occasion de se poser la question : bilan de son passage au ministère de l’ESR ? Bilan de la Nouvelle licence qu’il a porté sur les fonds baptismaux ? 27 chroniques d’Histoires d’universités. Le texte intégral de chacune d’entre elles figure dans un document de 37 pages : cliquer ici pour le lire ou pour l’archiver.

1ère des 37 chroniques. 30 juin 2011. Suspendre la réforme de la licence

Laurent Wauquiez, prenez une décision sage : laissez au ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche qui entrera en fonction après les élections présidentielle et législatives de 2012 le soin de réformer la licence. Ne touchez pas maintenant à l’arrêté d’avril 2002 qui a créé la licence LMD. Vous n’avez pas le temps d’y voir clair, de vous approprier les enjeux d’une réforme nécessaire. Ne jouez plus au 1er de la classe qui sait tout sur tout et mieux que tout le monde.

Le projet de réforme de la licence que vous laisse votre prédécesseur, Valérie Pécresse, n’est qu’une réformette, une « pécressette » sans réelle ambition et sans moyens financiers additionnels. N’oubliez pas que le Président de la république a dit qu’il fallait, un jour, prendre le temps de déréglementer. Aucune des quatre grandes orientations définies pour la nouvelle licence n’est satisfaisante ; aucune n’est réellement contraignante ; par ailleurs, elles peuvent être mises en oeuvre par les universités libres et responsables, à réglementation constante.

1ère orientation. Imposer un socle horaire minimum de 1.500 heures dans chaque licence, soit 500 heures par an. Volume horaire annuel « ridicule » quand on le compare à celui pratiqué en CPGE, en DUT, en BTS, en licence professionnelle. Une vraie réforme de la licence suppose une égalité de traitement entre toutes les filières de formation post-bac, un rapprochement des volumes horaires sur la base des horaires des filières sélectives (800 à 1.000 heures par an).

2ème orientation. Des parcours diversifiés. « Il convient à la fois de généraliser les dispositifs de soutien et de réorientation mis en place dans le cadre du plan réussite en licence et de développer les formations d’excellence (cycles préparatoires, doubles licences, parcours renforcés) qui doivent bénéficier, via l’établissement de passerelles, à l’ensemble des étudiants accueillis à l’université ». Au lieu de concerner l’ensemble des formations post-bac, la réforme « pécressette » créerait, ici et là dans les universités, quelques formations d’excellence, modèles réduits des CPGE et niches pour les enseignants qui s’y impliqueraient ! Il faut dire et redire que les flux d’étudiants qui empruntent les dites passerelles ont été, de tous temps et malgré toutes les bonnes volontés, extrêmement faibles. Les passerelles : de la poudre aux yeux ! Un cataplasme sur une jambe de bois ! Un arrêté sur la nouvelle licence n’y changera rien !

La 3ème orientation n’en est pas une : elle n’instaure pas une obligation de stage, mais une « possibilité offerte à tous les étudiants d’effectuer un stage intégré au cursus ». De qui se moque-t-on ? Il faut dire et redire que la licence générale ne peut à la fois préparer à l’emploi et à la poursuite d’études. La licence qui prépare à l’emploi est la licence professionnelle (étonnant que la « nouvelle licence » n’en mentionne même pas l’existence). La licence générale doit préparer aux études de master. Tout stage en licence générale, fût-il de deux mois consécutifs et gratifié, sera inutile pour les étudiants : ils n’y auront pas été préparés par des cours techniques et professionnels (cours impossibles dans une licence de 500 heures par an). Le stage de licence générale ne trouvera pas preneur chez les employeurs ; ils ne sont quand même pas stupides ! Un stage en licence générale est une pure escroquerie pour les étudiants : il n’est même pas prévu qu’ils soient encadrés par des tuteurs enseignants !

4ème orientation. « Des référentiels qui confortent la lisibilité du diplôme et renforcent sa valeur aux yeux des étudiants et des employeurs ». Le référentiel est un exemple de « fausse bonne idée » comme je n’en ai encore jamais vu. Il est « abracadabrantesque » ! Il suffit, pour s’en persuader, de lire le référentiel pour la licence de droit. Vous l’avez lu ? Êtes-vous illuminé par la lisibilité de la nouvelle licence ? Ne croyez-vous pas que le même référentiel pourrait s’appliquer au master de droit ? Croyez-vous possible que l’enseignement de 13 domaines du droit, de quatre disciplines connexes, de techniques dites transversales puisse tenir en 5 à 600 heures par an ? Ce référentiel n’a ni queue, ni tête. Il est d’une inutilité absolue pour l’élève de terminale qui s’interroge sur un éventuel parcours en droit. Il ne fournit aucune feuille de route pour les enseignants de droit qui devront construire les maquettes des trois années de licence. Il va faire se tordre de rire les responsables de ressources humaines qui s’interrogeraient sur ce que sait et ce que sait faire un étudiant diplômé de licence de droit.

Ce référentiel pour la licence de droit est à jeter, vite fait et bien fait, à la poubelle. Il faudrait même le brûler en place publique car il ne fait aucune analyse du marché du travail, des métiers réels, accessibles aux diplômés titulaires d’une licence en droit. Le point 2 du référentiel (insertion professionnelle) est vraiment scandaleux. Il tue dans l’oeuf tout projet d’insertion professionnelle après la licence. Plus gravement, il assassine la licence de droit en tant que diplôme terminal. Ce référentiel, s’il est retenu, fera que les bacheliers privilégieront encore plus les filières sélectives (DUT ou BTS, puis licence professionnelle), spécialisées dans tel ou tel domaine du droit et clairement identifiées par les entreprises qui recrutent. La réforme du premier cycle de l’enseignement supérieur ne peut concerner que la licence ; elle doit englober les CPGE, les DUT et les BTS.

Ces référentiels abracabrantesques comportent une facette bien pire encore. Ils devraient servir de fil rouge pour l’évaluation et l’habilitation des diplômes. Vous respectez le référentiel : « OK pour vous ». Vous ne respectez pas le référentiel : « vous êtes retoqués ». L’AERES pourrait en mourir, faute de trouver des experts pour évaluer les maquettes de nouvelles licences. Il faudrait être fou, ou pervers ou gravement masochiste pour accepter un tel travail !

Laurent Wauquiez, empressez-vous d’enterrer dans un profond tiroir le projet de nouvelle licence ! Empressez-vous de ne rien faire dans les neuf mois qui viennent, sinon gérer l’intendance de votre ministère et tenir les engagements de votre prédécesseur pour les dotations budgétaires 2012. Il y a peu de chances que vous lisiez cette chronique. Elle vous paraîtrait d’ailleurs purement négative, partisane du statu quo, anti-réforme. Ce serait commettre une erreur : je ne suis pas un Nonniste.

Ce blog porte le projet d’une réforme d’ampleur du premier cycle de l’enseignement supérieur par la création d’Instituts d’enseignement supérieur (65 chroniques du blog sur les IES, 73 chroniques du blog sur la Licence

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