R. Moulin et le marché de l’art

Raymonde Moulin, sociologue du marché de l’art, est décédée le 9 août 2019, à l’âge de 95 ans. J’ai appris sa mort samedi dernier par Alain Quemin, fidèle disciple et ami de cette sociologue pionnière d’un champ de recherche innovant dans les années 60 du siècle dernier.

Mes souvenirs de Raymonde Moulin remontent aussi au siècle dernier : quatre années de commune appartenance au comité national de CNRS en sociologie : évaluer les candidats au recrutement et évaluer les chercheurs, leurs recherches, leurs publications, leurs activités d’enseignement et de valorisation.

Bien avant l’apparition du H Index, je m’évertuais dans les années 80 de pondérer les publications selon leur type, pour pouvoir comparer et en définitive classer les uns et les autres. Raymonde Moulin était impressionnée par le travail que je faisais, mais restais sceptique. Éternel débat : comment tenir compte à la fois de la quantité pondérée des publications et de leur qualité, sachant que ce travail de jugement a des conséquences importantes ? Un recrutement, une promotion, une récompense, une reconnaissance.

Raymonde Moulin s’est toute sa vie posé ces questions d’évaluation et de classement des œuvres artistiques.

Compte rendu d’un autre de ses ouvrages : L’artiste, l’institution et le marché.

Mercredi dernier, je visitais l’exposition « Ensemble » au musée Frieder Burda à Baden Baden. Les œuvres de Gerhard Richter (né en 1932) sont très présentes dans cette expo.

Party, 1963

En 2013, s’est vendue une œuvre de G. Richter datée de 1968, une peinture issue d’une photo :

  • « Les toiles de Gerhard Richter, 81 ans, s’arrachent à prix d’or. Domplatz, Mailand (1968), une huile représentant la place du Dôme à Milan, a été vendue, à New York, pour la modique somme de 37,125 millions de dollars au collectionneur Don Bryant, fondateur du vignoble californien Bryant Family Vineyard de Napa.
  •  L’artiste allemand détenait déjà le précédent record avec Abstraktes Bild, vendue pour 34,2 millions de dollars en octobre dernier par Sotheby’s, à Londres. Depuis lors, il est considéré comme l’artiste vivant le plus cher du monde« .

Pourquoi cette toile de 3 mètres sur 3, représentant la place du Dôme à Milan, a-t-elle atteint un tel record ? Pourquoi cette œuvre et non une autre de la même période (1964-1970 : établir les fondements) ?

Je n’ai jamais discuté avec Raymonde Moulin de la formation du prix des œuvres, des rôles qu’y tiennent les artistes, les mécènes, les collectionneurs, les galeristes, les conservateurs de musée, les commissaires priseurs, les experts, les journalistes, les banquiers, les fiscalistes, les juristes…

En retraite depuis plus de 10 ans, j’en avais le temps. J’aurais dû prendre ce temps. Je ne l’ai pas pris, contribuant ainsi à la marginalisation, l’isolement, la solitude de nos seniors les plus âgés. J’en suis fort attristé.

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