Le cardinal Dubois, 30 ans en 1686

Suite des chroniques de la série : elles/ils ont eu 30 ans en… L’abbé Guillaume Dubois, né à Brive-la-Gaillarde en 1656, mort en 1723. 30 ans en 1686 : il est alors précepteur du futur duc d’Orléans, régent de 1715 à 1723.

1662 (6 ans). Guillaume Dubois est inscrit à la petite école du Prieuré Saint-Martin (Brive-la-Gaillarde).

1665-1672 (9-16 ans). Inscrit au Collège des Pères de la doctrine chrétienne, à Brive.

« Le collège de Brive, fondé en 1606 par des consuls de la ville, fut d’abord confié aux dominicains. Ces derniers ne donnèrent pas entière satisfaction, les turbulents élèves de l’établissement se faisant à maintes reprises remarquer par leurs débordements et leurs comportements licencieux.

Les magistrats de la ville décidèrent, sans succès de faire appel aux Jésuites avant de confier les rênes de l’établissement aux Pères. Ce choix convenait certainement mieux à Guillaume Dubois, le programme d’éducation des Pères étant réputé plus libéral que celui des Jésuites ».

1672 (16 ans). « Guillaume obtient une bourse et part, sans doute par la protection du lieutenant-général du Limousin, le marquis Jean de Pompadour, poursuivre sa formation au collège Saint-Michel, situé rue de Bièvre à Paris.

Une dizaine de bourses revenaient de droit aux écoliers du diocèse de Limoges, dont le choix incombait au marquis de Pompadour ». Son frère Joseph bénéficia également d’une bourse.

1674 (18 ans). Obtention du baccalauréat. Poursuite des études en théologie et en philosophie au Collège de Navarre. Dans les sources, il n’est fait mention de l’obtention ni  de la licence ès arts, ni du doctorat.

C’est alors qu’il reçoit le « petit collet » (la tonsure) et ainsi devient clerc, susceptible de percevoir des bénéfices ecclésiastiques (cf. la chronique : la carrière du Cardinal Dubois). Il est désormais appelé l’abbé Dubois. Il ne deviendra prêtre que plus tard : c’était la condition pour qu’il soit nommé archevêque de Cambrai.

1674-1683 (18-27 ans). « L’abbé Dubois est remarqué par l’abbé Antoine Faure, directeur du collège Saint-Michel. Celui-ci le recommande comme répétiteur auprès de familles parisiennes fortunées et bien en Cour, ce qui permit certainement au boursier de vivre sur un pied plus conforme à ses ambitions, les revenus d’un maître d’études étant bien maigres ».

« Guillaume débute sa carrière de répétiteur en donnant quelques leçons chez Trotier de Riancé de la Chambre des comptes, avant d’entrer au service du président de Gourgues, d’un négociant parisien du nom de Maroy, de Madame de Rians, mais surtout du marquis de Pluvault, maître de la garde-robe de Monsieur, frère du roi et père du futur Régent Philippe d’Orléans (1674-1723). Chaque nouvel emploi correspondait à une marche franchie dans l’échelle sociale ».

« C’est par le marquis de Pluvault que Guillaume Dubois accède au milieu de la Cour. « Les cours princières et les salons tenus par les grands seigneurs et les ministres à Versailles, dans leurs demeures parisiennes ou dans leurs châteaux d’Ile-de-France, étaient des lieux de sociabilité très prisés, car moins soumis à l’étiquette ; la conversation y était plus libre… et on y admettait des personnalités de moindre condition pourvu qu’elles sussent respecter les usages, faire preuve d’esprit et amuser par des bons mots ou des remarques saillantes leur entourage distingué… Il se peut qu’il ait été aussi convié à des festivités au Palais Royal où il ne manqua pas d’être présenté sous un jour favorable à Monsieur ».

Comment Dubois passa-t-il du marquis de Pluvault au service de la famille d’Orléans ? Il bénéficia tout d’abord d’une circonstance favorable : le duc de Chartres, fils de Monsieur et futur Régent (de 1715 à 1723), n’avait plus de répétiteur.

« La tâche en incombait à Le Saulnier, grammairien et ancien principal du Collège de France. Il travaillait sous les ordres du précepteur Nicolas-François Parisot de Saint-Laurent. Fort âgé, Le Saulnier décida de se retirer. Fort âgé également, Saint-Laurent ne pouvait assurer seul la tâche du préceptorat ». La place de précepteur pouvait être rapidement libérée !

Pour accéder à la fonction, encore faillait-il que l‘abbé Dubois ait de solides appuis. Antoine  Faure et le duc de Vendôme (1654-1712) ont été des soutiens décisifs.

1683 (27 ans). « L’abbé Dubois devient sous-précepteur du duc de Chartres (futur Régent). Son brevet de nomination daté du 15 juin précise qu’il recevrait 600 livres d’appointements ainsi que la table et le logement auprès de son élève au Palais-Royal ».

1687 (31 ans). « Lorsque Saint-Laurent mourut le 3 août 1687 d’une occlusion intestinale, Dubois prit tout naturellement sa succession. L’abbé devient officiellement précepteur par un brevet daté du 30 septembre, qui lui donnait 1 000 livres d’appointements ».

« Il y eut bien quelques atermoiements. La décision finale revenait à Louis XIV et si celui-ci ne mettait pas en doute les qualités de Dubois, il aurait souhaité nommer une personnalité d’une extraction plus élevée, pour diriger l’éducation de son neveu. Néanmoins, les avis qu’il recevait sur le travail de l’abbé étaient unanimement favorables, ce qui finit par emporter sa décision ».

1691 (35 ans). Fin du préceptorat de l’abbé Dubois. Le duc de Chartres (futur Régent) avait alors 17 ans.

Pour l’abbé Dubois, l’investissement dans la politique du Royaume (la politique des affaires étrangères en particulier), pouvait enfin se déployer progressivement. Il n’atteindra cependant les sommets (Cardinal et Premier ministre) que sous la Régence. En 1691, Louis XIV devait vire encore 24 ans !

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