La Ministre Vidal et Shanghai 2019

15 août 2019, communiqué de presse de la ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation : publication du Classement de Shanghai 2019 : réaction de Frédérique Vidal

Le rapport global (34 pages)

Rien de nouveau dans l’analyse ministérielle du classement de Shanghai. La ministre l’aime : Frédérique Vidal a pris connaissance de l’édition 2019 du classement de Shanghai. Elle tient à saluer la position de la France en 6ème place mondiale, dans un contexte de plus en plus compétitif qui a vu le nombre de pays représentés dans le Top 500 croître de 20% ces 15 dernières années.

Rien de nouveau dans l’analyse ministérielle du classement. La ministre ne l’aime pas : Le classement comporte également des choix et des biais méthodologiques dont l’impact est parfois significatif. Certains de ces choix desservent particulièrement les universités françaises. Depuis plus d’une décennie, notre paysage universitaire est traversé par un mouvement de rapprochement des établissements, qui se regroupent ou s’allient pour constituer des universités d’envergure internationale. Certaines de ces nouvelles universités sont classées en tant que telles dans ARWU, d’autres ne le sont pas. Tant que de telles différences de traitement existeront, les classements internationaux ne reflèteront qu’imparfaitement la réalité des universités françaises.

Depuis 2003 (premier classement de Shanghai), le raisonnement des ministres du SUP est constant : il faut se regrouper pour progresser dans ce classement.

Cet argument organisationnel (plus on est gros, plus on monte dans le classement) ne marche qu’à la marge :

  • L’université Grenoble-Alpes entre dans le Top 150. L’université de Montpellier intègre également le Top 200. Ce n’est qu’en 2020 que la création de la nouvelle Université de Paris, qui regroupe Paris-Descartes et Paris-Diderot, devrait être prise en compte. Quant à l’université de Lille, nouvellement fusionnée, elle intègre d’emblée le Top 400.

Mais cet argument organisationnel est ridicule.

  • La France progresse parce que les autres pays n’ont pas la boulimie des regroupements.
  • Elle serait dans le TOP 50 si elle ne comptait plus qu’une seule université !L

Jamais les ministres ne disent : pour progresser, il faut faire progresser le volume et la qualité de la recherche et pour cela donner les moyens, les meilleures conditions de recherche aux enseignants-chercheurs et aux chercheurs. Exemple : accorder de droit et tous les cinq ans une année sabbatique pour faire de la recherche à temps plein.

Les ministres se trompent dans leur analyse, mais Frédérique Vidal ne compte pas changer son fusil d’épaule : regrouper, regrouper et encore regrouper!

  • Dans ce contexte, avec l’ordonnance du 12 décembre 2018, la ministre a souhaité mettre à la disposition des acteurs universitaires de nouveaux outils qui leur permettent de créer des établissements expérimentaux qui rassemblent le potentiel scientifique de plusieurs universités et écoles qui le constituent au sein d’un seul et même établissement. Une dizaine de nouveaux établissements devraient ainsi voir le jour en 2020 et figurer à terme en meilleure position dans les classements.
  • Afin de rendre plus visible la position scientifique de la France dans la compétition internationale, la ministre rappelle son engagement pour que les chercheurs les plus cités (highly cited researchers) de 6 organismes de recherche fassent désormais figurer en première affiliation la tutelle universitaire de rattachement de leur unité mixte de recherche : l’indicateur HiCi du classement de Shanghai compte en effet pour 20 % du score global de chaque établissement. Cela permettra de mieux mettre en évidence le potentiel scientifique des établissements d’enseignement supérieur, sans porter préjudice aux organismes de recherche qui ne sont pas concernés par ces classements.

Curieusement, Frédérique Vidal oublie la position des Grandes Écoles en matière de regroupement (Les Échos, 19 juillet 2019).

Pour aller plus loin : depuis 2009, chroniques du blog sur le classement de Shanghai.

1 commentaire

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Une réponse à “La Ministre Vidal et Shanghai 2019

  1. Bonjour Pierre, je suis votre blog depuis de nombreuses années,

    En voulant commenter ce matin le billet concernant le classement de Shanghai et les regroupements des universités en France, j’ai constaté qu’il ne m’était plus possible de contribuer à la discussion si l’on n’utilise pas une identification centralisée par réseaux sociaux. Pour des raisons de protections des données personnelles et de la vie privée, je refuse d’utiliser ces outils pour m’identifier chez des tiers

    Vous pouvez, si vous le désirez, publier mon commentaire sous le pseudo « Erwann »

    « Il y a quelques années, il me semble avoir déjà commenté le classement de Shanghai vs les regroupements d’université.
    J’observais à l’époque que la plupart des universités figurant au Top 30 du classement de Shanghai ne dépassaient généralement pas 25’000 étudiants pendant que les gouvernements successifs en France faisaient la promotion des méga-regroupements.
    C’était et cela reste un non-sens.
    Pourtant, l’adage « small is beautiful » est non seulement connu mais vérifié et vérifiable dans de multiples contextes (pas seulement universitaire).
    Je reproche aux journalistes de ne pas faire leur travail et de se contenter (loi du moindre effort) de copier-coller les brèves de l’AFP et de relayer sans aucune prise distance et mise en perspective les « vérités » martelées par nos gouvernants.
    Un peu de bon sens et de travail permettraient de faire le point et de mieux discriminer entre les fausses bonnes idées et la réalité du terrain.
    En attendant, l’université française par à vau l’eau ; sans oublier le fait, que même d’excellents bacheliers aujourd’hui ont à peine le niveau pour faire avec succès un parcours universitaire à l’étranger (en particulier en Suisse) ».