Shanghai. Budgets et Classements

Le classement de Shanghai est fondé sur quelques indicateurs de résultats de la Recherche par champ scientifique. Il n’est donc pas basé sur les ressources qui permettent de parvenir à ces résultats, ressources financières en particulier. Ces ressources – investissements humains et matériels – sont cruciales pour atteindre des résultats.

Mais la relation entre financements et recherche de qualité est complexe. Des recherches peuvent échouer ou obtenir des résultats imprévus (sérendipité). L’obtention de récompenses de niveau international (indicateur Shanghai) suppose des investissements en communication, en création et en entretien de réseaux. Les réseaux fonctionnent également pour l’accès aux publications dans les revues d’excellence, en dépit des procédures de référé mises en œuvre.

Trois exemples essaient de montrer que la relation entre Financement et Recherche est complexe.

  • dépenses pour la recherche dans les universités en crise financière ?
  • crédits d’État pour la recherche : quelles conséquences de l’annulation d’autorisations d’engagement ?
  • quels résultats pour des montages financiers importants, concentrés sur des opérations de recherche « phare » ?

A. Premier exemple, celui des universités qui connaissent des difficultés financières (un quart des universités en France). La priorité pour celles concernées est d’assurer le paiement des salaires des personnels en place. Des postes sont gelés, des contrats à durée déterminés ne sont pas renouvelés, des investissements matériels sont repoussés. On peut penser qu’un climat de crise financière génère un mauvais climat pour la recherche, en particulier chez les doctorants et chez les jeunes chercheurs.

  • Mires 2018 : 19 établissements du supérieur en situation d’alerte (Cour des comptes), NewsTank Higher Education, 15 mai 2019. « 19 établissements publics sont en situation d’alerte d’après la grille d’alerte » de la Dgesip pour 2018. Cinq d’entre eux sont signalés en particulier, mais contrairement aux années précédentes, la NEB 2018 ne précise pas leur identité.Dans la grille pour 2017, ils étaient 11 établissements à y figurer.Cette grille d’alerte repose sur un indicateur composite calculé à partir du résultat, du fonds de roulement et de la trésorerie ».

B. Deuxième exemple. En France, l’État est le principal financeur de la recherche. Mais il est fréquent que des crédits, votés par le Parlement pour la loi de finances de l’année « x », ne soient pas autorisés à l’engagement (réserve de précaution, annulations) ou ne soient pas dépensés pour diverses raisons. Quelle en est l’incidence sur la performance de la recherche ?

  • Budget : la MIssion sur la Recherche et l’Enseignement Supérieur (MIRES) 2018 s’élève finalement à 27 474 Milliards € en Autorisations d’Engagement et à 27 579 en Crédits de Paiement (loi de règlement).
  • Pour les autorisations d’engagement qui constituent la limite supérieure des dépenses pouvant être engagées, les montants consommés ont été moins importants que prévus d’environ 0,48 %.
  • Pour les crédits de paiement, qui sont la limite supérieure des dépenses pouvant être ordonnancées ou payées pendant l’année pour la couverture des engagements contractés dans le cadre des autorisations d’engagement, les montants consommés ont été moins importants que prévus d’environ 0,33 %.

Dans le tableau ci-dessous, on observe que plus de 45 millions € d’autorisations d’engagement ont été annulées parce que non consommées et non reportées

Depuis 2009, 327 chroniques d’Histoires d’universités sur les budgets de la MIssion sur la Recherche et l’Enseignement Supérieur (MIRES).

C. Troisième exemple. Financer encore plus les labos de recherche déjà bien dotés et dont la recherche est reconnue comme performante au niveau international. Il s’agit d’une application de la théorie du ruissellement au champ de la recherche.

  •  Arnaud Parienty, Le mythe de la théorie du ruissellement, La Découverte, 2018. « Si on donne de l’argent aux riches à travers des réductions d’impôts, ils vont investir, cela va créer de la croissance, et ce sera bon pour tout le monde (y compris pour les pauvres). Bien plus, la croissance permettra de combler le manque à gagner pour l’État. Arnaud Parienty démontre que ceci n’a jamais été avéré, mais que, dans l’ensemble, cela se traduit par une augmentation des inégalités… inégalités qui freinent la croissance ».

Sans le dire, l’université de Strasbourg pratiquerait cette théorie du ruissellement dans le secteur de la chimie et de l’ingénierie

  • Shanghai range les établissements toutes disciplines confondues et discipline par discipline. Ainsi l’université de Strasbourg figure dans le classement global entre la 101ème et 150ème place. Elle a un bien meilleur classement en Chimie, figurant dans le top 50 à la 41ème place. Le dernier prix Nobel obtenu dans cette discipline date de 2016 : il a été accordé à Jean-Pierre Sauvage.

Chimie : comment Strasbourg a recruté deux chercheurs américains de renom (News Tank Higher Education, 10 juillet 2019).

Montant global de l’opération 3,4 millions €. 880 000 euros pour l’université : on peut supposer que cet argent sera prélevé sur les crédits du Programme d’Investissements d’Avenir (Initiative d’excellence). Plus d’un million d’euros pour les collectivités territoriales : les élus et les contribuables alsaciens ont-ils été consultés ? La région a mobilisé son dispositif « Soutien aux chercheurs de très haut niveau« .

Ma réaction d’humeur le 10 juillet 2019 :

« Quand j’ai lu la dépêche de News Thank de ce jour, je me suis dit que le monde strasbourgeois de l’enseignement supérieur et de la recherche et le monde euro-métropolitain de Strasbourg ne tournaient pas rond :

  • accorder plus de 3 millions d’euros à l’ISIS pour recruter deux vieux chercheurs américains (ils vont d’ailleurs rejoindre à l’ISIS de vieux Nobel français et européens extra-communautaires), ce n’est pas parier sur l’avenir.
  • car pendant ce temps-là, de brillants docteurs de Strasbourg n’ont pas de poste ou vont attendre près de 35 ans pour être recruté à un salaire de misère
  • car pendant ce temps là, de brillants Enseignants HDR de Strasbourg vont attendre en vain de passer professeur à un salaire de misère
  • car pendant ce temps là, les précaires de l’université, tant vacataires administratifs qu’enseignants, vont attendre plusieurs mois que leur soit versé leur salaire de misère

Bref, l’excellente université de Strasbourg et l’excellente Eurométropole de Strasbourg ne savent plus quoi faire de leur argent, et pourtant elles ignorent délibérément qu’elles ont des pauvres fort méritants en leur sein ».

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