École de la confiance : chiffre faux

La loi Pour une École de la confiance a été promulguée le 28 juillet 2019. J’ai regroupé tous les 9 dossiers législatifs dans ma chronique du 1er août 2019.

La rentrée scolaire dans le premier degré (pré-élémentaire et élémentaire) s’est déroulée sans manifestations de mécontentement – des enseignants et/ou des parents – dans la rue. Jean-Michel Blanquer a-t-il donc fait correctement son métier de Ministre de l’Éducation Nationale ? A-t-il réussi son pari de réformer à toute vitesse ?

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Un bon point pour lui : depuis octobre 2018, il a constamment occupé le terrain, procédant à des opérations de déminage, dans un contexte de mobilisations syndicales limitées (cf. la rubrique du blog : manifestations).

Le Ministre a toutefois commis une erreur, commune d’ailleurs à bien des politiques et des journalistes : une approximation fort maladroite de chiffre.

Dans sa Lettre aux directeurs d’école (2 avril 2019), il a en effet écrit : j’ai clairement indiqué que l’école primaire était la priorité du Gouvernement tant sur le plan pédagogique que sur le plan budgétaire, avec des créations de postes à chaque rentrée en dépit de la baisse démographique. Nous créons 2 300 postes à la rentrée prochaine alors qu’il y aura 60 000 élèves de moins.

Le tableau des effectifs 2018-2019 du premier degré (RERS 2019, Les élèves du premier degré) laisse certes prévoir, à cette rentrée (2019), une baisse des effectifs dans l’ensemble du premier degré, si la tendance observée ces deux dernières années se poursuit (23 000 élèves de moins en 2017-2018 par rapport 2016-2017 ; 33 100 élèves de moins en 2018-2019 par rapport à 2017-2018).

  • Une baisse de 60 000 est impossible : il suffit de comparer les effectifs 2018 – colonne de droite – des différentes classes. Les 847 000 CM2 ne sont plus là à la rentrée 2019, mais les effectifs des classes inférieures ne connaissent pas de grande amplitude d’une classe à l’autre).

Jean-Michel Blanquer a joué au grand communicant, est monté au créneau pour apporter, de manière moderne, des points de clarification à celles et ceux qui n’avaient pas compris ou qui ne voulaient pas comprendre certaines mesures de la loi.

Un beau déminage. Le schéma ci-dessus mentionne la création d’établissements publics des savoirs fondamentaux, par fusion d’écoles et de collèges. Jean-Michel Blanquer insiste : « c’est un projet qui repose sur l’accord de la commune et du conseil d’école » ; ce ne serait donc pas obligatoire. Au Sénat, il va plus loin : le projet est abandonné.

Satisfaction du Sénat. Pour l’école de la confiance, il a pu faire passer des amendements (schéma ci-dessous : les apports du Sénat). C’est ce qui s’appelle : faire d’une pierre deux coups. Ranger dans les tiroirs un projet inutile, tout au moins pas mûr du tout ; cajoler les Sénateurs.

En conclusion, une question : fallait-il une loi pour réformer l’école ? Je n’en suis pas sûr. Certaines modifications ne concernent que des détails.

Ainsi, pourquoi, par exemple, remplacer le nom ESPE par INSPE, Institut National Supérieur pour le Professorat et l’Éducation. Le changement de nom suffira-t-il pour « mieux former les professeurs » ?

Toujours est-il que le choix de INSPE est fort douteux. Le législateur s’est-il rendu compte des deux anagrammes possibles à partir d’INSPE ? Son objectif est-il une école de la confiance ou une école de la méfiance ?

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