Concile de Constance et Courtisanes

Concile de Constance (1414-1418). L’empereur, le Pape et la Courtisane.

  • A l’occasion de l’excellent cours d’Olivier Richard Le corps au Moyen Age (L3 d’Histoire à Strasbourg, cours 5 : la sexualité ; cours 6 : la maladie), republication d’une chronique parue en juillet 2011. Peter Lenk, sculpteur historien

Peter Lenk, né en 1947 à Nuremberg, vit sur la rive allemande du Bodensee, le lac de Constance. Ses œuvres sont exposées en plein air dans 25 villes allemandes. Elles sont devenues une attraction touristique très photographiée.

Les sculptures imposantes racontent des histoires sous forme de « bandes dessinées ». Des histoires locales anciennes ou faisant référence à des évènements, à des hommes et femmes contemporains. Elles n’illustrent pas la Réalité. Elles orchestrent la Réalité de l’auteur, sa vision critique, voire provocatrice. Elles attirent l’attention du spectateur, en particulier parce qu’elles sont satiriques avec des connotations sexuelles constantes et même quelquefois scatologiques. Il doit y avoir un fond anarchiste chez Peter Lenk. Mais il fait œuvre utile d’historien : il invite à rechercher d’autres sources.

Port de Constance, Imperia : album de 35 photos. La sculpture (1993), tournante sur son piédestal, présente une vision du Concile de Constance qui s’est tenu dans la ville entre 1414 et 1418. Imperia, l’immense courtisane tient dans ses mains deux petits personnages nus, dans la main droite, l’empereur Sigismond 1er qui a voulu la tenue d’un Concile sur ses terres, et dans la main gauche, le pape Martin V, élu au cours du concile. L’objectif du Concile : mettre fin au grand schisme d’Occident. La critique des deux pouvoirs est féroce. La courtisane est dominatrice. A cette époque, la ville de Constance comptait 5.000 habitants. Le Concile a fait venir 50.000 personnes, dont des milliers de prostituées.

Môle de Meersburg. La Colonne magique : album de 25 photos. Contraste avec la sculpture de Constance : Peter Lenk passe de l’histoire internationale à l’histoire locale. De part et d’autre de la colonne métallique haute de 15 mètres, des personnages de l’histoire locale :

  • le médecin Mesmer magnétiseur,
  • le guérisseur Gassner « qui voyait les maladies comme des démons à faire sortir sous forme de flatulences »,
  • la demoiselle Wendelgard « dont la seule beauté était le vignoble qu’elle possédait ».
  • est épargnée de la satire la poétesse locale Annette, représentée sous forme de mouette.

Peter Lenk, un sculpteur, historien à sa façon. Il est peu connu en France. Fera-t-il un jour l’objet d’attention des historiens de l’art français ? Visite samedi dernier d’anciens collègues : leur fille est inscrite en Licence d’histoire de l’art. Elle est passionnée par l’architecture. Parviendra-t-elle à en faire son métier ? Je repense évidemment au référentiel de compétences de la licence d’histoire, aux métiers qu’il liste sans vergogne, aux 2 pages et demie de compétences que l’étudiant en licence doit acquérir pour obtenir le diplôme. Une exigence est cependant oubliée : avoir fait un ou plusieurs voyages d’études avec une équipe enseignante. Une idée de voyage formateur : approcher une histoire de l’Allemagne en parcourant les 25 villes qui exposent les œuvres de Peter Lenk !

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