Lucas Cranach, le père et le fils

1505. « Lucas Cranach l’Ancien, né en 1472, s’établit à Wittemberg et devient peintre de cour auprès de l’électeur de Saxe Frédéric le Sage. Il a 33 ans. Il est anobli en 1509 et reçoit du prince-électeur des armoiries représentant un dragon ailé portant un rubis, qui sera sa signature et celle de son atelier sur de très nombreux tableaux ».

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« L’activité de Cranach change. Ses protecteurs, comme le cardinal Albert IV de Brandebourg attendent de lui non seulement des retables et des portraits, mais aussi des œuvres décoratives pour leurs fêtes et les intérieurs de leurs nombreuses demeures. Pour faire face aux nombreuses demandes, Cranach met sur pied un atelier où ses deux fils travaillent.

Un exemple très intéressant de l’organisation du travail entre Lucas Cranach et son atelier est la série de treize portraits, conservés par le musée des Beaux-arts de Reims. Dix sont attribués à Lucas Cranach et trois à son fils. Ce sont des études, dessinées à vif par le maître, d’une technique rapide à la détrempe, qui permet des indications de couleurs, sur un support léger et facilement transportable (papier vergé et collé sur carton). Ces esquisses de têtes grandeur nature, révèlent un artiste proche de ses modèles, un habile dessinateur.

À partir de ces prototypes, l’artiste ou l’apprenti de l’atelier réalisait des portraits individuels ou collectifs, peints à l’huile. Il pouvait alors, à sa guise, coiffer, habiller le personnage en fonction des modes, de son âge et le placer dans le décor de son choix.

Les personnages représentés sont pour la plupart identifiés et appartiennent aux familles princières et ducales de Saxe et de Poméranie. Certains portraits, émail ou médaillon, ont pu être localisés. L’hypothèse d’une collection inaugurée par Philippe II de Poméranie au cours du XVIe siècle reste à confirmer.

À partir de cette date, Cranach tourne le dos à la spontanéité de sa période viennoise et son art s’oriente alors vers un style s’approchant du maniérisme : les formes s’allongent, deviennent plus souples, les personnages prennent de l’importance par rapport au paysage devenu simple décor, leurs différentes poses sont élaborées et codifiées, et l’habillage raffiné.

Le besoin qu’avait Cranach d’adopter une méthode rationnelle pour produire des œuvres de grande qualité, en associant tout son atelier, apparait clairement avec la commande en 1533, d’une soixantaine de paires de petits portraits des deux frères, tous deux alors décédés, Frédéric le Sage et Jean le Constant

À Wittemberg, durant la même période, il fait la connaissance de Martin Luther avec qui il se lie d’amitié (et dont il réalisera de nombreux portraits). Luther et lui étaient amis intimes, chacun étant aussi le parrain d’un des enfants de l’autre.

Lucas Cranch l’ancien. Martin Luther et son épouse Catharina von Bora

Acquis aux idées luthériennes, Cranach participera dès lors à la création de l’iconographie protestante, représentant des thèmes chers à la Réforme, tirés de l’Ancien Testament et du Nouveau Testament, introduisant quelquefois des citations de la Bible. Il peint également de nombreux portraits et scènes religieuses qui lui assurent la célébrité dans toute l’Europe, et à partir de 1525, intensifie son activité avec l’aide de ses fils, Hans et Lucas, et probablement d’un atelier important.

Philippe Melanchton, vers 1530

Propriétaire d’une pharmacie et d’une imprimerie, il est élu à trois reprises bourgmestre de Wittemberg et conserve sa charge de peintre de la cour sous les électeurs Jean-Constant et Jean-Frédéric, cour pour laquelle il peint d’innombrables nus bibliques et mythologiques à l’érotisme allusif.

1547. Jean-Frédéric porte sa cour à Weimar et Lucas Cranach l’y suit.

1550. Son protecteur Jean-Frédéric ayant été capturé après la bataille de Mühlberg, Cranach accompagne sa captivité de 1550 à 1552 avant de revenir à Weimar, nouvelle résidence électorale, pour y mourir l’année suivante (1553).

1561. Lucas Cranach le jeune (1515-1586) peint le Christ vainqueur de la mort et du diable

Pour aller plus loin. Deux œuvres de Lucas Cranach l’Ancien au musée des beaux-arts de Stuttgart : album de 11 photos

Judith et la tête d’Holopherne (vers 1530)

Jobst von Hayn (1543)

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