Italie. Où va la précarité ?

Il faut voir. Ken Loach, Sorry, we missed you. Bande annonce, 1’46. Le micro-entrepreneur, le livreur de colis de mal en pis.

Il faut lire. Mirella Giannini (université de Naples), La précarité mise en scène. Les jeunes face aux nouvelles formes du travail en Italie, in Tumultes, Quo vadis, Italia ? Éditions Kimé, n°53, octobre 2019, pages 21 à 34,

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Précaires : de la résistance digne et à la résistance performative.

Extraits de l’article. « Dans la phase actuelle du capitalisme néolibéral, nous assistons à une augmentation considérable des emplois flexibles et non protégés, qui va de pair avec la réduction des emplois stables et socialement protégés de l’époque du Welfare State. Cette augmentation a été accélérée, et même justifiée, par la crise économique commencée dans les années 2008-2009. En réalité, tout a commencé bien avant, lorsque la flexibilité, introduite à l’intérieur des entreprises et dans les négociations collectives, s’est déplacée sur les individus. Par la suite, ce qui avait commencé comme flexibilité du travail est devenu incertitude de l’emploi, risque de marginalisation sociale, et ainsi précarité.

Bourdieu1 situe l’origine de la précarisation au moment où la norme de la flexibilité s’est introduite dans l’entreprise, enclenchant un processus de flexpoliation (néologisme liant flexibilité et exploitation) qui a détruit la solidarité entre les travailleurs et a engendré la soumission et la légitimation de l’exploitation. La flexibilité dans le champ du travail s’est ensuite transformée en incertitude pour les travailleurs, et s’est généralisée à toute la société en impliquant différents groupes sociaux et en atteignant des groupes jamais touchés auparavant. Ainsi, la précarité est aujourd’hui partout pouvait dire Bourdieu, car la précarité découle du nouveau mode de domination du capitalisme, avec la complicité du néolibéralisme…

Les travailleurs sont aux prises avec de fortes incertitudes, et une faible confiance dans leurs capacités à trouver un emploi stable. Le taux d’activité à l’entrée est faible et l’incidence du chômage de longue durée forte. Cette évolution des données explique le découragement structurel qui finit par s’emparer des Neet (not in employment, education or training), ces jeunes qui ne s’activent même plus dans la recherche d’un emploi…

Mirella Giannini, professeur invité à Strasbourg, en 2013.

« Dans notre cas d’étude, nous avons présupposé que la précarité, précisément parce qu’elle est institutionnalisée, a fini par être intériorisée par les individus, en affaiblissant par conséquent leur capacité à lutter et protester politiquement. Cependant, ce même processus de précarisation, propre à notre phase spécifique de développement néolibéral du capitalisme, a ouvert la voie à des résistances qui, dans les groupes sociaux marginaux en particulier, permettent de maintenir une certaine dignité. Si l’on observe de près les pratiques quotidiennes des jeunes précaires, on constate qu’ils s’adaptent souvent à la précarité par des tactiques de survie. Mais ils trouvent parfois aussi des solutions plus politiques, comme des modes de travail ou des styles de vie anticapitalistes, pratiques qui peuvent être considérées comme autant de formes de résistance à la précarisation institutionnalisée »…

Pour aller plus loin. Pierre Bourdieu, un mandarin rebelle.

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