Diderot. 5 villes universitaires

L’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert procède par article. Cette chronique s’intéresse aux articles qui portent un nom de ville : dans 22 villes, ont été fondées, du 13ème au 16ème siècle, des universités. Lors de la création de leur université, toutes les villes n’étaient pas localisées dans le royaume de France. Toutes les universités fondées n’ont pas survécu jusqu’au milieu du 18ème siècle ; certaines ont été transférées dans une autre ville.

Les universités sont mortelles : toutes disparaitront moins de 40 ans après l’Encyclopédie, lors de la Révolution. La période contemporaine, avec sa frénésie de regroupements expérimentaux, ne devrait pas l’oublier !

Les articles de l’encyclopédie ont un contenu que je n’imaginais pas aussi divers :

  • Il semblerait donc que les auteurs aient eu une très grande autonomie de rédaction.
  • la fondation d’une université n’est pas mentionnée dans les 13 villes marquées en italique dans la liste ci-dessous !
  • autre surprise : les auteurs ne mâchent pas leurs mots, critiquent sans vergogne.
  • bref, l’encyclopédie n’est pas une source de premier plan pour connaître l’histoire des universités et pour comparer les universités entre elles.

22 villes universitaires. Les 5 premières universités fondées (Paris, Toulouse, Montpellier, Avignon, Orléans) font l’objet de cette chronique

  • 13ème siècle : Paris (1200-1231), Toulouse (1229), Montpellier (1289).
  • 14ème siècle : Avignon (1303), Orléans (1306), Cahors (1331), Grenoble (1339), Angers (1364), Orange (1365).
  • 15ème siècle : Aix (1409), Dole (1423, transférée à Besançon en 1479, à Poligny en 1482, de nouveau à Dole en 1484 et définitivement à Besançon en 1691), Poitiers (1431), Caen (1432), Bordeaux (1441), Valence (1452), Nantes (1460), Bourges (1463).
  • 16ème siècle : Reims (1548), Pau (1549), Douai (1559), Pont-à-Mousson (1572, transférée à Nancy en 1769), Strasbourg (1538).

Ville et Université de Paris, 1200-1231

  • Wikipédia. « Le premier acte qui donne un statut officiel est une charte du 15 janvier 1200 par laquelle le roi Philippe Auguste accorde à la « communauté » (c’est l’invention du mot « Université » qui n’a alors qu’un sens strictement juridique) de ses membres le for ecclésiastique, c’est-à-dire le privilège d’être jugé par un tribunal ecclésiastique et non civil. Les membres de l’université sont donc tous considérés comme des clercs, ce qui ne les empêche pas d’être très turbulents et de provoquer des incidents dans les tripots parisiens. L’université est reconnue par le pape Innocent III — qui y avait étudié —, par une bulle de 1215, bulle confirmée par une autre de Grégoire IX de 1231. Ce dernier texte met un terme à la grande grève entamée en 1229″.

Collège de Sorbonne, 1256

  • « Paris est une ancienne ville, une des plus grandes, des plus magnifiques & des plus peuplées de l’univers. Elle a produit seule plus de grands personnages, plus de savants, plus de beaux esprits que toutes les autres villes de France réunies ensemble.
  • L’université de Paris, célèbre dans le monde chrétien, est composée de trente-six collèges, dont dix sont de plein exercice. Il y a deux écoles publiques de Théologie, la Sorbonne & Navarre. Le cardinal de Richelieu a été restaurateur de la Sorbonne, où il a dans la chapelle un superbe mausolée. Le collège le plus beau, & qui est de plein exercice, est celui des Quatre-Nations, appelé aussi Mazarin, parce qu’il a pour fondateur le cardinal de ce nom. Les jésuites avoient un vieux collège dans la rue S. Jacques,​​ appelé autrefois le collège de Clermont, parce qu’un évêque de Clermont l’avait fondé.
  • Il y a à Paris six académies royales, l’académie française établie en 1635 ; celle des Inscriptions & Belles-lettres, en 1663 ; celle des Sciences, en 1666 ; celle de Peinture & de Sculpture, en 1648 ; celle d’Architecture, en 1671 ; & celle de Chirurgie, en 1748.
  • Il y a cinq bibliothèques publiques ; celle du roi tient le premier rang dans le monde littéraire par l’étendue des bâtiments, par le grand nombre de livres & de manuscrits, & par son assemblage de médailles, d’estampes »…

Ville et Université de Toulouse, 1229.

« L’université de Toulouse était l’une des plus importantes et des plus anciennes universités médiévales françaises. Elle fut fondée en 1229 par le comte de Toulouse, Raimond VII.

« Raymond mourut l’an 1249, & eut pour successeur sa fille Jeanne & son gendre Alfonse, qui finirent leurs jours l’un & l’autre, peu après la mort de S. Louis, l’an 1270, après quoi le roi Philippe le Hardi prit possession du comté de Toulouse, & le réunit à la couronne.

Il y avait dans l’ancienne Toulouse un amphithéâtre, un capitole, & plusieurs autres monuments superbes ; mais les Wisigoths, nation barbare, ayant choisi Toulouse pour être la capitale de leur empire, ruinèrent tous ses beaux monuments de fond en comble, en sorte qu’il n’en reste d’autres vestiges, que quelques masures de l’amphithéâtre.

Quoiqu’il n’y ait point de ville dans le royaume​​plus avantageusement située pour le commerce que Toulouse, il ne s’y en fait cependant presqu’aucun. Le génie des habitants les porte quand ils sont aisés, à acquérir des charges de robe, ou à viser au capitoulat ; de là vient que Toulouse, une des plus grandes villes du royaume, est une des plus pauvres & des plus dépeuplées.

Il y a présidial, sénéchaussée, hôtel des monnaies, généralité, parlement & université, mais tous ces beaux titres ne l’enrichissent pas ; son académie est comme du temps des troubadours.

Sous Raymond V, comte de Toulouse, s’éleva dans cette ville un tribunal d’inquisition, au sujet de l’hérésie des Albigeois, & bientôt ce tribunal fit trembler par sa rigueur les personnes mêmes les plus innocentes ; le soulèvement fut si grand, qu’on fut obligé de l’abolir ; mais ce qu’il y a de singulier, c’est qu’il en reste des vestiges ; car d’un côté M. de Montchal, archevêque de Toulouse, se fit attribuer le droit d’examiner si dans l’élection des capitouls, il n’y a personne qui soit suspect d’hérésie ; & de l’autre les dominicains continuent de faire pourvoir par le roi un religieux de leur ordre de l’office d’inquisiteur de Toulouse, parce qu’il y a quelques gages attachés à cette charge, qui par bonheur n’est aujourd’hui qu’un vain titre sans fonction ».

Ville et Université de Montpellier, 1289

« Ce n’est point une ville ancienne, puisqu’elle doit son origine à la ruine de Maguelone. Elle a commencé par un village qui fut donné à Rituin, évêque de Maguelone, vers l’an 975, sous le règne de Lothaire. Cette seigneurie tomba dans le treizième siècle, entre les mains des rois d’Aragon, & l’an 1500 Ferdinand le Catholique céda ses prétentions sur Montpellier à Louis XII qui, de son côté, renonça à tous ses droits sur le Roussillon.

Montpellier est mal percée, dans une situation défavorable, & dans un mauvais terrain, quoique couvert de vignes & d’oliviers. Les Calvinistes y ont dominé depuis le règne d’Henri III jusqu’en 1622, qu’elle se soumit à Louis XIII. Ce prince y bâtit une citadelle, qui commande la ville & la campagne.

L’évêché de Maguelone a été transféré à Montpellier en 1538. Il est suffragant de Narbonne, & rapporte à l’évêque environ 22 mille livres de rentes.

L’université de Montpellier, autrefois fameuse, est ancienne, & reçut sa forme entière en 1289. On y enseignait le Droit dès le douzième siècle, & les médecins arabes ou sarrasins, qui furent chassés​ d’Espagne par les Goths, commencèrent à y enseigner la Médecine, en 1180.

L’académie des sciences de Montpellier y est établie par lettres patentes de 1706, & est composée de trente membres, outre six honoraires ».

Ville et Université d’Avignon, 1303

« Avignon, capitale de l’état de même nom, enclavé dans la France, mais dépendant du Pape ; la ville est sur le Rhône ».

  • Blog Histoires d’université. Boniface VIII fonde Avignon
  • La naissance de l’université d’Avignon dans les luttes politiques et religieuses du 13ème et du début du 14ème, Bonnes feuilles in Université d’Avignon, Naissance & Renaissance, 1303-2003, Acte Sud.

Ville et Université d’Orléans, 1305-1312

« Orléans, ancienne ville de France, capitale de l’Orléanais, avec titre de duché, possédé par le premier prince du sang, & un évêché suffragant de Paris. Il s’y fait un grand commerce en vins, blés & eaux-de-vie, commerce qui est occasionné par la situation avantageuse de cette ville sur la Loire, à 13 lieues de Blois, 30 N. E. de Tours, 27 S. O. de Paris.

On croit qu’Orléans fut érigée en cité par Aurélien, & en reçut le nom de Aureliana civitas, ou Aurelianum, en sous-entendant oppidum ; elle devint alors indépendante des peuples chartrains, & fut l’une des plus considérables des Gaules. Elle tomba au pouvoir des François après que Clovis eut vaincu Siagrius, & eut détruit le reste de l’empire romain dans les Gaules. Il s’est tenu à Orléans plusieurs conciles & synodes. On compte onze conciles & quatre synodes d’Orléans.

Son école de droit civil & canonique est fort ancienne ; & le pape Clément V lui accorda, en 1305, divers privilèges, que Philippe le Bel confirma en 1312« .

  • Blog. Orléans née de Paris
  • « C’est grâce aux incidents parisiens et à la dispersion de 1229 qu’Orléans devient le siège d’une université, alors qu’elle ne possédait, depuis le 11ème siècle, que des écoles épiscopales, liées au chapitre de la cathédrale.
  • Dès 1231, les écoliers purent y obtenir la Licencia ubique docendi, l’examen nécessaire pour pouvoir enseigner dans les universités existantes
  • Orléans devient alors un Studium generalis, comptant parmi ses nations des Écossais, des Picards, des Allemands, des Champenois et des Tourangeaux.
  • En 1235, Grégoire IX approuve l’étude du droit civil (droit romain) et du droit canon (droit de l’église). Le pape souhaite en effet que l’université de Paris concentre ses efforts sur la théologie et la philosophie.
  • Dans les années qui suivent, le pape Innocent IV accorde à l’Université sa Charte organique : elle lui assure un revenu permanent ».

Commentaires fermés sur Diderot. 5 villes universitaires

Classé dans A. Histoire médiévale, A. Histoire moderne, C. Centre Val de Loire, C. Ile-de-France, C. Occitanie (Midi-Pyrénées Languedoc-Roussillon), C. PACA Corse, E. Mobilité internationale, F. 18ème siècle

Les commentaires sont fermés.