Le séducteur et la vierge folle

Parabole des dix vierges et Jugement dernier sont liés dans le Nouveau Testament : Veillez puisque vous ne savez ni le jour, ni l’heure. Les Vierges sages et folles n’ont longtemps fait l’objet que de figurations dans la miniature ou la sculpture de petite dimension. Par la suite, elles ont été représentées, avec le Tentateur ou Séducteur, dans la sculpture des portails de quelques cathédrales romanes ou gothiques.

Trois exemples assez différenciés : cathédrales dédiées à Notre-Dame, Paris, Bâle, Strasbourg.

Le séducteur et la Vierge folle, cathédrale de Bâle

La Parabole des dix vierges est issue de l’évangile selon Matthieu, chapitre 25, versets 1 à 13.

  • Alors le royaume des cieux sera semblable à dix vierges qui, ayant pris leurs lampes, allèrent à la rencontre de l’époux. Cinq d’entre elles étaient folles, et cinq sages.
  • Les folles, en prenant leurs lampes, ne prirent point d’huile avec elles ; mais les sages prirent, avec leurs lampes, de l’huile dans des vases. Comme l’époux tardait, toutes s’assoupirent et s’endormirent.

  • Au milieu de la nuit, on cria : Voici l’époux, allez à sa rencontre ! Alors toutes ces vierges se réveillèrent, et préparèrent leurs lampes.
  • Les folles dirent aux sages : donnez-nous de votre huile, car nos lampes s’éteignent. Les sages répondirent : Non ; il n’y en aurait pas assez pour nous et pour vous ; allez plutôt chez ceux qui en vendent, et achetez-en pour vous.
  • Pendant qu’elles allaient en acheter, l’époux arriva ; celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui dans la salle des noces, et la porte fut fermée.
  • Plus tard, les autres vierges vinrent, et dirent : Seigneur, Seigneur, ouvre-nous. Mais il répondit : Je vous le dis en vérité, je ne vous connais pas. Veillez donc, puisque vous ne savez ni le jour, ni l’heure.

1.Paris. Cathédrale Notre-Dame. Façade occidentale, portail central, dit Le Portail du Jugement (1220-1230)

Les vierges folles et vierges sages occupent une place et une taille réduites dans le portail. Posées, chacune, à l’intérieur d’une niche et superposées, elles figurent sur les piédroits droit et gauche (photo de janvier 2019)

Cliquer sur les images pour les agrandir

2. Bâle, Cathédrale Notre-Dame. Deux représentations des vierges sages et vierges folles : portail Saint-Gall (linteau du portail du transept nord, fin 12ème) et deux statues sur la façade occidentale (vers 1270-1285)

Saint-Gall (bras nord du transept) « représente le plus ancien portail orné de grandes statues qui ait subsisté dans tout l’espace germanophone. Programme iconographique, consacré aux paraboles du Jugement dernier et des dix Vierges. Sur le linteau sont représentées les cinq Vierges sages et les cinq Vierges folles, avec le Christ en fiancé ».

Façade occidentale dans un style gothique rayonnant (1270-1285) : deux statues de la tour Saint-Martin, le Séducteur et une Vierge folle. « Le galant prince, dont la répugnante vermine qui lui couvre le dos révèle le vrai visage, se présente en antithèse du Christ, comme le meneur des Vierges folles. La vierge succombe à son charme et commence à se dévêtir d’un air aguicheur » (op. cité, pp.14-15). Sources. Citations de Dorothea Schwinn Schürmann, La cathédrale de Bâle, Guides d’Art et d’Histoire de la Suisse, 2013, pp.14-15, 58 pages.

3. Strasbourg, Cathédrale Notre-Dame, façade occidentale, portail latéral sud (fin du 13ème siècle).

Statues d’origine déposées dans le musée de l’Oeuvre Notre-Dame : Album de 13 photos. Cette sculpture provient du portail droit de la façade occidentale de la cathédrale, qui illustre la parabole des Vierges sages accueillies par le divin Époux et des Vierges folles séduites par le Tentateur.

  • Le tentateur, vers 1280-1300, grès, traces de polychromie.

« Ce récit précède celui du Jugement Dernier dans l’Évangile selon saint Matthieu. Les Vierges sages, jeunes filles souriantes et familières, tiennent leur lampe à huile droite, alors que les Vierges folles la renversent symboliquement. Le Tentateur, élégant jeune homme habillé à la mode du temps, présente la pomme avec assurance, mais masque mal son dos envahi de crapauds, lézards et serpents ».

Interprétation de la place de l’huile et du vase dans la parabole des dix vierges.

  • « L’huile est en fait la miséricorde (en grec le mot « huile » et le mot « miséricorde » sont homophones.)
  • Les vierges sont appelées « folles », car elles ont vaincu un ennemi puissant qui est l’amour charnel mais n’ont pas réussi à vaincre un ennemi plus faible qui est le manque de miséricorde, explique, dans sa 12° homélie, Jean Chrysostome. Dans son homélie 78, il rapproche ce passage biblique à la Parabole des talents ; il faut porter du fruit… et mon Père (le vigneron) sera glorifié.
  • Les vases sont nos cœurs, et l’huile est l’éclat intérieur de la gloire, entendez les vertus, d’après Grégoire le Grand. Pour lui, elles sont le symbole de l’Église vivante qui regroupe les sages comme ceux qui le sont moins.

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