Baldung Grien, Luther, le Pape

Exposition du musée de l’œuvre Notre-Dame (Strasbourg), Regards sur Hans Baldung Grien (1485-1545). Suite de la chronique Baldung Grien. 30 ans en 1515

  • citations extraites des cartouches des œuvres exposées
  • diaporama de 33 photos : Hans Baldung Grien, Martin Luther et l’antipapisme.

« Le message du réformateur Martin Luther (1483-1546) est relayé à partir de 1520-1521 à Strasbourg comme dans la plupart des villes d’Allemagne du Sud-Ouest et de Suisse par des prédicateurs, mais aussi et surtout grâce à l’imprimerie.

Le vent de la Réforme, 1517. 500ème anniversaire des 95 thèses de Martin Luther. Portrait par Cranach l’Ancien, en 1520

« Pamphlets et feuilles volantes, souvent illustrés, véhiculent un anticléricalisme et un antipapisme, fréquemment virulents.

Très marqués par l’humanisme, imprimeurs et artistes vont jouer un rôle important dans la diffusion de ces idées, qui se concrétisent à partir de 1524 par l’élimination rapide du pouvoir des catholiques et la construction progressive d’une nouvelle Église ».

1. Baldung et la propagande des débuts de la Réforme

« A Strasbourg comme ailleurs, les premières années de la propagande de la réforme par l’image sont souvent centrées sur celui qui incarne ce mouvement, Martin Luther.

S’inspirant de portraits de celui-ci par Lucas Cranach l’Ancien (1472-1553), Hans Baldung va plus loin (photo ci-dessous) : un cadrage serré rend le personnage plus monumental et l’énorme nimbe qui entoure sa tête, surmontée de la colombe du Saint-Esprit, en fait non seulement un prophète inspiré par Dieux et par la Bible qu’il tient, mais aussi un « quasi saint », jouant sur le fait que les spectateurs contemporains feront automatiquement le lien avec les images de saint devant lesquels ils priaient ».

« C’est là sans doute un des plus beaux exemples de détournement d’une représentation traditionnelle. D’abord conçue comme page de titre d’un écrit de Luther, l’image a visiblement eu du succès, puisqu’elle a été tirée la même année 1521 en feuille volante par l’imprimeur strasbourgeois Johann Schott » (1477-1548).

2. Premières images satiriques des polémistes strasbourgeois

« A Strasbourg comme ailleurs, les débuts de la Réforme donnent lieu aux premières manifestations de ce qu’on appellera plus tard l’opinion publique.

Grâce à l’imprimerie, de nombreux petits écrits de combat (pamphlets) voient le jour, souvent sous forme de dialogues et pourvus d’une page de titre qui résume en le simplifiant le propos polémique.

Dans les toutes premières années de la Réforme strasbourgeoise, l’adversaire le plus coriace et le plus talentueux des conceptions de Luther est le franciscain Thomas Murner (1475-1537). Il est l’objet d’attaques violentes, dans lesquelles il est animalisé, procédé courant de la caricature.

On l’a souvent représenté avec une tête de chat, en jouant avec son nom. Murner devenant Murr-Narr (littéralement « chat fou »). C’est notamment le cas dans l’un des tout premiers dialogue mettant en scène des partisans et des adversaires de Luther, le Karsthans. Il est aussi représenté en dragon diabolique face à Luther victorieux ».

« Capable d’autodérision, Murner se met lui-même en scène avec une tête de chat en train d’essayer d’étrangler le « grand fou luthérien », personnalisation grotesque des conceptions de Luther dans son dernier écrit satirique du même nom ».

Paru en fin 1522, il fut très vite saisi par le Conseil de la ville et Murner quitta Strasbourg pour ne plus y revenir ».

3. Percée de la Réforme : images antipapistes

« A partir de 1524, on peut considérer que la réforme l’a emporté à Strasbourg, même si l’abolition officielle de la messe n’est proclamée qu’en 1529.

Les images polémiques continuent à orner les écrits des réformateurs. Ainsi un encadrement de titre, peut-être de la main de Baldung, présente les deux inspirateurs de la Réforme, saint Paul et Luther bénis par Dieu. L’ironie de l’artiste se concentre sur la scène du bas, où des putti, certains coiffés d’une mitre d’évêque ou d’un chapeau de cardinal, miment une scène de présentation de la tiare au pape ».

« Dans les années 1530, l’imprimeur Jacob Cammerlander (1500-1549) publie des rééditions d’écrits d’Ulrich von Hutten (1488-1523) et plusieurs ouvrages polémiques, l’un d’eux consistant en une pseudo-prophétie médiévale sur la chute de la papauté »…

Un autre ouvrage porte comme page de titre le détournement du thème de la conversion de Saul ».

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