Le Codiv-19 accentue les inégalités

Il faudra d’abord assurer un niveau de vie minimum à tous. La crise va laisser sur le carreau toute une partie de la population, notamment des jeunes peu qualifiés. Il est grand temps de mettre en place un « revenu minimum unique ». Non pas une allocation universelle servie à tout le monde, mais l’assurance que chacun perçoive un minimum moins indigne que le RSA actuel, qui persiste à être refusé aux 18-25 ans. Nous avions rédigé une proposition dans ce sens avec Noam Leandri, président de l’Observatoire des inégalités (lire notre note sur le sujet), fixant ce revenu au niveau du seuil de pauvreté à 50 % du niveau de vie médian, soit un peu moins de 900 euros mensuels.

Il faudra se poser la question des services publics. Qui pourra encore parler de « pognon de dingue » au sujet des dépenses de l’État pour les plus pauvres ? Ou ressasser que « la France est championne des dépenses publiques » ? Si l’on n’avait pas grappillé quelques euros d’argent public sur les stocks de masques et réduit le nombre de lits à l’hôpital, l’épidémie n’aurait pas le même impact sur la santé et l’activité du pays. Pour un euro d’impôt économisé, combien de perdus ? De la maladie aux retraites, en passant par la sécurité du quotidien, voulons-nous nous protéger collectivement ou devons-nous compter sur le marché pour le faire ? Plutôt que de supprimer la taxe d’habitation (20 milliards par an), il aurait bien mieux valu investir dans nos écoles, nos hôpitaux, nos transports publics ou nos commissariats. C’est un modèle social de qualité qu’il faut défendre et moderniser.

Déjà, on sait qu’il faudra une montagne d’argent pour financer la prise en charge du chômage partiel et amortir le choc de la crise économique qui va suivre. Cette crise est l’occasion aussi de réfléchir à la manière de moduler l’effort. Par exemple, d’introduire une contribution progressive sur l’ensemble des revenus. Non pas seulement une nouvelle taxe qui cible le 1 % le plus riche comme l’idée en est à la mode à gauche, mais un effort généralisé, dont la part serait croissante en fonction des niveaux de vie.

Au-delà enfin, l’après-coronavirus doit être une occasion de reconstruire de nouvelles solidarités, de mieux répondre aux besoins sociaux. Dans le domaine de la santé, c’est certain, mais il ne faudra pas s’y limiter. On devra se poser la question de la valorisation du travail de ceux qui servent les autres, de la caisse du supermarché à l’hôpital, en passant par les livraisons ou les maisons de retraite. Se demander comment on a pu donner autant d’audience aux discours de haine contre une poignée de boucs-émissaires (les étrangers en particulier). Nous devons fonder l’action publique non sur ce qui nous divise mais sur ce qui nous rassemble, autour d’un effort universellement partagé ».

Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités

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