1720. La peste arrive à Marseille

Suite des chroniques du blog sur le 18ème siècle en France et en Europe.

Au chevet de l’Orient épidémique, XVIIIe-XXe siècles. Circulations de savoirs scientifiques, représentations culturelles et enjeux géopolitiques

La peste à Marseille et dans le sud-est de la France en 1720-1722 : les épidémies d’Orient de retour en Europe par Michel Signoli et Stéfan Tzortzis, Cahiers de la Méditerranée (open edition), 2019. p. 217-230.

Extraits de l’article. Passé le second tiers du xviie siècle, la maladie semblait s’être durablement éloignée, mais c’était sans compter sur sa brusque réapparition, tardive et violente, dans le sud-est du pays, entre 1720 et 1722.

Cet épisode tragique, l’un sinon le dernier de la seconde pandémie pesteuse en Europe (xive-xviiie siècle), est demeuré célèbre dans la mémoire collective, souvent sous l’appellation de Grande Peste de Marseille. De fait, si la cité phocéenne fut loin d’être la seule à en subir les affres, c’est néanmoins elle qui fut affectée la première et c’est à partir d’elle que la maladie se diffusa dans une partie de la Provence et du Languedoc…

Encore ignorante de la nature exacte du mal et des moyens thérapeutiques pour s’en débarrasser, Marseille, en ce début du xviiie siècle, n’est donc pas pour autant entièrement démunie contre ce danger. L’expérience des échanges lui en a fait saisir la provenance et le cheminement potentiels. Elle l’a incitée à mettre en fonctionnement des protocoles assez stricts pour s’en tenir à distance ou le confiner. Dans un tel contexte, l’épidémie ravageuse de 1720-1722 semble ainsi au premier abord insolite, du moins quelque peu anachronique, même si certaines vicissitudes peuvent bien entendu être pointées pour expliquer sa propagation…

Les mesures sanitaires préventives deviennent permanentes, avec pour les faire appliquer une administration, les Intendants de santé, désignés annuellement par les autorités municipales, parmi les négociants de la ville.

La prévention sanitaire s’organise en fait autour de trois pôles : la Consigne sur le port (bâtiments fondés en 1719 et toujours bien visibles de nos jours), qui est le siège administratif du Bureau de santé, les Nouvelles infirmeries ou Lazaret d’Arenc, enceint et divisé en grands enclos pour la quarantaine des personnes et des marchandises (entièrement rasé après 1860 et la construction des nouveaux port et quartier de la Joliette) et enfin le port de Pomègue, l’une des deux îles de l’archipel du Frioul, à quelques encablures de la cité portuaire, où les navires restent à distance, leurs cargaisons et leurs passagers étant conduits par chaloupes jusqu’au lazaret. À noter que si la peste est avérée ou fortement suspectée à bord, c’est vers une autre île, Jarre, dans l’archipel de Riou, au sud de la rade de Marseille, que le bateau est dirigé.

L’intendant « semainier » assure la marche du service : il inspecte notamment la mise en purge des marchandises, autorise ou refuse l’entrée des navires à Pomègue, détermine la quarantaine de chacun d’entre eux. Marseille draine des marchandises nombreuses et variées. Certaines sont réputées « susceptibles » (potentiellement contagieuses). Les matières textiles, les produits d’origine animale (cuirs, fourrures…) et certains objets, les « pacotilles », sont suspects de par leur nature ou leur emballage. D’autres produits, comme les denrées alimentaires, bénéficient en revanche de courtes quarantaines.

La durée des quarantaines est variable, fixée par les intendants de santé en fonction du parcours du navire déterminé par la « patente de santé. Les cargaisons sont considérées comme le principal vecteur de la maladie, leurs quarantaines sont par conséquent plus longues que celles des passagers. Elles vont de trente à quarantaine jours pour les patentes nettes et jusqu’à soixante jours pour les brutes.

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1 commentaire

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Une réponse à “1720. La peste arrive à Marseille

  1. je viens juste de lire le courriel d’un ami :
    1665-1666, I. Newton, alors prof à Cambridge, s’est confiné pendant 20 MOIS dans sa maison natale pour cause de peste à Londres. C’est là qu’il a vu tomber une certaine pomme… On connaît la suite.