Hommes sages-femmes en formation

Alice Olivier, Des hommes en formation « féminine » : le poids du genre dans l’enseignement supérieur, OVE Infos, n°41, mai 2020.

Extraits. « La  recherche est issue d’un travail de thèse qui a reçu le prix de doctorat (prix Louis Gruel) de l’OVE en 2019.

Elle repose sur une double étude de cas des formations de maïeutique (autrement dit, les études de sage-femme) et d’assistance de service social. Ces deux filières peuvent être qualifiées de  féminines : elles comptent respectivement 98 % et 93 % de femmes en 2016 ; elles ont historiquement émergé comme des formations pour les femmes ; elles renvoient centralement à des dispositions (la douceur, l’écoute, le dévouement, la discrétion, etc.) et à des caractéristiques symboliques et techniques (importance de l’accompagnement, très nombreuses femmes parmi les usagères et usagers, préparation à des professions intermédiaires peu (re)connues, etc.) socialement associées aux femmes…

L’analyse des évolutions de la composition des effectifs étudiants dans la filière maïeutique conduit au constat d’une très forte corrélation entre les réformes institutionnelles du recrutement et la proportion d’hommes au sein des promotions.

Les premiers hommes rejoignent la formation de sage-femme en 1982 lorsqu’elle s’ouvre à eux. Pour autant, ce n’est que lorsque le concours d’entrée est mutualisé à celui d’autres formations de santé en 2002 que leur proportion dans les effectifs de première année explose, étant multiplié par six en un an (de 1,5 % à 8,5 %). Les hommes sont alors nombreux à choisir la filière quand on leur propose une place au regard de leur classement aux épreuves communes.

Après une relative stabilité, leur proportion diminue de nouveau fortement après 2010 (5 % en 2011, 3,5 % en 2012). Les candidates et candidats doivent désormais choisir en amont des épreuves les filières qu’elles et ils présentent, ce qui ne leur laisse plus la possibilité de n’envisager la maïeutique qu’une fois le concours obtenu.

Le fait que la formation recrute par le biais de la première année commune aux études de santé continue néanmoins de jouer un rôle majeur pour la faire entrer dans le champ des possibles de certains hommes, comme l’exprime l’un des étudiants interrogés : « Pour la deuxième tentative au concours, je me suis dit que c’était un peu l’opération de la dernière chance. Soit j’ai un des concours, soit j’ai rien. Donc je vais essayer de présenter plusieurs concours !” »

Le cas de la maïeutique montre ainsi bien que des opportunités et des contraintes entrent indissociablement en jeu dans le choix d’études atypique. Le plus souvent, les hommes sages-femmes souhaitaient intégrer la filière médecine, et c’est sous la contrainte d’un classement insuffisant pour concrétiser ce projet qu’ils optent pour une formation moins demandée : la maïeutique…

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