1702, Strasbourg, Univ. catholique

Dès 1617, l’école et les facultés de philosophie et de théologie sont élevées au rang d’université, avec reconnaissance pontificale et impériale. Molsheim devient ainsi le centre du diocèse et l’académie de cette ville servit à la formation intellectuelle du clergé jusqu’en 1702, date de son transfert à Strasbourg. Avec cette nouvelle académie, l’Église catholique cessait enfin d’être en position d’infériorité par rapport à l’Église protestante, qui possédait déjà une académie à Strasbourg depuis 1566. Les fêtes de l’inauguration de l’académie de Molsheim furent données les 26, 27 et 28 août 1618. Le dimanche 26 août, la belle église fut consacrée à la Très Sainte Trinité.

Un mot bref sur le programme des cours : cinq années d’études latines et grecques furent proposées à toute la jeunesse, avec le catéchisme de Pierre Canisius, aux laïcs comme à ceux qui se destinaient à la prêtrise. Après la philosophie, des études de quatre années s’ajoutaient au cursus, dont la somme théologique de Thomas d’Aquin et des auteurs Jésuites tel Suarez firent partie du programme d’études. En tout et pour tout, pour un jeune qui se destinait au sacerdoce et qui se formait à Molsheim, un cursus de douze années d’études était proposé, si du moins il continuait jusqu’au doctorat en théologie. Les professeurs de l’académie furent tous des membres de la Compagnie de Jésus.

De 1632 à 1654, la guerre de trente ans, puis la famine et la peste durant cette période eurent pour conséquence la cessation des cours. Ainsi, en 1635, séminaire et pensionnat de Molsheim sont fermés, et il faudra attendre 1641 pour voir l’activité pastorale du collège renaître

Une transition délicate

Le traité de Westphalie de 1648 donna l’Alsace à la France. Un processus de francisation et de catholicisation s’opéra par la création d’un séminaire épiscopal à Strasbourg.

En effet, le changement à la tête du diocèse de Strasbourg, où le 19 janvier 1663 Louis XIV éleva François Egon de Fürstenberg sur le trône épiscopal, entraîna qu’aucune complaisance ne fut pratiquée vis-à-vis des pères Jésuites allemands de Molsheim.

Le 21 octobre 1681, la cathédrale de Strasbourg est rendue au culte catholique, année où Strasbourg passa sous domination française.

Le frère de François Egon de Furstenberg, Guillaume Egon, lui succéda sur le trône épiscopal et en 1683, il transféra à Strasbourg le séminaire épiscopal de Molsheim qui avait été dissout en 1675. Il délégua alors l’enseignement et l’administration aux Jésuites français de la Province de Champagne.

L’état religieux fut à cette période des plus déplorables, avec un manque cruel de prêtres. De son côté, le roi Louis XIV menait une double politique à Strasbourg : la francisation de la ville et la réintroduction du catholicisme. En 1683, Guillaume Egon de Furstenberg, élu nouvel évêque de Strasbourg, fonda à côté de sa cathédrale un séminaire dont il confia l’enseignement au corps qui avait si habilement rempli sa tâche à Molsheim, avec un appel lancé aux Jésuites de Champagne, et non de Mayence. Le choix de Jésuites français s’explique par le fait que les Jésuites allemands ne donnaient pas toutes les garanties pour une éducation française. Le lieu choisi fut le Bruderhof, autrefois habitation des chanoines de la cathédrale.

Le Père Dez fut le premier supérieur à Strasbourg, avec 32 séminaristes sous sa responsabilité ; nommé trois fois à ce poste, ce sera l’un des plus célèbres recteurs du séminaire épiscopal (cf chronique à suivre sur le Père Dez).

Le Séminaire épiscopal, le Collège royal et l’université épiscopale de 1683 à 1764

La fondation du séminaire épiscopal, du Collège royal et de l’université épiscopale à Strasbourg est un élément de la politique pratiquée par la monarchie française en Alsace.

La convention ordonnant l’érection du Séminaire à Strasbourg fut signée le 8 juillet 1683.

En novembre 1685, année de la révocation de l’édit de Nantes (édit de Fontainebleau) (« une foi, une loi, un roi »), Louis XIV accorde le privilège aux Jésuites de créer un Collège Royal jouxtant le Séminaire, afin d’éduquer la jeunesse alsacienne dans la religion catholique et en français. On dénombre une centaine d’élèves en 1690 ; en 1750, ils seront 400.

L’université catholique est érigée à Strasbourg en 1702, par transfert à Strasbourg de l’Université catholique de Molsheim.

A son début, cette université de Strasbourg ne comprend que deux facultés : celle des lettres et celle de théologie.

Le collège de Mosheim n’exerce dès lors plus de fonctions académiques. Privé de son privilège universitaire, les collégiens de Molsheim pourront cependant continuer d’y faire leurs études et seront admis aux examens à Strasbourg devant un jury mixte composé de Jésuites allemands et français.

Dès 1702, les séminaristes strasbourgeois étudient à l’université épiscopale, pour un cursus de six ans d’études, deux en philosophie, et quatre en théologie. En 1714, il y a 54 séminaristes, vers 1760, ils seront 80.

Au sein de l’université épiscopale, en théologie, le livre fondamental fut la somme théologique de saint Thomas d’Aquin. En Écriture sainte, on utilisait la Vulgate.

Il y avait deux sortes d’étudiants à l’université épiscopale : ceux qui ne se destinaient pas à la prêtrise suivaient les seuls cours de la faculté de philosophie ; les autres voulant devenir prêtres, s’inscrivaient après leur parcours philosophique, à la faculté de théologie.

En 1764, une ordonnance royale interdit l’ordre des Jésuites. Cette décision présente de graves difficultés. Voilà plus de deux siècles que ces pères Jésuites ont formé le clergé diocésain à l’académie de Molsheim puis au grand séminaire de Strasbourg. Malgré l’intervention du cardinal de Rohan, les communautés Jésuites en Alsace sont dissoutes le 1er octobre 1765.

Le 3 octobre 1765, le même Cardinal Constantin de Rohan nomma le Père Antoine Jeanjean supérieur du séminaire (1765-1790), en même temps qu’il fut recteur de l’université.

Lire aussi. René Metz, La Faculté de théologie de l’ancienne Université catholique (Molsheim 1617-1702 ; Strasbourg 1702-1791), Revue des sciences religieuses, Année 1969, 43-3-4, pp. 201-224.

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