1685. Père Dez et Collège Royal

1685. Le collège, pour sa part, ouvrit ses premières classes le 11 novembre 1685, et là encore, la volonté royale fut déterminante. Louis XIV imposa ses choix au Général des jésuites peu désireux d’essuyer un échec qui lui paraissait inévitable, vu la forte et ancienne implantation du gymnase de Sturm. L’objectif du roi était, à l’opposé, de remettre en cause la toute-puissance du collège-académie. Fondation royale, le collège catholique devait ouvrir une ère nouvelle et effacer ainsi une histoire vieille de cent cinquante ans. L’objectif paraissait même, vu de Versailles, d’autant plus aisé à atteindre que l’intérêt bien compris des élites bourgeoises semblait les pousser à se rapprocher du nouveau pouvoir et à en adopter la religion – n’oublions pas qu’il était exclu de révoquer ici un édit, celui de Nantes, qui n’y avait pas été proclamé. Bien entendu, ce lien entre pouvoir et confession devait se heurter – et se heurta – à un positionnement local fait de loyauté politique et de fidélité à la confession des ancêtres. Le collège ne connut que de lents progrès.

1686. C’est dans cette configuration qu’est lancée l’offensive, conduite à nouveau par le Père Dez, en faveur d’un ralliement des luthériens strasbourgeois à Rome. Il ne suffisait pas en effet que la cathédrale eût été rendue au culte catholique, que l’évêque eût repris pied dans sa ville, ni même que l’éducation de la jeunesse eût été confiée à de zélés religieux.

 Le livre de Dez, qui parut en 1686 et qui avait pour titre La Réunion des Protestants de Strasbourg à l’Église romaine, visait à étendre à la ville (et à ses environs) la politique imposée en France. Le fait que l’auteur de la traduction en allemand, sortie des presses un an plus tard sous le titre de Vereinigung der Protestirenden zu Straßburg mit der Römischen Kirche, ait été le prêteur royal Ulrich Obrecht, un converti local, était censé avoir valeur de symbole et force d’entraînement.

Dez fait preuve dans son ouvrage de beaucoup d’aménité, évite les agressions verbales, recommande pourtant le recours à de « douces violences », entendons par là : le recours à un favoritisme social envers ceux qui se laisseraient attirer par quelque avantage bienvenu.

Dez, de manière générale, fuit la controverse au profit de l’apologie. Le catholicisme s’applique à présenter à Strasbourg le visage aimable de la séduction. Il reste que, sur le plan dogmatique, il n’est à aucun moment question de conciliation. Concile de Trente et Confessio Augustana sont dits irréductiblement opposés. Les conversions ne se produisirent en conséquence qu’en nombre limité. Elles furent plus nombreuses dans les campagnes où s’exerça l’action des missions populaires et des congrégations mariales dont les jésuites, encore, avaient la responsabilité. On observe ainsi que, plus les efforts de recatholicisation découvraient des môles de résistance, plus le roi s’engageait afin de faire triompher sa politique sur tous les fronts.

1687. On comprend que, dès 1687, les régents aient sollicité (et naturellement obtenu) du souverain l’autorisation de donner à leur collège le nom de Collège royal Louis-le-Grand.

On ne peut certes nier qu’il y ait eu une forme d’implantation dans la cité, comme le montrent les effectifs après 1700-1720. Mais, d’une part, il faut prendre en compte la place importante prise par un internat fréquenté notamment par de nombreux jeunes princes allemands qui trouvaient en ce lieu d’excellents précepteurs français. Et d’autre part, il est avéré que la dépendance de cette école par rapport à la monarchie et à son collège modèle, référentiel, cet autre et premier collège Louis-le-Grand, celui de Paris, n’a pas eu d’équivalent comparable ailleurs. Sans ce soutien, cette fondation n’eût survécu que très difficilement ».

Se référer également à DATA BNF, Jean Dez.

Reproduction des premières pages du livre de Jean Dez

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Classé dans AA. Histoire 18ème siècle, C. Grand-Est (Alsace Lorraine Champagne-Ardenne), D. Allemagne, E. Sciences humaines et sociales

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