Louis XV par Quentin de La Tour

Ce portrait est d’une intensité de vie étonnante. Tout le charme du modèle est magnifiquement traduit dans la douceur caressante des yeux ; c’est bien là le monarque aimable et joli qui, dans les premiers temps de son règne, mérita le beau titre de Bien-Aimé que lui avait donné son peuple. Et n’allez pas croire que le peintre a flatté son modèle ; tous les portraits et toutes les gravures du temps attestent la beauté un peu efféminée de Louis XV. Au surplus, Quentin La Tour n’avait rien d’un courtisan. Dans une précédente notice, on a pu voir qu’il mettait assez peu de bonne grâce dans ses rapports avec la Cour et que le roi lui-même n’échappait pas à ses boutades. Plusieurs fois, au cours des séances de pose, il se livra, parlant à Louis XV, à des réflexions inconvenantes que Louis XIV n’eût pas tolérées mais que son successeur supporta sans colère. D’ailleurs, comme tous les Bourbons, Louis XV avait de l’esprit et, plus d’une fois, les reparties du monarque laissèrent le pauvre La Tour interloqué et pantois.

Le portrait de Louis XV figura au Salon de 1748 avec ceux de la Reine, du Dauphin, du maréchal de Saxe, du maréchal de Belle-Isle, du prince Edouard et de plusieurs autres. A cette époque, La Tour était à l’apogée de sa réputation ; la Cour et la ville le proclamaient le roi du pastel. Tout ce que Paris comptait de considérable par la naissance et la fortune briguait l’honneur de se faire peindre par lui. La Tour, aussi avisé en affaires qu’habile homme en peinture, exploitait cette vogue et demandait pour ses portraits des sommes très élevées. Sans être avare (car il donna maintes preuves de générosité), il avait une haute opinion de son talent et bien souvent ses prétentions furent à ce point exorbitantes que ses modèles lui laissèrent pour compte ses portraits plutôt que de payer les sommes excessives qu’il réclamait. Nous l’avons vu exigeant quarante-huit mille livres pour le portrait de Madame de Pompadour …

Par un curieux retour de fortune, la faveur qui s’attachait aux œuvres de Quentin La Tour diminua considérablement sur la fin de sa vie. Il est vrai de dire que sa main n’était plus aussi sûre et qu’il gâtait souvent, par des surcharges et des retouches inutiles, des portraits admirablement peints du premier jet. Quand il mourut, dans un état voisin de la folie, il était déjà presque oublié d’une génération qui s’était créé de nouveaux goûts et forgé de nouvelles idoles. Après sa mort, cette défaveur s’affirma encore et tourna à l’injustice. L’avènement de la peinture classique, instaurée en France par David, acheva cette déchéance, et le brillant pastelliste fut englobé dans la même réprobation que Boucher, Fragonard et Watteau.

Lorsque, en 1817, son frère, se conformant aux dernières volontés de La Tour, légua la plupart de ses toiles à la ville de Saint-Quentin, on procéda à une vente qui devait permettre de réaliser certaines libéralités du grand pastelliste à des œuvres charitables. Ces enchères sont demeurées célèbres ; personne ne voulait de ces œuvres que l’on couvre d’or aujourd’hui. Le magnifique portrait de Rousseau fut retiré à trois francs et celui, non moins beau, de Mondonville accordant son violon n’atteignit pas cinq francs. Devant ce piètre résultat, l’abbé Duliège, cousin de Quentin La Tour et son exécuteur testamentaire, renonça, d’accord avec la municipalité de Saint-Quentin, à pousser plus loin cette désastreuse opération ».

Pour aller plus loin. Autres portraits de la famille royale par Quentin de La Tour.

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