1714. Fénelon : avocats, prédicateurs

Chroniques du blog sur le 18ème siècle. Fénelon (1651-1715) et son double, catalogue de l’exposition de la Bibliothèque Nationale et Universitaire de Strasbourg, 2015, 120 pages. Diaporama de 11 photos.

Deuxième chronique. Fénelon, 30 ans en 1681

Troisième chronique sur Fénelon, ce jour : critique des avocats, des prédicateurs. Lettre sur les occupations de l’Académie française, Paris, Libraire Ch. Delagrave, 1714.

Cet ouvrage fut le dernier écrit de Fénelon. Il le composa pour répondre au désir de l’Académie qui l’avait consulté sur les travaux qu’elle devait achever ou entreprendre. Il y traite successivement du Dictionnaire, d’un projet de Grammaire, d’une Rhétorique, d’une Poétique, de trois traités distincts sur la Tragédie, sur la Comédie et sur l’Histoire ; et termine cette Lettre par des considérations sur les anciens et les modernes.

Extraits du Projet de rhétorique (pages 14-16). « Par rapport à la Grèce antique, « la parole n’a aucun pouvoir semblable chez nous ; les assemblées n’y sont que des cérémonies et des spectacles. Il ne nous reste guère de monuments de forte éloquence, ni de nos anciens parlements, ni de nos états généraux, ni de nos assemblées de notables ; tout se décide en secret dans le cabinet des princes, ou dans quelque négociation particulière : ainsi notre nation n’est point excitée à faire les mêmes efforts que les Grecs pour dominer par la parole. L’usage public de l’éloquence est maintenant presque borné aux prédicateurs et aux avocats.

Nos avocats n’ont pas autant d’ardeur pour gagner le procès de la rente d’un particulier, que les rhéteurs de la Grèce avaient d’ambition pour s’emparer de l’autorité suprême dans une république. Un avocat ne perd rien et gagne même de l’argent, en perdant la cause qu’il plaide. Est-il jeune ? il se hâte de plaider avec un peu d’élégance pour acquérir quelque réputation, et sans avoir jamais étudié ni le fond des lois ni les grands modèles de l’antiquité. A-t-il quelque réputation établie ? il cesse de plaider, et se borne aux consultations, où il s’enrichit. Les avocats les plus estimables sont ceux qui exposent nettement les faits, qui remontent avec précision à un principe de droit, et qui répondent aux objections suivant ce principe. Mais où sont ceux qui possèdent le grand art d’enlever la persuasion et de remuer les cœurs de tout un peuple ?

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